Vautour fauve au-dessus des gorges du Verdon, vu depuis la route des Crêtes
Montagne

Gorges du Verdon : faune, flore et sentiers

Depuis les belvédères de la route des Crêtes, on regarde d’abord le vide : des parois de calcaire qui tombent sur près de 700 mètres vers une rivière vert jade. Puis une ombre passe à hauteur des yeux, deux mètres et demi d’envergure, sans un battement d’ailes. Les vautours fauves sont revenus dans les gorges du Verdon il y a un peu plus de vingt-cinq ans, et ils sont aujourd’hui la meilleure raison de lever la tête dans le Grand Canyon. Le reste se découvre à pied, à condition de connaître les règles d’un site très fréquenté et fragile.

L’essentiel : pour les vautours, venez entre octobre et juin, à partir de la fin de matinée, sur les premiers belvédères de la route des Crêtes ou au village de Rougon. Pour marcher, le sentier Blanc-Martel (15 à 16 km, 6 à 7 heures pauses comprises) reste la grande traversée du canyon, avec lampe, 2 litres d’eau et sans chien. Baignade, feu et camping sauvage sont interdits dans les gorges.

Le Grand Canyon du Verdon vu du belvédère de Trescaïre, falaises calcaires et rivière verte au fond
Le Grand Canyon du Verdon depuis le belvédère de Trescaïre, sur la route des Crêtes, en mai. Photo : Benh LIEU SONG / Wikimedia Commons

Les gorges du Verdon en quelques repères

Le Grand Canyon du Verdon se trouve à cheval sur les Alpes-de-Haute-Provence et le Var, au cœur du Parc naturel régional du Verdon. Ce n’est pas un parc national, contrairement aux grands espaces présentés dans notre dossier sur les parcs nationaux de France : il n’y a pas de cœur de parc réglementé, mais un site classé, des arrêtés municipaux et préfectoraux, et des écogardes qui veillent aux bonnes pratiques.

RepèreCe qu’il faut savoir
ProtectionGorges classées depuis 1990 au titre de la loi sur les monuments naturels et les sites ; programme Grand Site de France lancé en 2010
Communes du Grand SiteCastellane, Rougon, La Palud-sur-Verdon, Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence) ; Comps-sur-Artuby, Trigance, Aiguines (Var)
Hauteur des paroisJusqu’à près de 700 mètres
Route des Crêtes24 km de boucle au départ de La Palud-sur-Verdon, une quinzaine de belvédères, ouverte de fin mars à fin novembre
Fréquentation4,6 millions de visiteurs par an sur l’ensemble du parc naturel régional
FloreLe territoire du parc abrite au moins un tiers de la flore de France
Sources : Parc naturel régional du Verdon (Grand Site, territoire, biodiversité) ; Verdon Tourisme (route des Crêtes).

Comment le Verdon a creusé son canyon

Le canyon entaille les Plans de Provence, de hauts plateaux calcaires. Côté Var, la rivière traverse le plan de Canjuers, un calcaire du Jurassique supérieur épais d’environ un millier de mètres, massif, parfois dolomitique, au faciès récifal dans sa partie haute. C’est ce que rappelle le compte rendu de la sortie géologique organisée en juin 2022 par l’Association des naturalistes de Nice et des Alpes-Maritimes, sur le sentier Blanc-Martel.

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Le creusement s’est emballé il y a environ 5,96 millions d’années, pendant la crise messinienne : le détroit de Gibraltar se ferme, la Méditerranée s’assèche en partie et son niveau baisse de 1 500 mètres pendant quelque 630 000 ans. Les rivières qui s’y jettent, dont le Verdon, s’enfoncent alors dans les calcaires et creusent aussi des réseaux souterrains. Les nombreuses « baumes », ces cavités ouvertes à toutes les hauteurs des falaises, en sont la trace. Le même travail de l’eau dans le calcaire a façonné les grottes et cavernes de la Dordogne, dans un tout autre décor.

Au Quaternaire, la rivière a pu atteindre un débit de 3 000 m³/s, selon la même source, contre un module de 27 m³/s aujourd’hui. La Baume aux Pigeons, immense cavité visible depuis une fenêtre du tunnel du Baou, date de cette époque. Plus loin, les tours de l’Encastel montrent une érosion différentielle : une base de calcaire massif, un sommet fragilisé par des lits marneux.

Une règle découle de cette richesse : l’extraction de fossiles est interdite, rappellent les écogardes du parc.

Vue panoramique des gorges du Verdon depuis le Point Sublime, entrée du Grand Canyon entre deux falaises
Les gorges vues du Point Sublime, près de Rougon, un matin d’août. Photo : Serge Golovanow / Wikimedia Commons

Les vautours fauves, de retour depuis 1999

Le vautour fauve avait disparu de Provence. Le 16 octobre 1999, les 12 premiers oiseaux sont libérés à Rougon ; 91 seront lâchés jusqu’en 2005, avec l’association Vautours en Haute-Provence, la LPO PACA, l’Office national des forêts et le parc. La colonie se reproduit seule depuis 2002. En 2013, d’après le bilan publié par Faune-PACA, elle comptait environ 300 individus, et 91 couples avaient mené 55 jeunes à l’envol ; son domaine vital s’étend sur quelque 600 000 hectares. Verdon Tourisme parle aujourd’hui de « plus de 300 individus, dont une centaine de couples ».

Le vautour fauve n’est plus seul. Le vautour moine, réintroduit à partir de 2005, a réussi en 2013 la première reproduction connue dans la région depuis 1856. Le vautour percnoptère est revenu de lui-même et niche dans le Verdon depuis 2007. Le gypaète barbu, réintroduit depuis 1993 dans le parc national du Mercantour, reste un visiteur occasionnel des gorges. Le modèle de ces programmes vient des Causses, où la réintroduction du vautour fauve a commencé dès 1981 dans les gorges de la Jonte, avec le concours du Parc national des Cévennes.

EspèceEnvergurePrésenceOù il nicheCe qu’il mange
Vautour fauve2,40 à 2,80 mToute l’annéeEn colonie, dans les falaises du Grand CanyonViande et viscères d’ongulés morts
Vautour moine2,50 à 2,95 mToute l’annéeDans les grands pins des pentes boiséesParties coriaces : peau, tendons, cartilages
Vautour percnoptère1,55 à 1,70 mDe mars à septembre (migrateur)En falaise, en couple territorialRestes de carcasses, picorés
Gypaète barbu2,40 à 2,95 mOccasionnel dans les gorgesEn falaiseSurtout des os
Source : LPO PACA, carte découverte « Observez les vautours dans le Verdon » (2023).

Où et quand les observer

La LPO PACA donne une règle simple : la meilleure période va d’octobre à juin, et il faut venir à partir de la fin de matinée, quand les courants thermiques permettent aux vautours de décoller des falaises. Les belvédères de la route des Crêtes sont les meilleurs postes, car les oiseaux y passent en vol tout près. L’autre adresse est Rougon : Verdon Tourisme y signale une trentaine d’oiseaux souvent posés sur un rocher face au village. Prenez des jumelles, garez-vous sur les aires des belvédères et laissez le temps faire.

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De janvier à fin août, les vautours couvent puis élèvent leur poussin. Un dérangement près du nid peut faire échouer la reproduction : abandon de l’œuf, chute du jeune. Les grimpeurs doivent respecter les affichettes posées en haut des voies et la liste des voies sensibles que la LPO PACA publie chaque année. Pour une sortie accompagnée, l’antenne du Verdon de la LPO PACA, à Castellane, renseigne au 04 92 83 69 55 ; ses pages « Voir les vautours » listent les balades proposées.

Vautour fauve au-dessus des gorges du Verdon, vu depuis la route des Crêtes
Un vautour fauve photographié depuis la route des Crêtes, en septembre. Photo : Samuel Busson / Wikimedia Commons

Les autres habitants des falaises et des pentes

Les vautours ne sont pas les seuls grands oiseaux du canyon. La carte de la LPO apprend à distinguer leurs silhouettes de celles de l’aigle royal (1,90 à 2,25 m d’envergure, présent toute l’année), du circaète Jean-le-Blanc, un rapace migrateur visible de mars à septembre, et du grand corbeau (1,15 à 1,30 m), charognard et prédateur à la fois. Le parc cite aussi, parmi les espèces remarquables de son territoire, le lézard ocellé et le petit rhinolophe, une chauve-souris.

Sur les plateaux qui dominent les gorges, les brebis pâturent encore : le parc en compte 45 000 sur son territoire. Leurs carcasses, comme celles des ongulés sauvages, nourrissent les vautours, qui débarrassent ainsi les pâturages. Si vous croisez un troupeau gardé par des chiens de protection, suivez la conduite que détaillent les écogardes du parc dans leurs conseils aux promeneurs.

La flore des parois : la doradille du Verdon

La plante la plus singulière du canyon tient dans la main. La doradille du Verdon (Asplenium jahandiezii) est une petite fougère vivace, en touffes rases, dont les frondes de 5 à 10 cm restent plaquées contre le rocher. Selon la fiche Natura 2000 de la DREAL Provence-Alpes-Côte d’Azur, elle ne pousse nulle part ailleurs au monde que dans les gorges du Verdon et le canyon de l’Artuby, de Castellane à Esparron-de-Verdon, entre 600 et 800 mètres d’altitude.

Elle vit dans les fissures des falaises calcaires, sous les surplombs et dans les parois ombragées, là où l’humidité de la rivière monte jusqu’au rocher. La plupart des stations connues comptent moins de 100 pieds, souvent moins de 10. Ses menaces sont nommées : la varappe non encadrée et le « nettoyage » des voies d’escalade, les aménagements en falaise, les captages d’eau qui assèchent le microclimat, et les collectionneurs. Espèce protégée, elle ne se cueille pas : regardez-la, photographiez-la, ne la touchez pas.

Les écogardes demandent plus largement de ne prélever aucune plante, « même la lavande », qui est une culture et appartient à un agriculteur. Les gorges ne sont qu’une partie d’un territoire où le parc recense au moins un tiers de la flore de France.

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Touffe de doradille du Verdon, petite fougère aux frondes vertes plaquées sur une paroi calcaire
La doradille du Verdon, fougère endémique, sur une paroi des gorges en juillet. Photo : Johan N / Wikimedia Commons

Sentiers et belvédères : que choisir

Le canyon se découvre de deux façons : d’en haut, par la route des Crêtes et ses belvédères, ou d’en bas, par le sentier Blanc-Martel, qui longe la rivière au fond des gorges. Les deux se combinent sur une journée si vous partez tôt.

ItinéraireDistance et duréeNiveauÀ savoir
Sentier Blanc-Martel, du chalet de la Maline (La Palud-sur-Verdon) au Point Sublime (Rougon)15 à 16 km aller simple ; 5 h 30 sans pause, 6 à 7 h pauses comprises ; +500 m / −700 mTrès difficileÉchelles, éboulis, rochers glissants, deux tunnels (110 m et environ 670 m) ; interdit aux chiens et aux VTT ; déconseillé avant 8 ans et aux personnes sujettes au vertige
Route des Crêtes (D23), boucle depuis La Palud-sur-Verdon24 km en voiture, une quinzaine de belvédèresRoute étroite, pentes à 15 %Partie centrale à sens unique, dans le sens des aiguilles d’une montre depuis l’Auberge des Crêtes ; véhicules limités à 12 m de long et 3,6 m de haut ; ouverte de fin mars à fin novembre
Belvédère de l’Imbut, sur la route des CrêtesArrêt sur parking gratuitFacileVue sur le chaos où le Verdon disparaît sous les blocs ; la descente vers l’Imbut est réservée aux marcheurs aguerris, accompagnés d’un guide selon l’office de tourisme
Point Sublime, près de RougonBelvédère près de la Maison de siteFacileVue sur l’entrée du Grand Canyon ; arrivée du sentier Blanc-Martel
Sources : Verdon Tourisme (fiches sentier Blanc-Martel, route des Crêtes, belvédère de l’Imbut) ; navette du Parc naturel régional du Verdon, consultées le 18/10/2026.

Le sentier Blanc-Martel en pratique

Le sentier rend hommage à Édouard-Alfred Martel, qui explora les gorges en 1905. Verdon Tourisme conseille le sens chalet de la Maline vers Point Sublime : la descente est plus facile et l’horaire colle à celui de la navette. Emportez au moins 2 litres d’eau par personne, une lampe pour les tunnels, de bonnes chaussures, un chapeau et de quoi manger. L’eau des robinets du chalet de la Maline n’est pas potable.

Attention depuis août 2026 : après un éboulement, un arrêté municipal de Rougon interdit temporairement la portion comprise entre la sortie du couloir Samson et le Point Sublime. La page de la navette du parc indique un itinéraire de remplacement, par la route départementale RD23A puis le GR 49 jusqu’au Point Sublime, pour une durée totale inchangée. Ne franchissez pas la zone fermée, et vérifiez l’état de l’arrêté avant de partir.

Le sentier n’est pas une boucle. La navette du parc dépose les randonneurs le matin au chalet de la Maline et les ramène l’après-midi du Point Sublime à La Palud-sur-Verdon, sur réservation en ligne ; les chiens n’y sont pas admis. En 2026, elle circule du jeudi au lundi du 17 septembre au 1er novembre, date de fin de saison. Hors de ces dates, il faut deux voitures ou un taxi réservé à l’avance. Le parking de La Palud-sur-Verdon est gratuit.

Escalier de Trescaïre accroché à la paroi sur le sentier Blanc-Martel, gorges du Verdon
L’escalier de Trescaïre, l’un des passages équipés du sentier Blanc-Martel, à La Palud-sur-Verdon. Photo : Chabe01 / Wikimedia Commons

Les règles à connaître avant de descendre dans les gorges

Le Verdon est une rivière aménagée : des barrages hydroélectriques en amont font varier son niveau sans prévenir. Les écogardes du parc résument les consignes sur leur page de réglementation par type de milieu.

  • Baignade : interdite par arrêté municipal à Aiguines, Castellane, Rougon et La Palud-sur-Verdon. Ne traversez pas la rivière : l’eau peut monter à tout instant.
  • Feu : ni feu de camp, ni barbecue, ni cigarette dans les espaces naturels ; amende encourue de 135 €. En cas de départ de feu, appelez le 112.
  • Camping et bivouac : le camping sauvage, sous toutes ses formes (tente, caravane, camping-car), est interdit dans les gorges et sur les berges des lacs ; amende de 135 €.
  • Massifs forestiers : en été, ils peuvent être fermés en cas de risque d’incendie ; renseignements au 04 98 10 55 41, cartes du risque actualisées chaque jour à 18 h.
  • Sentiers : restez sur les chemins balisés, rapportez vos déchets, ne prélevez ni plante ni fossile. La circulation motorisée est interdite hors des pistes prévues.
  • Faune : ne vous approchez pas des falaises de nidification, et consultez le guide de survol du parc avant de faire voler un drone.

Quand venir dans les gorges du Verdon

Le site change de visage d’une saison à l’autre. L’été concentre la foule ; l’automne, la fin de l’hiver et le printemps sont les saisons du naturaliste.

PériodePour la natureCôté pratique
Octobre – novembreVautours fauves et moines en vol dès la fin de matinée ; pentes calmesNavette Blanc-Martel jusqu’au 1er novembre 2026 ; route des Crêtes ouverte jusqu’à fin novembre
Décembre – marsVautours visibles ; début de la nidification en janvierPartie à sens unique de la route des Crêtes fermée (gel régulier) ; sentier soumis à l’enneigement
Avril – juinRetour du percnoptère et du circaète (dès mars) ; poussins au nidNavette à partir du 3 avril en 2026 (vendredis, week-ends, jours fériés et ponts)
Juillet – aoûtVautours toujours au nid jusqu’à fin août ; chaleurForte fréquentation du 15 juillet au 30 août : route des Crêtes avant 10 h ou après 18 h ; massifs parfois fermés
Sources : LPO PACA (2023) ; navette du Parc naturel régional du Verdon (calendrier 2026) ; Verdon Tourisme (route des Crêtes).

Un séjour en Provence peut se prolonger sur la côte, dans le massif des Calanques, où d’autres falaises calcaires plongent cette fois directement dans la mer.

Si vous ne venez qu’une journée cet automne, garez-vous à La Palud-sur-Verdon, faites le tour de la route des Crêtes en fin de matinée, jumelles en main, et arrêtez-vous aux belvédères de Trescaïre et de l’Imbut : c’est l’heure où les vautours quittent les falaises.

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