Grande salle du gouffre de Proumeyssac hérissée de stalactites éclairées, avec un groupe de visiteurs sur le chemin aménagé
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Grottes et cavernes de la Dordogne : lesquelles visiter, comment elles se forment

La « cathédrale de cristal » du gouffre de Proumeyssac, à Audrix, en août. Photo : TwoWings / Wikimedia Commons

Sous les falaises de la Vézère et les plateaux du Périgord noir, l’eau a creusé, très lentement, des centaines de cavités. Certaines brillent de cristaux, d’autres gardent les plus anciennes images de France, et beaucoup servent d’abri d’hiver aux chauves-souris. Encore faut-il savoir lesquelles se visitent, à quelle saison, et comment s’y comporter.

L’essentiel : pour les cristaux, allez au gouffre de Proumeyssac, ouvert toute l’année ; pour l’art préhistorique, Lascaux IV (réplique) et la grotte originale de Font-de-Gaume, sur réservation. Rouffignac, le Grand Roc, Villars et Lascaux II ferment au début de novembre. Dans les cavités sauvages, n’entrez pas l’hiver : les chauves-souris y hibernent et chaque réveil leur coûte des réserves.

Comment l’eau a creusé les grottes du Périgord

Les grottes de la Dordogne sont nées dans le calcaire, une roche faite surtout de carbonate de calcium. L’eau de pluie se charge en gaz carbonique en traversant l’air et, surtout, le sol et la végétation : elle devient légèrement acide. En s’infiltrant dans les fissures de la roche, elle dissout lentement le calcaire, élargit les fentes, puis ouvre des galeries et des salles. Ce relief façonné par la dissolution s’appelle le karst : en surface, il donne des plateaux secs, des dolines et des pertes de ruisseaux ; en profondeur, des réseaux de cavités.

Autour de Lascaux, le ministère de la Culture décrit des falaises calcaires de la fin du Crétacé, dans lesquelles plus de 400 grottes ont été inventoriées. Le gel et le dégel ont aussi creusé le bas des falaises de la Vézère et ouvert les longs abris sous roche où les hommes de la Préhistoire se sont installés. Le même travail de l’eau a taillé, à l’air libre, le canyon calcaire des gorges du Verdon ou les causses du Parc national des Cévennes.

Stalactites, stalagmites, excentriques : la grotte qui se décore

Le mouvement s’inverse quand l’eau chargée de calcaire arrive dans une salle. Au contact de l’air de la grotte, elle perd une partie de son gaz carbonique et dépose de la calcite. Goutte après goutte, la calcite pend du plafond (stalactite), monte du sol (stalagmite), puis les deux se rejoignent en colonne. L’eau qui ruisselle sur une paroi dessine des draperies ; celle qui suinte très lentement fait pousser des excentriques, fines concrétions qui partent de travers. Une concrétion cassée ne repousse pas à l’échelle d’une vie humaine.

Une stalactite pointue descend vers une stalagmite qui monte à sa rencontre, dans la grotte du Grand Roc aux Eyzies
Une stalactite et une stalagmite presque jointes, grotte du Grand Roc, aux Eyzies, en septembre. Photo : Sémhur / Wikimedia Commons

Les grottes à concrétions à visiter en Dordogne

L’office de tourisme de la Dordogne range à part les « grottes et gouffres à cristallisations », qui se visitent pour leur décor naturel : Proumeyssac, le Grand Roc, Tourtoirac, Maxange et Domme. La grotte de Villars, au nord, réunit concrétions et peintures.

Le gouffre de Proumeyssac, ouvert toute l’année

À Audrix, près du Bugue, le gouffre de Proumeyssac est présenté par ses exploitants comme la plus vaste cavité aménagée du Périgord. Au XVIIIe siècle, on le prenait pour le cratère d’un volcan éteint, une légende qui n’a rien à voir avec les vrais volcans de la Chaîne des Puys. Un puisatier, Gabriel Galou, y descend le premier le 10 mars 1907 ; on y entre aujourd’hui par un tunnel percé en 1957, qui débouche sur une plateforme dominant la salle.

La visite guidée dure une heure, à 14 °C. Une nacelle de 11 places permet aussi d’y descendre par le haut, comme les premiers visiteurs, moyennant supplément ; la remontée se fait à pied par le tunnel. Du 2 novembre au 18 décembre 2026, le gouffre est ouvert de 14 h à 17 h. Les photos y sont interdites, les poussettes aussi (porte-bébé seulement), et les chiens ne sont admis que portés dans les bras, jamais dans la nacelle. Horaires et tarifs : page « Préparez votre visite » du gouffre.

Le Grand Roc et les autres grottes à cristaux

Aux Eyzies, la grotte du Grand Roc s’ouvre dans une falaise au-dessus de la Vézère. Découverte le 29 avril 1924 et ouverte à la visite en 1927, elle est connue pour la densité de ses stalactites et de ses excentriques ; la visite dure en moyenne 40 minutes. Sans peintures, elle fait pourtant partie du bien de la vallée de la Vézère inscrit par l’Unesco. Plus au nord, la grotte de Tourtoirac, découverte en 1995, suit une rivière souterraine ; sous la bastide de Domme, une grotte à concrétions s’étend sur 450 mètres.

GrotteCommuneCe qu’on y voitOuverture fin 2026Tarif adulte affiché
Gouffre de ProumeyssacAudrixGrande salle à concrétions, plateforme, descente en nacelleOuvert : 14 h – 17 h du 2 novembre au 18 décembre13,60 € (basse saison, du 1er novembre au 31 mars) ; 23,70 € avec la nacelle
Grotte du Grand RocLes EyziesStalactites, stalagmites, excentriques ; vue sur la VézèreFermée du 2 novembre au 4 janvier (groupes sur demande)À vérifier
Grotte de VillarsVillarsConcrétions et peintures préhistoriquesOuverte jusqu’au 2 novembre 2026À vérifier
Grotte de MaxangeLe Buisson-de-CadouinConcrétions, dont des excentriquesOuverte jusqu’au 30 octobre 2026À vérifier
Grotte de TourtoiracTourtoiracRivière souterraine, draperies, fistuleuses, excentriquesDates à vérifier auprès du siteÀ vérifier
Grotte de DommeDomme450 m de galerie à concrétions sous la bastideDates à vérifier auprès du siteÀ vérifier
Sources : site du gouffre de Proumeyssac et fiches de Dordogne Périgord Tourisme, consultés le 18 octobre 2026. Les dates changent chaque année : vérifiez avant de partir.

Les grottes ornées : Lascaux, Rouffignac, Font-de-Gaume

En 1979, l’Unesco a inscrit au patrimoine mondial quinze sites préhistoriques de la vallée de la Vézère, dont les grottes ornées de Lascaux, Font-de-Gaume, les Combarelles et Rouffignac. Toutes les grottes ornées ne figurent pas sur la liste : celle de Bernifal, à Meyrals, gravée et peinte au Magdalénien, avec une dominante de mammouths, n’en fait pas partie.

Lascaux : une grotte fermée, trois répliques

Lascaux est une seule grotte, sur une colline de Montignac, dont les galeries accessibles ne dépassent pas 235 mètres. Quatre adolescents, Marcel Ravidat, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas, la découvrent le 12 septembre 1940. Ouverte au public en 1948, elle voit apparaître des algues vertes en 1958 et 1959 ; elle est fermée en 1963 et ne se visite plus.

Son décor est animalier : chevaux, aurochs, cerfs, bouquetins, accompagnés de signes. On n’y trouve ni chasseurs en groupe ni scènes de la vie quotidienne. La seule figure humaine est au fond du Puits : un homme face à un animal cornu, que l’on décrit souvent comme un bison. Leur âge se discute encore : les datations récentes publiées par le ministère de la Culture placent la fréquentation de la grotte vers 21 000 ans avant le présent, des mesures plus anciennes vers 23 000 ans.

Ce qu’on visite, ce sont des fac-similés. Lascaux II, ouvert en 1983 à 200 mètres de l’original, reproduit la salle des Taureaux et le Diverticule axial ; il ferme après les vacances de la Toussaint jusqu’au 2 janvier. Lascaux IV, le Centre international de l’art pariétal ouvert en décembre 2016, reproduit la grotte presque en entier. Du 2 novembre 2026 au 3 janvier 2027, il ouvre de 10 h à 18 h, avec une dernière admission deux heures avant la fermeture. Le billet adulte est à 23 € (15 € de 5 à 12 ans, gratuit avant 5 ans), selon la page des horaires et tarifs de Lascaux IV.

Paroi reconstituée de Lascaux à Lascaux IV : chevaux et grand bovidé peints en noir et en ocre au-dessus de signes quadrillés
Un panneau de Lascaux reproduit à Lascaux IV, à Montignac : chevaux, grand bovidé et signes quadrillés. Photo : Traumrune / Wikimedia Commons

Rouffignac, la grotte aux mammouths

À Rouffignac-Saint-Cernin, la grotte de Rouffignac est un vaste labyrinthe. Selon ses exploitants, elle garde plus de 250 figures animales vieilles d’environ 17 000 ans, dont 170 mammouths : environ un tiers des mammouths connus dans l’art des cavernes d’Europe. On les doit aux artistes magdaléniens, qui les ont gravés ou dessinés d’un simple trait noir, comme la « Frise des dix mammouths ». Le Grand Plafond réunit 65 animaux, dont des rhinocéros, rares dans l’art des cavernes.

Avant les artistes, des ours des cavernes ont fréquenté la grotte : ils y ont laissé des griffades sur les parois et des bauges, ces creux où ils hibernaient, dans le sol argileux. Pour préserver le lieu, on visite depuis 1959 en petit train électrique, pendant un peu plus d’une heure. La saison 2026 court du 29 mars au 1er novembre : la grotte est fermée en hiver. Les animaux ne sont pas acceptés et les réservations ouvrent environ cinq semaines à l’avance.

Font-de-Gaume et les Combarelles, les originaux

Aux Eyzies, Font-de-Gaume est l’une des dernières grottes ornées de peintures polychromes encore ouvertes au public en France. C’est l’instituteur du village, Denis Peyrony, qui y repère les peintures le 12 septembre 1901, quatre jours après la découverte des gravures des Combarelles toutes proches. Les figures de Font-de-Gaume, peintes ou gravées, ont environ 17 000 ans ; celles des Combarelles, surtout gravées, environ 13 000 ans.

Ces deux grottes se visitent seulement en visite guidée, sur réservation en ligne obligatoire, et le nombre de visiteurs par jour est limité. L’accueil de Font-de-Gaume est fermé le samedi ainsi que les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre. La visite coûte de 19,50 € à 21,50 € par grotte selon la date, d’après la page d’informations pratiques des Sites préhistoriques de la vallée de la Vézère. Réservez tôt, surtout pendant les vacances scolaires.

Grotte ornéeOriginal ou répliqueÂge du décorOuverture fin 2026Réservation
Lascaux IV (Montignac)Réplique presque intégraleEnviron 21 000 ans (datations récentes)10 h – 18 h du 2 novembre au 3 janvierConseillée, billetterie officielle
Lascaux II (Montignac)Réplique de deux secteursIdemFermé de la fin de la Toussaint au 2 janvierBilletterie officielle
Font-de-Gaume (Les Eyzies)Original, peintures polychromesEnviron 17 000 ansOuvert, sauf le samedi et jours fériés indiquésObligatoire, en ligne
Les Combarelles (Les Eyzies)Original, gravuresEnviron 13 000 ansSur le même site de réservationObligatoire, en ligne
RouffignacOriginal, visite en trainEnviron 17 000 ansFermé après le 1er novembre 2026Recommandée, environ 5 semaines avant
VillarsOriginal, chevaux voilés de calcite bleutée, homme face à un bisonEnviron 17 000 ansFermé après le 2 novembre 2026À vérifier
Sources : ministère de la Culture (Lascaux), sites officiels de Lascaux, de Rouffignac et des Sites préhistoriques de la vallée de la Vézère, Dordogne Périgord Tourisme ; consultés le 18 octobre 2026.

La faune des grottes : d’abord les chauves-souris

Près de l’entrée d’une grotte vivent des espèces qui vont et viennent ; plus loin, dans le noir complet, de petits invertébrés adaptés à l’obscurité. Mais l’animal qui compte le plus pour le visiteur, c’est la chauve-souris. Toutes les chauves-souris de France sont protégées, ainsi que leurs gîtes d’hibernation et de reproduction, rappelle le Parc national des Pyrénées.

L’hiver, quand il fait froid dehors, elles entrent en hibernation, entre octobre et novembre selon les espèces, jusqu’en mars ou avril. Elles cherchent des gîtes à température stable, très humides et sans courants d’air : grottes, carrières, caves. Leur cœur et leur respiration ralentissent, leur température baisse, et elles vivent sur la graisse accumulée à l’automne. Un réveil forcé, par la lumière, le bruit ou la chaleur d’un groupe, brûle une partie de ces réserves.

Des dizaines de grands rhinolophes suspendus en grappes au plafond clair d'une grotte, enveloppés dans leurs ailes
Grands rhinolophes en hibernation au plafond d’une grotte de Slovénie, en février : l’espèce hiberne aussi dans les carrières de Dordogne. Photo : Aja Zamolo / Wikimedia Commons

En Dordogne, des cavités protégées pour elles

Le département compte plusieurs gîtes de premier plan. Le Conservatoire d’espaces naturels de Nouvelle-Aquitaine possède trois sites souterrains qu’il a proposés en 2024 pour un arrêté préfectoral de protection de biotope : la grotte du Rajol à Terrasson-Lavilledieu, la carrière souterraine des Combarelles aux Eyzies et la carrière des Roques à Lanquais. Le conseil scientifique régional, qui a rendu un avis favorable le 26 septembre 2024, y compte 15 espèces de chauves-souris. Il juge la carrière des Roques d’importance nationale pour l’hibernation du minioptère de Schreibers, du murin à oreilles échancrées et du grand rhinolophe. Il note que ces sites, faciles d’accès, souffrent d’une fréquentation défavorable. La carrière de Lanquais – les Roques est par ailleurs un site Natura 2000 (FR7200808).

Ailleurs, la règle est la même, des chauves-souris du massif des Calanques aux colonies des caves et des carrières : on les observe le soir en été, et on les laisse tranquilles l’hiver.

Règles de visite et de protection

Lascaux montre ce qu’une grotte risque : quinze ans après son ouverture au public, des algues vertes y apparaissaient, et elle est fermée depuis 1963. À Rouffignac, l’exploitant explique de même limiter le nombre de visiteurs, ainsi que la durée et la puissance de l’éclairage. À vous d’en tenir compte.

  • Réservez : obligatoire à Font-de-Gaume et aux Combarelles, recommandé à Rouffignac et à Lascaux IV, obligatoire pour la nacelle de Proumeyssac pendant les vacances scolaires et les longs week-ends.
  • Ne touchez ni les parois ni les concrétions : le gras des doigts salit la calcite et arrête sa croissance ; sur une paroi ornée, le contact abîme le décor.
  • Respectez les consignes de photo : elles sont interdites à Proumeyssac ; ailleurs, jamais de flash sans l’accord du guide.
  • Laissez le chien à l’extérieur : les animaux ne sont pas acceptés à Rouffignac ; à Proumeyssac, seulement portés dans les bras.
  • Prévoyez un vêtement chaud : 14 °C à Proumeyssac ; à Rouffignac, l’exploitant prévient que la grotte est froide et humide et que l’on reste immobile dans le train.
  • N’entrez pas dans une cavité sauvage : ni grotte, ni carrière, surtout de novembre à mars. Si vous voyez des chauves-souris, ne les éclairez pas, ne les touchez pas, et ressortez sans bruit. La spéléologie se pratique encadrée, avec un club.
Étroite entrée ovale de la grotte de Font-de-Gaume, creusée dans le calcaire clair, avec un sol protégé par un tapis
L’entrée de la grotte de Font-de-Gaume, aux Eyzies, en juin. Photo : Traumrune / Wikimedia Commons

Une journée de grottes en novembre

En novembre, la plupart des grottes à concrétions et Rouffignac sont fermées, mais une belle journée reste possible. Le matin, Lascaux IV, à Montignac, dès 10 h ; l’après-midi, le gouffre de Proumeyssac, de 14 h à 17 h. Si vous avez réservé à temps, Font-de-Gaume ou les Combarelles remplacent l’une des deux visites, sauf le samedi. Entre les deux, les falaises de la Vézère percées d’abris montrent à ciel ouvert le calcaire des grottes.

Avant de partir, relisez les horaires du jour sur le site de chaque grotte : ils changent d’une année à l’autre. Le gouffre de Padirac, souvent cité avec les grottes du Périgord, se trouve dans le Lot voisin, et non en Dordogne.

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