Parc national du Mercantour : Merveilles, lacs et faune
Parcs et réserves

Parc national du Mercantour : vallée des Merveilles, lacs et faune

À une cinquantaine de kilomètres de la Méditerranée, le Mercantour aligne des sommets de plus de 3 000 mètres, des centaines de lacs d’origine glaciaire et l’un des plus grands ensembles de gravures rupestres d’Europe. C’est aussi là que le loup est revenu en France, en 1992, et que le gypaète barbu a retrouvé les Alpes du Sud. Ce territoire se visite librement, mais son cœur obéit à des règles strictes, renforcées dans la vallée des Merveilles. Voici comment en profiter sans rien abîmer ni déranger.

L’essentiel : la belle saison va de fin juin à fin septembre, quand les refuges sont gardés et que les visites guidées des gravures ont lieu. Dans la vallée des Merveilles, on reste sur les sentiers autorisés, sans bâtons ferrés ; pour voir les gravures hors sentier, il faut un accompagnateur agréé. Les chiens sont interdits dans tout le cœur du parc, même en laisse. Le loup ne se cherche pas : on l’apprend, on ne le piste pas.

Le Mercantour en quelques chiffres

Créé le 18 août 1979, le parc s’étend sur deux départements, les Alpes-Maritimes et les Alpes-de-Haute-Provence, et huit vallées : Roya, Bévéra, Vésubie, Tinée, Cians, Var, Verdon et Ubaye. Entre les 490 m du point le plus bas du cœur et les 3 143 m du Gélas, on passe en une journée des oliviers aux pierriers. Il compte parmi les parcs nationaux de France, aux côtés de son voisin alpin des Écrins.

RepèreValeur
Création18 août 1979
Cœur du parc679 km²
Aire d’adhésion1 212 km², environ 20 300 habitants (Insee 2021)
Point culminantLe Gélas, 3 143 m
Floreplus de 2 000 espèces de plantes
Faune78 espèces de mammifères, 199 d’oiseaux
Source : Parc national du Mercantour, présentation du territoire (consultée le 9 octobre 2026).

Les règles du cœur de parc, à connaître avant de partir

L’accès est libre et gratuit, mais le cœur du parc est réglementé. Une infraction expose à une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 euros. Les règles qui surprennent le plus souvent les visiteurs :

  • Chiens interdits, « même tenus en laisse ou portés sur soi ». Les exceptions concernent les chiens de troupeau et les chiens d’assistance.
  • Bivouac seulement entre 19 h et 9 h, à plus d’une heure de marche des limites du parc ou du dernier accès automobile autorisé. Le camping, en tente, camping-car, caravane ou tente de toit, est interdit.
  • Feux interdits ; le réchaud est toléré à plus de 200 m des bois et forêts.
  • Drones interdits dans tout le cœur, comme les autres loisirs aériens motorisés ; le vol libre est réglementé.
  • Cueillette et prélèvements interdits (minéraux, fossiles, plantes, animaux), à quelques exceptions encadrées près pour certaines plantes.
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Ces règles valent pour toute la faune : dans le cœur, toutes les espèces animales sont protégées. Avant une sortie, la page « Infos sentiers » du parc signale les itinéraires fermés ou abîmés.

La vallée des Merveilles : gravures, accès et visites guidées

Au pied du mont Bégo (2 872 m), sur la commune de Tende, les vallées des Merveilles et de Fontanalba abritent des dizaines de milliers de gravures piquetées dans la roche polie par les glaciers. Le parc en compte environ 40 000 sur sa page de présentation, et 50 000 dans son dépliant 2026, qui englobe des signes allant du Néolithique et de l’âge du bronze jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Classé monument historique en 1989, le site s’étage entre 1 900 et 2 700 m. On y reconnaît surtout des « corniformes », têtes de bovins à cornes, des armes, des réseaux géométriques et quelques figures célèbres comme le Sorcier ou le Christ. À Fontanalba, la « voie sacrée » est bordée de plus de 280 gravures.

Lac d'altitude entouré de dalles rocheuses claires, avec le refuge des Merveilles sur la rive
Le lac Supérieur et le refuge des Merveilles, en juin. Photo : Eebie, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce qui est permis, ce qui ne l’est pas

Le secteur des gravures est une zone réglementée qui s’ajoute aux règles du cœur. Il est interdit de sortir des sentiers balisés, de marcher sur les gravures, de les toucher, et d’utiliser des cannes ou bâtons de marche ferrés : rangez les vôtres dans le sac avant d’entrer. Le bivouac y est interdit, sauf sur les aires aménagées près des refuges des Merveilles et de Fontanalba.

Concrètement, trois façons de visiter coexistent. En autonomie, on suit les sentiers autorisés, équipés de panneaux qui présentent les gravures visibles depuis le chemin. Pour voir les roches hors sentier, il faut un accompagnateur agréé « Merveilles » par le parc et la Direction régionale des affaires culturelles. Enfin, le parc a confié des visites groupées à tarif plafonné à un syndicat d’accompagnateurs agréés.

Période 2026Vallée des MerveillesVallée de Fontanalba
15 au 30 juintous les jours, 8 h et 13 h 30vendredi, samedi, dimanche, 8 h et 13 h 30
Juillet et aoûttous les jours, 8 h et 13 h 30tous les jours, 8 h et 13 h 30
Septembretous les jours, 8 h et 13 h 30vendredi, samedi, dimanche, 8 h et 13 h 30
Tarifs20 € adulte, 7 € de 12 à 17 ans, gratuit avant 12 ans ; 15 personnes au plus ; réservation uniquement sur vallee-merveilles.com
Visites groupées au départ des refuges. La visite de 8 h est supprimée quand les refuges sont fermés. Source : dépliant « Venir dans les vallées des Merveilles et de Fontanalba », Parc national du Mercantour, avril 2026.

Y monter

L’accès le plus court part de la vallée de la Roya, par Saint-Dalmas-de-Tende et la route de Castérino. Depuis le lac des Mesches, comptez environ 3 heures et quelque 700 m de dénivelé jusqu’au refuge des Merveilles (2 130 m), puis le temps de la visite : prévoyez la journée. Fontanalba se rejoint depuis Castérino, en un peu plus de 2 heures jusqu’aux lacs Jumeaux. Les gares de Saint-Dalmas-de-Tende et de Tende sont desservies par la ligne Nice-Coni. Les refuges du Club alpin se réservent obligatoirement en ligne.

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Dalle rocheuse rougeâtre portant plusieurs gravures piquetées en forme de têtes à cornes
Des « corniformes », têtes de bovins omniprésentes parmi les gravures du mont Bégo. Photo : Gregor Seither, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Hors saison, ou par mauvais temps, le musée départemental des Merveilles, à Tende, complète la visite : entrée gratuite, fermé le mardi.

Les lacs : Allos, Vens et les autres

Le lac d’Allos, en haut du Verdon

À l’ouest du parc, dans la haute vallée du Verdon, le lac d’Allos est présenté par le parc comme le plus grand lac naturel d’altitude d’Europe. Il repose vers 2 225 m, sous le mont Pelat (3 050 m). Ses dimensions varient selon les fiches du parc lui-même (de 54 à 62 hectares, une profondeur de 42 à 49 m selon les années) : retenez qu’il est vaste et profond. Particularité rare, il n’a pas de déversoir visible : ses eaux ressortent plus bas en résurgence, la source du Chadoulin, un affluent du Verdon, cette rivière qui creuse plus loin les gorges du Verdon.

Le sentier d’interprétation part du parking du Laus (2 110 m) : une boucle facile de 7,6 km, environ 3 heures, accessible en joëlette, qui longe une tourbière de plus de 8 m d’épaisseur avant de faire le tour du lac. Côté pratique, la fiche du parc indique que la route du Laus est ouverte du 26 mai au 15 octobre, selon un arrêté municipal, et que le parking (environ 180 places) est payant en plein été, du 30 juin au 26 août (10 € par voiture), gratuit tôt le matin et en fin de journée. Une navette gratuite dessert le Val d’Allos l’été. Le refuge du lac, géré par la commune, est gardé de juin à septembre.

Rive du lac d'Allos en automne, avec deux randonneurs sur le sentier
Le lac d’Allos et son sentier, fin octobre. Photo : Toni Barros, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les lacs de Vens, en haute Tinée

Plus sauvages, les lacs de Vens s’égrènent autour de 2 300 m au-dessus de Saint-Étienne-de-Tinée. Depuis le hameau du Pra (1 700 m), la boucle par Tortisse fait 16 km et un peu plus de 1 000 m de dénivelé : 9 heures de marche, une sortie classée difficile. Attention, l’arrêt et le stationnement sont interdits sur la route départementale à hauteur du Pra ; le parc indique un parking 2 km en aval. Le refuge de Vens (2 380 m), du Club alpin, compte 45 places gardées l’été. En chemin pousse la saxifrage à fleurs nombreuses, une plante endémique des Alpes maritimes qui fut l’emblème du parc.

Plusieurs lacs bleus étagés dans un cirque de roches grises en haute Tinée
Les lacs de Vens, à Saint-Étienne-de-Tinée, fin août. Photo : Patrick Rouzet, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Comme ceux des lacs glaciaires des Pyrénées, les lacs du parc sont des milieux pauvres et fragiles : on n’y met ni savon ni crème solaire, on n’y lave pas sa vaisselle, et l’on évite de piétiner les berges.

La faune : où et quand, sans déranger

Le cœur du parc est fermé à la chasse depuis sa création, et une partie de son territoire était déjà réserve de chasse : les grands ongulés y atteignent de fortes densités.

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EspèceOù la chercherBon momentCe qu’il faut éviter
Chamoispentes herbeuses et barres rocheuses de toutes les vallées, par exemple autour du lac d’Allos ou en Gordolasquetôt le matin, de juin à octobres’approcher : un animal qui fuit gaspille ses réserves
Bouquetincrêtes et falaises, surtout dans le nord-ouest (haut Var, Verdon, Ubaye) et en Vésubie-Royatoute l’année, de préférence tôt le matinle nourrir, le suivre sur les crêtes
Marmottealpages, autour des lacsde la fin du printemps au début de l’automnele pain et les restes de pique-nique
Gypaète barbuau-dessus des vallons rocheux, en voltoute l’annéeapprocher un site de nid ; respecter les zones de quiétude
Loupprésent dans tout le parcactif surtout la nuit et à l’aubele chercher, appeler, suivre des traces, diffuser des lieux
Sources : Parc national du Mercantour (faune, fiches randonnée, réseau gypaète, étude loup 2024, magazine Gipeto n° 56).

Bouquetin et chamois

Le bouquetin du Mercantour revient de loin. En 1920, le roi Victor-Emmanuel III en fit relâcher dans la réserve royale de l’Argentera, côté italien ; moins de dix survécurent et fondèrent la population. À partir de 1950, leurs descendants passèrent la frontière. Entre 1987 et 1995, les agents du parc capturèrent 68 bouquetins dans l’Argentera et en Vanoise pour les relâcher dans le nord-ouest du parc ; d’autres lâchers ont suivi en 2005-2006, puis en 2021 en Vésubie, pour enrichir un patrimoine génétique très pauvre. Le parc en comptait environ 1 800 en 2021. Pour comparer avec d’autres massifs, notre guide où voir bouquetins et chamois passe en revue les meilleurs secteurs de France, et notre visite du parc national de la Vanoise raconte l’autre berceau du bouquetin français.

Jeune bouquetin mâle aux cornes courtes, debout sur un éboulis du Mercantour
Un jeune bouquetin mâle dans le Mercantour, fin juin. Photo : Ianaré Sévi, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le gypaète barbu

Disparu des Alpes, le gypaète a été réintroduit dans le Mercantour et le parc italien voisin à partir de 1993, avec des lâchers alternés d’un parc à l’autre. Selon le parc, cinq couples sont aujourd’hui installés dans les Alpes du Sud. On le voit en vol, longues ailes étroites et queue en losange, au-dessus des vallons rocheux. Autour de chaque nid, des « zones de sensibilité majeure » sont mises à jour en décembre et en mars, au moment de la ponte et de la couvaison : on n’y entre pas. Une observation (date, heure, lieu, nombre, photo) peut être transmise au réseau Gypaète du parc, qui réunit environ 400 bénévoles.

Le loup : le connaître plutôt que le chercher

Éradiqué dans les années 1930, le loup est revenu naturellement d’Italie en 1992 ; le Mercantour est le berceau de ce retour. Une étude du parc publiée en 2024 a délimité, entre 2017 et 2023, 14 territoires occupés successivement par 23 meutes, avec un pic de 11 meutes en 2021 et 2022, et environ une centaine de loups identifiés chaque année entre 2021 et 2023.

Le parc le décrit comme « une espèce discrète, difficile à observer », et c’est tant mieux. Ne le cherchez pas, n’imitez pas son hurlement, ne suivez pas ses traces dans la neige et ne publiez pas de lieu précis si vous avez la chance d’en croiser un. Pour le voir à coup sûr, le parc animalier Alpha, à Saint-Martin-Vésubie, présente des loups en grands enclos, sur réservation.

Sur le terrain, vous rencontrerez plus sûrement les chiens de protection des troupeaux, les patous. Le parc recommande de contourner largement le troupeau, de rester calme et passif face au chien, de descendre de vélo avant d’approcher, et de ne jamais caresser, nourrir ou photographier de près chiens et brebis.

De l’autre côté de la frontière : le parc des Alpi Marittime

Au nord-est, la ligne de crête sépare le Mercantour du parc naturel italien des Alpi Marittime (28 455 hectares, vallées du Gesso, de la Stura et de la Vermenagna, dans la province de Coni). Son noyau est l’ancienne réserve royale de chasse de Valdieri et Entracque, créée en 1857 ; c’est elle qui a sauvé le bouquetin de la région. Les deux parcs sont jumelés depuis 1987 et forment depuis 2013 le premier parc européen sous la forme d’un groupement européen de coopération territoriale, dont le siège est à Tende. Ensemble, ils protègent près de 100 000 hectares. Réintroductions du bouquetin et du gypaète, suivi du loup : pour la faune, la frontière n’existe pas. Le randonneur qui passe un col change, lui, de réglementation.

Quand y aller et comment s’y rendre

SaisonCe qui est ouvertÀ savoir
Fin juin – fin septembrerefuges gardés, visites guidées des gravures, route du lac d’Allos, col de la Bonetteparking du Laus payant du 30 juin au 26 août ; départ tôt conseillé partout
Octobresentiers de moyenne altitude, musée des Merveillesvisites groupées des gravures terminées ; route du Laus fermée après le 15 octobre ; premières neiges possibles
Novembre – mairaquettes et ski de randonnée pour les personnes équipéescol de la Bonette fermé de mi-septembre à mi-mai ; risque d’avalanche
Sources : Parc national du Mercantour (venir dans le Mercantour, fiches lac d’Allos et vallée des Merveilles, dépliant 2026).

Depuis Nice, comptez 1 heure à 1 h 30 de route pour la Vésubie et la Tinée, 1 h 30 à 2 heures pour la Roya. Le train de la ligne Nice-Coni dessert Sospel, Breil-sur-Roya, Saint-Dalmas-de-Tende et Tende ; le train Nice-Digne mène aux basses vallées, avec des correspondances en car vers le Val d’Allos. L’été, des cars de randonnée desservent la Vésubie, la Gordolasque, la Tinée et le Cians.

Pour une première visite, visez début juillet ou septembre : une journée aux Merveilles avec un guide, une autre au lac d’Allos, et les jumelles à portée de main.