Sommaire
- Comment la glace a creusé ces lacs
- Des lacs fermés par la glace une partie de l'année
- Sept lacs glaciaires à rejoindre à pied : départ, durée, dénivelé
- Le lac de Gaube, le classique de Cauterets
- Le lac d'Estom, au bout de la vallée du Lutour
- Les Laquettes et le lac d'Aubert, dans la réserve du Néouvielle
- Le lac d'Oô et sa cascade, dans le Luchonnais
- Le lac d'Artouste, par le petit train
- En novembre et en hiver : ce qui reste possible
- Les règles au bord des lacs
- La faune des lacs et des torrents
- Des glaciers qui reculent au-dessus des lacs
- Crédits photos
Gaube, Estom, Oô, Aubert, Estaing : les lacs les plus visités des Pyrénées françaises occupent des cuvettes creusées par la glace, souvent juste derrière une barre de roche polie. On les rejoint en une heure à cinq heures et demie de marche aller-retour, pour la plupart en été. Début novembre, la question n’est plus seulement « lequel choisir », mais « lequel est encore accessible ».
L’essentiel : de juin à octobre, commencez par le tour du lac d’Estaing (1 h, presque plat), le lac de Gaube (2 h 30 aller-retour) ou les Laquettes jusqu’au lac d’Aubert (3 h 30). En hiver, la plupart de ces sentiers sont déconseillés à cause des avalanches et plusieurs routes d’accès ferment : contentez-vous des parcours balisés, comme celui du Pont d’Espagne en raquettes, et lisez le bulletin d’avalanche avant de partir.
Comment la glace a creusé ces lacs
Pendant la dernière glaciation, entre 120 000 et 10 000 ans avant notre ère selon le Parc national des Pyrénées, des glaciers remplissaient presque toutes les vallées de la chaîne. En avançant, ils arrachaient des blocs à la montagne, raclaient le fond des vallées et poussaient devant eux des tonnes de débris. Quand ils ont fondu, ils ont laissé deux sortes de cuvettes.
- Les lacs de verrou occupent une zone que le glacier a surcreusée, en amont d’une barre de roche plus dure qu’il n’a pas pu raboter, le « verrou ». C’est le cas du lac de Gaube, qui apparaît « juste derrière le verrou glaciaire de roches polies », et du lac d’Estom, né d’un « ultime verrou » que le sentier franchit en quelques lacets.
- Les lacs de moraine sont retenus par les débris que le glacier a abandonnés en travers de la vallée, comme un barrage naturel de pierres et de sable.
Le lac d’Estaing, dans le Val d’Azun, témoigne ainsi d’un glacier qui descendait jusqu’à la plaine d’Argelès-Gazost. Plusieurs lacs ont ensuite été rehaussés par l’homme : celui d’Oô a été surélevé de 10 mètres par un barrage en 1921, celui d’Artouste a été équipé d’un barrage dans les années 1920, et le lac d’Orédon a été aménagé en retenue dès le XIXe siècle. Ils restent d’origine glaciaire, mais leur niveau dépend désormais de l’hydroélectricité.
Des lacs fermés par la glace une partie de l’année
Ce qui distingue un lac de montagne, explique le Parc national, c’est la couche de glace qui le couvre en hiver et limite ses échanges avec l’extérieur. Selon l’altitude, l’exposition et la taille, certains restent ainsi « fermés » plus de la moitié de l’année. Dans les plus profonds, l’eau ne se mélange et ne s’oxygène jusqu’au fond qu’au printemps et à l’automne. C’est l’une des raisons pour lesquelles la baignade y est interdite : ces eaux peu brassées supportent mal la crème solaire et les sédiments soulevés par le piétinement des berges.

Sept lacs glaciaires à rejoindre à pied : départ, durée, dénivelé
Les durées ci-dessous sont celles des fiches officielles de randonnée des offices de tourisme et du département, pour un aller-retour sans les pauses. Elles valent pour un sentier sec : avec de la neige, comptez nettement plus, ou renoncez.
| Lac (vallée) | Départ | Distance et durée | Dénivelé | Altitude du lac | Niveau | En hiver |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Lac d’Estaing (Val d’Azun) | Parkings du lac d’Estaing | 2,4 km en boucle, 1 h | +47 m | vers 1 160 m | Très facile, rive gauche accessible en fauteuil avec aide | Route parfois fermée ; sentier de la rive opposée à la route déconseillé (avalanches) |
| Lac de Gaube (Cauterets) | Parking du Puntas, Pont d’Espagne (1 460 m) | 4,9 km, 2 h 30 | +259 m | 1 730 m | Moyen | Itinéraire déconseillé en hiver et au début du printemps (avalanches) |
| Lac d’Aubert par les Laquettes (Néouvielle) | Parking du lac d’Orédon (1 850 m) | 7,7 km, 3 h 30 | +337 m | 2 145 m | Moyen | Route des lacs fermée depuis Fabian d’octobre à mai |
| Lac d’Oô (Luchonnais) | Granges d’Astau | 6,6 km, 3 h | +413 m | 1 505 m | Moyen | Pas de consigne hivernale sur la fiche : renseignez-vous sur place |
| Lac d’Estom (vallée du Lutour) | Parking de la Fruitière (1 370 m) | 10,9 km, 4 h 30 | +440 m | 1 804 m | Moyen | Route d’accès fermée en hiver et au début du printemps ; itinéraire déconseillé (avalanches) |
| Lac d’Espingo (Luchonnais) | Granges d’Astau, par le lac d’Oô | 11,6 km, 5 h 30 | +912 m | 1 882 m | Difficile | Haute montagne : à éviter sans équipement ni expérience |
| Lac d’Artouste (vallée d’Ossau) | Télécabine de Fabrèges, puis train | 15 min de télécabine, 55 min de train, 20 min de marche | — | train à 2 000 m | Sentier de montagne bien marqué | Train fermé du 4 octobre 2026 au 8 mai 2027 |
Le lac de Gaube, le classique de Cauterets
Depuis le parking du Puntas, au Pont d’Espagne (stationnement payant), le sentier balisé en rouge et blanc monte d’abord assez fort en lacets pavés dans la forêt, puis s’adoucit sous les sapins et les pins sylvestres. Il laisse le petit lac des Huats en contrebas, passe entre des dalles de granite striées par la glace et débouche sur le lac, avec le Vignemale et ses glaciers suspendus au fond. Les marches rocheuses sont parfois hautes : de bonnes chaussures s’imposent. Une télécabine et un télésiège permettent aussi d’arriver par le haut, puis un quart d’heure de marche à plat mène au lac. Le site est très fréquenté en été : venez tôt le matin ou en semaine.
Le lac est en cœur de parc national : chiens interdits (une tolérance existe pour les chiens en laisse qui montent par le télésiège), baignade et activités nautiques interdites. Pour situer Cauterets parmi les autres vallées, de l’Aspe à l’Aure, voyez notre page sur le Parc national des Pyrénées et ses six vallées.
Le lac d’Estom, au bout de la vallée du Lutour
Plus long mais plus doux, le sentier du lac d’Estom part du parking de la Fruitière et remonte le gave du Lutour par des replats, des passerelles et trois ressauts marqués de cascades. Le dernier tronçon, assez raide, franchit le verrou qui retient le lac. Au bord de l’eau, à 1 804 m, le refuge d’Estom (28 places) fait face au cirque d’Estom Soubiran et au pic de Labas. Le chemin longe la limite du parc : les chiens en laisse y sont tolérés jusqu’au refuge, pas au-delà. Pensez à la longueur du retour avec de jeunes enfants.
Les Laquettes et le lac d’Aubert, dans la réserve du Néouvielle
Le massif granitique du Néouvielle, en vallée d’Aure, est un chapelet de lacs. Depuis le parking du lac d’Orédon (accès réglementé et payant de mi-juin à mi-septembre), le sentier longe le lac, entre dans la forêt de pins à crochets, puis traverse les Laquettes, petits lacs peu profonds étagés vers 2 080 m. Comptez une heure jusqu’à la première, puis 30 à 45 minutes jusqu’au lac d’Aubert, à 2 145 m. Le lac d’Aumar, son voisin, n’est qu’à un quart d’heure de plus. En été, une navette payante relie Orédon à Aubert.
La réserve naturelle nationale du Néouvielle applique ses propres règles : chiens interdits, baignade interdite dans tous les lacs et Laquettes, camping interdit, bivouac toléré sur deux emplacements seulement (plage d’Orédon et barrage d’Aubert), nuit en camping-car interdite sur les parkings d’Orédon et d’Aubert.
Le lac d’Oô et sa cascade, dans le Luchonnais
En Haute-Garonne, le lac d’Oô se rejoint depuis les Granges d’Astau par une piste puis un sentier en forêt, ombragé presque jusqu’au bout. On arrive au barrage, près d’un pont de pierre et du refuge, face à la cascade de 275 mètres qui tombe du lac d’Espingo. Le lac couvre 42 hectares pour 67 mètres de profondeur. Les marcheurs entraînés peuvent continuer jusqu’au lac d’Espingo, à 1 882 m, puis au lac de Saussat, dix minutes plus loin : la sortie devient alors difficile.

Le lac d’Artouste, par le petit train
En vallée d’Ossau, le lac d’Artouste se gagne sans grand effort : une télécabine monte en 15 minutes depuis Fabrèges, puis un petit train parcourt plus de 10 kilomètres à 2 000 m d’altitude en 55 minutes, et un sentier bien marqué mène au lac en une vingtaine de minutes. La voie a été construite en 1920 pour le chantier du barrage ; elle est ouverte au public depuis 1932. Le train ne circule qu’à la belle saison : en 2026, il a fermé le 4 octobre, et sa réouverture est annoncée le 8 mai 2027.
En novembre et en hiver : ce qui reste possible
Début novembre, les premières neiges sont possibles en altitude et les jours raccourcissent. La plupart des fiches officielles sont claires : le lac de Gaube, le lac d’Estom et la rive sauvage du lac d’Estaing sont déconseillés en hiver et au début du printemps à cause des avalanches. La route de la Fruitière, qui mène à Estom, ferme pour l’hiver ; celle des lacs du Néouvielle est fermée depuis Fabian d’octobre à mai ; celle du lac d’Estaing peut l’être selon les conditions.
| Envie | Ce qu’on peut faire | À vérifier avant de partir |
|---|---|---|
| Voir un lac sans neige ou presque | Le tour du lac d’Estaing (1 160 m), tant que la route est ouverte et le sentier dégagé | État de la route auprès de l’office de tourisme du Val d’Azun ; ne pas emprunter la rive opposée à la route en cas de neige |
| Marcher en raquettes près des lacs de Cauterets | Le parcours balisé du Pont d’Espagne : plateau du Clot (2 km aller-retour, 60 m de dénivelé, environ 1 h) ou plateau du Cayan (6 km, 160 m, environ 2 h 45) | Ouverture du jour (les pisteurs ouvrent et ferment le parcours) et route d’accès sur le site de Cauterets ; pas de location de raquettes sur place |
| Monter plus haut, vers Gaube ou Estom | Seulement avec l’expérience de la neige et du matériel adapté, ou avec un accompagnateur en montagne | Bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BERA) du massif, la veille et le matin |
Le parcours raquettes du Pont d’Espagne est gratuit (le parking reste payant) et se trouve en cœur de parc : chiens interdits, même en laisse. Quitter le balisage revient à faire du hors-piste, à vos risques. Les bulletins d’avalanche des Pyrénées sont publiés par Météo-France, rubrique montagne ; la fiche du parcours raquettes du Pont d’Espagne détaille les deux boucles. Si vous visez plutôt le cirque voisin, l’office de tourisme y balise aussi une boucle en raquettes, décrite dans notre guide pour randonner au cirque de Gavarnie.
Un lac gelé n’est pas un chemin : sous la neige, rien ne permet de juger l’épaisseur de la glace. Restez sur les berges et sur les traces balisées.

Les règles au bord des lacs
Gaube, Estom (le lac lui-même), les Laquettes et Aubert sont en cœur du Parc national des Pyrénées, dont la réglementation s’applique à tous les visiteurs. Le cœur est signalé par des carrés blancs frappés d’une tête d’isard rouge, cornes tournées vers l’intérieur. Comme dans les autres parcs nationaux de France, l’accès est libre, mais encadré.
- Baignade : interdite dans les lacs et les « laquets » du cœur, comme dans tous les lacs de la réserve du Néouvielle et au lac d’Estaing.
- Chiens : interdits en cœur de parc, même tenus en laisse, sauf les tolérances signalées sur les fiches (montée en télésiège à Gaube, chemin d’Estom jusqu’au refuge).
- Bivouac : autorisé en cœur de parc à plus d’une heure de marche d’un accès routier, entre 19 h et 9 h ; dans la réserve du Néouvielle, seulement sur les deux aires prévues ; interdit au lac d’Estaing, où un camping existe de juin à septembre.
- Feu et cueillette : interdits. Pas de cairns ni de colonnes de pierres en équilibre au bord de l’eau, et tous les déchets redescendent avec vous.
- Pêche : réglementée ; au lac d’Estaing, une carte de pêche est obligatoire.
La faune des lacs et des torrents
Autour des lacs, regardez d’abord l’eau courante. Le cincle plongeur, petit oiseau brun au plastron blanc, marche littéralement sous l’eau des torrents pour chercher des larves, jusqu’au lac d’Estaing. Dans les eaux du Néouvielle vivent l’euprocte des Pyrénées, un triton propre au massif, et le desman des Pyrénées, petit mammifère au museau en trompe, classé « vulnérable » sur la liste rouge des mammifères de France depuis 2017. Il est très discret : le voir relève de la chance, et c’est l’une des raisons de ne pas piétiner les berges.
Sur les pentes, les isards fréquentent les versants qui dominent Estom ; en hiver, ils descendent en forêt, et chaque dérangement leur coûte une énergie qu’ils ne peuvent pas refaire faute de nourriture : gardez vos distances et restez sur les itinéraires balisés. Pour savoir où observer leurs cousins des Alpes, voyez notre sélection pour observer chamois et bouquetins en France.
Des glaciers qui reculent au-dessus des lacs
Les glaciers qui ont creusé ces lacs n’ont plus que de petits héritiers, accrochés aux plus hauts sommets, comme ceux du Vignemale au-dessus de Gaube. Le Parc national estime leur recul à environ 90 % depuis 1850. Sur les neuf glaciers suivis chaque année par l’association Moraine, dont celui des Oulettes de Gaube, la surface de glace est passée de 140 hectares en 2002 à 79 hectares en 2019, soit 3,6 hectares perdus chaque année. Selon le Parc, ils pourraient disparaître d’ici 2050 sans réduction des gaz à effet de serre.
Les lacs qu’ils ont laissés, eux, sont là depuis des millénaires. D’autres lacs façonnés de la même manière attendent les randonneurs dans les Alpes, comme le Lac Blanc, face au massif du Mont-Blanc. Dans les Pyrénées, si vous ne devez en voir qu’un cette saison, choisissez le tour du lac d’Estaing tant que la route est ouverte, et gardez Gaube, Estom ou les Laquettes pour juin, quand la neige aura quitté les sentiers.
Crédits photos
- Orlando Mouchel, Gaube Lake, CC BY-SA 4.0
- Jaufrai, Lac d’estom, CC BY-SA 4.0
- Paci Laetitia, Réserve du Néouvielle les Laquettes 3, CC BY-SA 3.0
- John Fanny, Lac d’Ôo, CC BY-SA 4.0
- Sotos, Lac d’Estaing (Hautes-Pyrénées) 1, CC BY-SA 4.0



