Crotte de hérisson sombre et granuleuse, en forme de petit cylindre, sur une dalle, à côté d'une allumette pour l'échelle
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Crottes d’animaux : les identifier en forêt et au jardin

Un tas de billes noires sur le chemin, un boudin torsadé posé sur une pierre, des trous remplis de matière molle au pied d’une haie : la plupart des mammifères de nos forêts et de nos jardins sont nocturnes, mais tous laissent des crottes. Bien lues, elles disent qui est passé, ce qu’il a mangé et où commence son territoire. Encore faut-il savoir quoi regarder, et ne pas y mettre les doigts.

L’essentiel : regardez la forme, la taille, le contenu et l’emplacement, sans toucher. Billes en tas : chevreuil, cerf, lièvre ou lapin. Boudin effilé posé sur une pierre : renard, fouine ou martre. Petits trous remplis de crottes molles : les latrines du blaireau. Cylindres noirs et brillants sur la pelouse : le hérisson. Les crottes de renard peuvent transmettre l’échinococcose alvéolaire : gants, mains lavées, cueillettes au ras du sol cuites.

Petit tas de crottes de chevreuil noires, en forme de noyau d'olive, entre des feuilles mortes d'un sous-bois du Puy-de-Dôme
Des moquettes de chevreuil entre les feuilles mortes, dans le Puy-de-Dôme, en avril : petites, noires, pointues à un bout. Photo : Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

Lire une crotte : forme, taille, contenu, emplacement

Le naturaliste Christophe Gilles, auteur d’un guide des fèces pour l’atlas des mammifères de Rhône-Alpes, retient quatre critères, à croiser.

  • La forme : les herbivores laissent des billes ou de petites crottes rondes à ovales, souvent en tas ; les carnivores, des boudins allongés, souvent effilés ou torsadés à un bout.
  • La taille : mesurez surtout la largeur ; la longueur varie avec le nombre de morceaux.
  • Le contenu : poils, os et noyaux chez les carnivores, débris d’insectes chez le hérisson, fibres végétales chez les herbivores.
  • L’emplacement : beaucoup de carnivores marquent leur territoire avec leurs crottes, posées bien en vue sur une souche, une pierre, un carrefour de sentiers.

Le menu change avec les saisons, et la crotte avec lui : la couleur est le critère le moins sûr.

Le vocabulaire des naturalistes et des chasseurs

On parle de laissées pour les carnivores, de moquettes pour le chevreuil, de fumées pour le cerf et d’épreintes pour la loutre. Les latrines sont les trous où le blaireau dépose ses crottes ; un crottier, l’endroit où un animal revient les déposer.

Tableau d’identification des crottes d’animaux de France

Ce sont des fourchettes : un jeune animal fait des crottes plus petites, et un repas très humide les déforme.

AnimalTaille (longueur × largeur)À quoi elle ressembleOù la trouver
Renard roux5 à 10 cm × 2 à 2,5 cmBoudin arrondi à un bout, effilé à l’autre ; poils, petits os, baies en saisonBien en vue : souche, pierre, carrefour
Loup8 à 10 cm × 2 à 3 cmPlusieurs morceaux, un bout en pointe ; poils, éclats d’osPistes forestières, là où l’espèce est installée
Blaireau5 à 8 cm × 1,5 à 3 cmÉpais boudin, souvent mou ; terre en hiver, débris d’insectes en été, pépins à l’automneDans de petits trous, les latrines
Fouine, martre6 à 10 cm × 1 à 1,5 cmFoncée, torsadée, vrillée, parfois repliée ; poils, os, noyaux de cerise, pépins de raisinPierre, muret, tronc couché ; greniers (fouine)
Belette, hermine3 à 5 cm × 0,6 à 0,9 cmTrès torsadée, foncée, comme un bout de ficelle ; poils, petits osPierres, murets, bords de chemin
Hérisson3 à 4 cm × 0,8 à 1 cmNoire, granuleuse et très luisante (carapaces d’insectes) ; s’effrite facilementPelouse, allée, potager
Chevreuil1 à 1,4 cm × 0,7 à 1 cmBilles pointues à un bout, en petit tas ; noires en hiver, souvent verdâtres sinonSous-bois, lisières, prairies
Cerf élaphe2 à 2,5 cm × 1,3 à 1,8 cmGrosses moquettes, un bout pointu, l’autre arrondi ou creuséGrandes forêts et prairies voisines
Sanglier7 à 9 cm × 6 à 8 cmGros boudin en tonneau, fait de morceaux aplatis collésBois, cultures, près des sols retournés
Lièvre1,5 à 2 cm de diamètreBilles un peu aplaties, pleines de fibres végétales grossièresChamps, prairies ; petits tas dispersés
Lapin de garenne0,7 à 1 cm de diamètreBilles rondes, brunes à noiresEn tas serrés sur une butte, près des terriers
Chamois0,9 à 1,3 cmPetites crottes agglomérées en grappe, parfois aplatiesPelouses d’altitude, lisières, éboulis
Rat gris1,5 à 2 cm × 0,5 à 0,6 cmBrune à noire, un bout pointu, l’autre arrondiAbords des maisons, composts, berges
Loutre3 à 5 cm × 1 à 1,5 cmNoire et gluante, puis grise et friable ; écailles, arêtes ; odeur de poisson et de mielRochers et souches au bord de l’eau, sous les ponts
Sources : C. Gilles, « Les mammifères de Rhône-Alpes, traces et indices de présence : les fèces », FRAPNA et atlas des mammifères de Rhône-Alpes, 2018 ; Bourgogne-Franche-Comté Nature ; LPO.

Pour comparer avec des photos de chaque espèce, l’atlas des mammifères d’Auvergne-Rhône-Alpes publie ces guides sur sa page « Détermination des fèces de mammifères ».

Les carnivores : des laissées bien en vue

La crotte de renard

C’est la plus courante, en forêt comme en ville : 5 à 10 cm de long, 2 à 2,5 cm de large, un bout arrondi, l’autre étiré en pointe par les poils des campagnols avalés. On y voit des éclats d’os, des plumes, des insectes et, de l’été à l’automne, des noyaux de cerise ou de prune.

Le renard marque ainsi son territoire : il la dépose en évidence sur une souche, une pierre, une borne, à la croisée de deux sentiers. L’odeur, forte, aide aussi, mais ne la sentez pas de près (voir plus bas).

Crotte de renard grise, faite presque entièrement de poils, effilée à un bout, posée dans l'herbe d'une pelouse calcaire de l'Oxfordshire
Une laissée de renard faite presque entièrement de poils de rongeurs, effilée à un bout, à Aston Rowant (Angleterre), en août. Photo : gailhampshire / Wikimedia Commons

Le loup : impossible à trancher à l’œil nu

Plus grosse (8 à 10 cm, 2 à 3 cm de large), en plusieurs morceaux, la crotte de loup est faite surtout de poils et d’éclats d’os. Mais le Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace prévient : la confusion est fréquente avec un gros chien ou un renard qui a mangé du chevreuil, et seule une analyse génétique permet de conclure.

Si vous pensez en avoir trouvé une, ne la ramassez pas : photographiez-la avec un objet pour l’échelle, notez le lieu et la date, et signalez-la au service départemental de l’Office français de la biodiversité, qui centralise les indices de présence du loup. C’est un indice que l’on peut croiser en randonnant dans le parc national du Mercantour.

Fouine, martre, belette : les crottes torsadées

Plus fines que celles du renard (1 à 1,5 cm de large pour la fouine et la martre, moins d’un centimètre pour la belette et l’hermine), ces crottes sont foncées, torsadées, parfois enroulées sur elles-mêmes, avec poils, os et, en saison, noyaux de cerise ou pépins de raisin.

Fouine ou martre ? Le lieu tranche le plus souvent : la fouine vit volontiers dans les greniers, granges et garages, où ses crottes forment parfois des tas ; la martre, animal des forêts de résineux, les dépose plutôt isolées sur une pierre ou un tronc couché. Selon Christophe Gilles, celles de la martre sentent le musc, celles de la fouine ont une odeur « très repoussante ».

La crotte de blaireau et ses latrines

Le blaireau creuse ses toilettes. Ses latrines « ne peuvent être confondues avec autre chose », écrit un bénévole de la LPO du Lot sur Faune France : de petites cavités dans le sol, souvent au bord d’un chemin ou d’une haie, remplies de matière fécale molle. Bourgogne-Franche-Comté Nature les mesure : des « pots » d’environ 20 cm de diamètre pour 5 à 10 cm de profondeur, parfois par dizaines, jamais rebouchés.

La crotte de blaireau est un épais boudin de 5 à 8 cm, souvent mou, qui suit le menu : chargée de terre en hiver, quand il mange surtout des vers, pleine de débris d’insectes en été, de pépins de raisin ou de figue à l’automne. Les latrines marquent aussi les limites entre clans voisins.

Latrine de blaireau : petits trous creusés dans un sol caillouteux en bordure d'herbe, certains remplis de crottes sombres, dans le Dorset
Une latrine de blaireau dans le Dorset, en octobre : plusieurs petits pots creusés côte à côte, certains garnis de crottes. Photo : Nigel Mykura / Wikimedia Commons

Des crottes de blaireau dans le jardin : que faire ?

Le blaireau visite surtout les jardins en période de sécheresse : une pelouse arrosée et tondue ras fait remonter les vers. Il y creuse de petits trous et laisse parfois une latrine. Dans sa fiche « Le blaireau d’Europe, la bonne attitude à adopter », la LPO Alsace rappelle qu’il est inoffensif pour les humains comme pour les animaux de compagnie, et de passage le plus souvent. Ses conseils : ne pas tondre trop court ni arroser en été, poser un grillage au sol sur les bulbes et, si la gêne dure, une clôture à retour enterré en « L », en laissant passer le hérisson. Boucher son terrier ne sert à rien.

Les herbivores : des billes en tas

Crottes de chevreuil : les moquettes

Les plus faciles à trouver en forêt : 1 à 1,4 cm, « de la taille d’un noyau d’olive », pointues à un bout. Elles tombent en petit tas là où l’animal s’est nourri, ou s’égrènent sur son chemin. Noires et luisantes en hiver, souvent verdâtres le reste de l’année, elles peuvent être collées en une masse en été.

Crottes de cerf : les fumées

De grosses moquettes : 2 à 2,5 cm de long, 1,3 à 1,8 cm de large, en paquets noirs. Selon la note de la LPO du Lot, celles du cerf sont concaves à un bout et convexes à l’autre, celles de la biche arrondies aux deux bouts et un peu plus fines. En automne, elles s’ajoutent aux autres indices du rut, que l’on écoute avec notre article sur le brame du cerf et le cri du chevreuil.

Le sanglier

Un gros boudin de 7 à 9 cm en forme de tonneau ou de pomme de pin, fait de morceaux aplatis collés entre eux : surtout des végétaux, mais aussi des insectes et des poils. Cherchez-la près des « boutis », ces plaques de terre retournées par le groin.

Lièvre et lapin

Des billes fibreuses que la taille sépare : 1,5 à 2 cm de diamètre pour le lièvre, qui les sème en petits groupes dans les champs, 0,7 à 1 cm pour le lapin, qui les accumule en tas serrés sur une butte près de sa garenne. En montagne, les crottes de chamois, en grappes, prennent le relais.

Crottes d’animaux nocturnes au jardin : qui est passé cette nuit ?

Au petit matin, quatre visiteurs nocturnes expliquent l’essentiel des trouvailles.

  • Le hérisson : cylindres noirs de 3 à 4 cm, granuleux, brillants de carapaces d’insectes, laissés au hasard sur la pelouse.
  • La fouine : crottes torsadées, pleines de noyaux, sur un muret ou dans le grenier.
  • Le renard : laissée effilée et poilue, posée en évidence sur une dalle ou une motte.
  • Le blaireau : trous remplis de crottes molles et pelouse grattée autour.
Crotte de hérisson sombre et granuleuse, en forme de petit cylindre, sur une dalle, à côté d'une allumette pour l'échelle
Une crotte de hérisson à Kerava (Finlande), en août, à côté d’une allumette : sombre, granuleuse, piquetée de débris d’insectes. Photo : Anneli Salo / Wikimedia Commons

Une crotte de hérisson est une bonne nouvelle : elle signale un animal protégé, grand mangeur d’insectes et de limaces. Pour le garder, voyez comment aider le hérisson à passer l’hiver.

Vous hésitez entre deux animaux ?

Vous hésitez entre…Ce qui tranche
Hérisson ou ratHérisson : 8 à 10 mm de large, brillante, s’effrite ; rat gris : 5 à 6 mm, compacte.
Fouine ou rat, au grenierFouine : 6 à 10 cm, torsadée, avec poils et noyaux ; rat : 2 cm au plus.
Renard ou chienRenard : effilée, poils et os visibles, posée en hauteur ; chien nourri en croquettes : homogène, sans restes.
Chevreuil ou lapinChevreuil : billes allongées, pointues à un bout ; lapin : billes rondes et fibreuses.
D’après C. Gilles, FRAPNA, 2018.

Précautions sanitaires : regarder, photographier, ne pas toucher

La règle des naturalistes : ne jamais toucher une crotte à mains nues, ni la sentir de près, en raison des « risques de maladies » et de parasites, rappelle Christophe Gilles.

L’échinococcose alvéolaire, la maladie du renard

Le risque le plus connu vient d’un minuscule ténia, Echinococcus multilocularis, qui vit dans l’intestin du renard (parfois du chien, plus rarement du chat). Ses œufs microscopiques sortent avec les crottes ; les campagnols les avalent, le renard mange les campagnols. L’humain se contamine par accident, en avalant des œufs sur des végétaux souillés ou avec des mains qui ont touché la terre ou le pelage d’un animal porteur.

La maladie est rare mais grave : la larve s’installe dans le foie, et les symptômes n’apparaissent que 5 à 15 ans plus tard, selon l’Anses. Le Centre national de référence des échinococcoses, au CHU de Besançon, comptait en 2020 trente à quarante nouveaux cas par an en France, dont 65 % en Haute-Savoie, dans le Jura, le Doubs, les Vosges et la Haute-Saône : les œufs survivent mieux au froid humide. Mais dès 2005-2010, le parasite a été trouvé chez des renards jusqu’en Normandie, en Ille-et-Vilaine et en Île-de-France. La plupart des personnes qui avalent des œufs ne tombent pas malades.

Les gestes qui protègent, d’après l’Académie nationale de médecine et le Centre national de référence :

  • ne pas toucher un renard, même mort, sans gants ;
  • cuire les fruits, baies et plantes cueillis au ras du sol dans les zones où vivent des renards ; à défaut, les rincer abondamment. Ce qui pousse en hauteur, hors de portée d’un renard, est moins exposé ;
  • ne pas compter sur le congélateur : ni la congélation domestique ni les antiseptiques ne détruisent les œufs ;
  • se laver les mains en rentrant du jardin, et clôturer le potager si des renards le visitent ;
  • faire vermifuger régulièrement chiens et chats qui chassent ou circulent librement, avec un produit à base de praziquantel (demandez à votre vétérinaire), et se laver les mains après les avoir caressés.

Ramasser une crotte au jardin

Gants jetables, sac retourné ou petite pelle, le tout aux ordures ménagères (pas au compost), puis lavage des mains. Au bord de l’eau, évitez aussi les crottes vertes en petit cornichon du ragondin : elles peuvent transmettre la leptospirose, maladie qui peut être grave.

Photographier et noter ses trouvailles

Une bonne photo vaut mieux qu’un prélèvement : une règle, une clé ou un stylo à côté pour l’échelle, une vue d’ensemble pour l’emplacement, un gros plan pour le contenu. Notez la date, la commune et le milieu.

Une crotte se lit rarement seule : cherchez autour un terrier, une coulée, des noisettes rongées et surtout des empreintes. Notre guide pour reconnaître les empreintes d’animaux complète celui-ci. Une fois l’espèce sûre, vos observations peuvent rejoindre un inventaire en ligne comme Faune France.

Pour un premier essai, une forêt à chevreuils et sangliers comme Brocéliande offre à l’automne des indices à chaque détour. Restez sur les sentiers, ne fouillez pas autour des terriers, et laissez chaque indice en place : il sert d’abord à l’animal qui l’a déposé.

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