Chemin forestier sous les feuillus dans la forêt d'Arc-en-Barrois, en Haute-Marne
Parcs et réserves

Parc national de forêts (Champagne et Bourgogne) : que voir, où randonner, quelles règles

La forêt d'Arc-en-Barrois, en Haute-Marne, l'un des grands massifs du cœur du parc. Photo : Clément Huvig / Wikimedia Commons

Pas de sommet, pas de glacier, pas de littoral : le plus jeune des parcs nationaux français protège des forêts de plaine. Entre Châtillon-sur-Seine, en Côte-d’Or, et Arc-en-Barrois, en Haute-Marne, le plateau de Langres aligne des hêtraies et des chênaies à perte de vue, des sources qui pétrifient la mousse, des cirques calcaires. On y vient marcher au calme, écouter le cerf et chercher la cigogne noire.

L’essentiel : le Parc national de forêts, créé en novembre 2019, couvre 2 180 km² entre Champagne et Bourgogne. Pour une première visite, comptez un week-end : le cirque de la Coquille et la tufière de Rolampont (deux sentiers faciles de 1 à 2 km, accès libre), l’abbaye d’Auberive, puis une boucle balisée en forêt. L’accès est libre, mais le cœur du parc a ses règles : chiens tenus, pas de feu, cueillette limitée, et des zones fermées pendant le brame.

Un parc national pas comme les autres

Le Parc national de forêts a été créé par le décret n° 2019-1132 du 6 novembre 2019. C’est le onzième et le plus récent des onze parcs nationaux de France, le premier de la moitié nord du pays et le seul consacré à la forêt feuillue de plaine. Les points hauts du plateau culminent vers 500 mètres : ici, le relief est fait de vallons, de combes et de petites falaises calcaires creusées par l’Aube, l’Ource, la Seine naissante et leurs affluents.

Comme tout parc national, il a deux zones. Le cœur, réglementé, couvre plus de 53 000 hectares sur 60 communes et il est boisé à 95 %. Autour, l’aire d’adhésion regroupe les communes qui ont signé la charte du parc : 110 l’ont fait, 57 en Côte-d’Or et 53 en Haute-Marne.

RepèreCe que dit le parc
Création6 novembre 2019 (décret n° 2019-1132)
Territoire2 180 km², sur 2 régions (Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté) et 2 départements (Haute-Marne, Côte-d’Or)
Forêt113 000 hectares, environ 50 millions d’arbres, 88 % de feuillus
Forêts anciennes80 % des forêts du parc
Diversité des arbresJusqu’à 15 essences par hectare ; le hêtre est la plus courante
EauPrès de 700 km de cours d’eau, plus d’une centaine de marais tufeux
EspècesPlus de 3 000 espèces animales et 1 700 espèces végétales
Réserve intégraleEnviron 3 100 hectares en forêt domaniale d’Arc-Châteauvillain, la plus grande de France
SentiersPrès de 600 km, dont une quarantaine de boucles balisées
Sources : Parc national de forêts, pages « Carte d’identité » et « Le Parc national en chiffres », consultées le 18 octobre 2026.

Le chiffre le plus parlant est celui des forêts anciennes : quatre forêts sur cinq poussent sur des sols boisés sans interruption depuis au moins le milieu du XIXe siècle. Savoir ce que recouvre la notion de forêt ancienne aide à lire ces paysages : leur flore de sous-bois met très longtemps à revenir après un défrichement.

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Que voir : les sites à ne pas manquer

Le parc ne se visite pas comme un monument : il n’y a ni entrée ni péage, et ses curiosités sont dispersées sur tout le territoire. Sa page « Les sites remarquables » en retient 18. Voici ceux qui se prêtent le mieux à une première visite.

SiteCommuneCe qu’on y voitSur place
Cirque de la CoquilleÉtalante (Côte-d’Or)Amphithéâtre calcaire, source, pelouses sèches, vue sur le ChâtillonnaisSentier de découverte : 1 km, 1 h, 70 m de dénivelé, facile ; pique-nique et sanitaires près du parking
Tufière de RolampontRolampont (Haute-Marne)Escalier naturel de tuf construit par l’eau et les mousses ; site classéSentier de découverte : 1,8 km, 1 h 30, facile ; accès libre et gratuit toute l’année
Abbaye d’AuberiveAuberive (Haute-Marne)Abbaye cistercienne fondée en 1135, reconstruite au XVIIIe siècle, centre d’art contemporain10 € plein tarif, 5 € réduit, gratuit avant 12 ans ; centre d’art fermé d’octobre à mai
Source de la DouixChâtillon-sur-Seine (Côte-d’Or)Résurgence, en pleine villeAccès libre ; sur le tracé du GR 2
Sources : Parc national de forêts (sites remarquables, fiches du portail Rando forêts), consultées le 18 octobre 2026. Tarifs de l’abbaye relevés sur sa fiche ; à confirmer avant de partir.

Le cirque de la Coquille, à Étalante

Au fond de cet amphithéâtre de calcaire blanc naît le ruisseau de la Coquille, d’une source que la tradition dit habitée par une fée maléfique. Le site est géré depuis 1995 par le Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne. Depuis le village, suivez les panneaux « cirque de la Coquille » jusqu’au parking ; la boucle d’un kilomètre monte sur le rebord du cirque, avec vue sur le Châtillonnais : cultures sur les plateaux, forêt sur les pentes, prairies dans les fonds.

Les éboulis abritent une rareté : la linaire des Alpes, une petite fleur bleu violacé de montagne qui, selon la fiche du parc, n’est présente en plaine française que sur deux sites de Bourgogne. Restez sur le sentier : ces pelouses sont fragiles et les plantes ne se cueillent pas.

Pentes calcaires blanches et versants boisés du cirque de la Coquille, à Étalante en Côte-d'Or
Le cirque de la Coquille, à Étalante, au printemps : éboulis calcaires et versants boisés. Photo : Espirat / Wikimedia Commons

La tufière de Rolampont, un escalier qui pousse

Au sud de Chaumont, la tufière de Rolampont montre le phénomène qui fait les marais tufeux du parc. L’eau qui sort du calcaire est chargée de bicarbonate ; les mousses en captent le gaz carbonique, le calcaire précipite et les enrobe, et ces coussinets grandissent jusqu’à former des bassins en gradins. Le sentier de découverte, au départ du parking de la tufière, fait 1,8 km pour une heure et demie de flânerie ; des bornes expliquent le fonctionnement du site, sa flore et l’ancienne exploitation du tuf.

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Le vallon frais abrite des plantes de montagne rares en plaine et des libellules menacées, dont l’agrion de Mercure. Pour une sortie plus longue, une boucle d’environ 12 km rejoint le mausolée gallo-romain de Faverolles.

Gradins de tuf couverts de mousse et filets d'eau à la tufière de Rolampont, en Haute-Marne
Les gradins de tuf de la tufière de Rolampont, construits par l’eau et les mousses. Photo : Ji-Elle / Wikimedia Commons

L’abbaye d’Auberive et les villages

Fondée en 1135 sur les bords de l’Aube par saint Bernard et l’évêque de Langres, l’abbaye cistercienne d’Auberive a été reconstruite au XVIIIe siècle, puis transformée en prison pour femmes au XIXe ; Louise Michel y a été détenue vingt mois après la Commune. Elle abrite aujourd’hui un centre d’art contemporain, fermé d’octobre à mai. Hors saison, appelez avant de venir (03 25 84 20 20). Le parc met aussi en avant Arc-en-Barrois et les villages médiévaux de Grancey-le-Château-Neuvelle et de Montsaugeon.

Façade classique en pierre claire de l'ancienne abbaye d'Auberive, en Haute-Marne
La façade est de l’ancienne abbaye cistercienne d’Auberive, en juillet. Photo : Espirat / Wikimedia Commons

Randonner : de la boucle d’une heure au tour du parc en douze jours

Le parc annonce près de 600 km de sentiers inscrits aux plans départementaux de randonnée, dont une quarantaine de boucles balisées. Toutes sont décrites, avec tracé et dénivelé, sur le portail Rando forêts du parc. Trois grands itinéraires balisés en blanc et rouge traversent aussi le territoire.

ItinéraireLongueurPour qui
Sentiers de découverte (cirque de la Coquille, tufière de Rolampont)1 à 2 kmFamilles, une heure ou deux
Boucles balisées (une quarantaine)Variable, à choisir sur Rando forêtsDemi-journée ou journée
Tour du Parc national de forêts, « le Chemin de la Belle étoile » (GR de Pays)Environ 244 km en 12 étapesItinérance ; chaque étape peut servir de départ
GR 2 (Dijon – Le Havre)858 km au totalLe long de la Seine, par Châtillon-sur-Seine
GR 7 et GR 145 (via Francigena)Grandes traverséesTronçons repris par le tour du parc
Sources : Parc national de forêts (page Randonnées) et Fédération française de randonnée (avril 2026), consultés le 18 octobre 2026.

La nouveauté de 2026 est ce tour du parc. Le Chemin de la Belle étoile relie Châteauvillain, Auberive, Grancey-le-Château et Châtillon-sur-Seine, en reprenant des tronçons des GR 2, 7 et 145, et la Fédération française de randonnée en a publié le topoguide. Le parc l’a inauguré en juillet 2026 par une randonnée de 7 km entre Auberive et Vivey. La FFRandonnée met en avant un argument rare : l’absence de pollution lumineuse, qui rend les nuits d’étape propices à l’observation du ciel.

À vélo, le parc signale des petites routes tranquilles et une vingtaine de circuits de VTT balisés sur les chemins forestiers, également sur Rando forêts. En fin d’automne, prévoyez de bonnes chaussures et une lampe : la nuit tombe tôt sous les hêtres. Si vous cherchez d’autres forêts à parcourir en couleurs cet automne, les hêtraies du plateau de Langres soutiennent la comparaison.

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Faune et flore : ce que vous pouvez vraiment observer

Le parc décrit des populations de cerfs, de chevreuils et de sangliers « très abondantes ». Le cerf est l’animal que l’on a le plus de chances d’entendre, surtout en septembre et en octobre, pendant le brame. Le parc cite aussi le chat forestier et le renard, bien plus discrets. Pour écouter le brame sans déranger les cerfs, le parc et l’Office national des forêts organisent chaque année des sorties encadrées, annoncées sur le site du parc et vite complètes.

L’emblème du parc est la cigogne noire. Bien plus farouche que la cigogne blanche, elle a besoin de grands arbres tranquilles pour nicher et de ruisseaux pour se nourrir. Selon le parc, 20 % des cigognes noires françaises vivent dans ces forêts. Ne cherchez pas ses nids : c’est en vol, au-dessus d’une vallée, qu’on a le plus de chances de l’apercevoir.

Côté flore, la vedette est le sabot de Vénus, présenté par le parc comme la plus grande orchidée d’Europe ; les pelouses calcaires, comme celles du cirque de la Coquille, accueillent d’autres orchidées sauvages. Aucune ne se cueille.

Les règles de bonne conduite avec la faune

  • Déranger la faune est interdit dans le cœur, surtout en période de reproduction ; s’approcher d’un cerf le dérange et peut être dangereux.
  • À la tombée de la nuit, pas de bruit ni de lumière pour « voir » les animaux : utilisez une lampe seulement pour marcher, et fiez-vous à l’écoute.
  • Restez sur les chemins dans les secteurs signalés : certaines zones peuvent être fermées à certaines périodes, notamment autour des nids de cigogne noire.

La réserve intégrale d’Arc-Châteauvillain, une forêt laissée à elle-même

Au cœur du parc, en forêt domaniale d’Arc-Châteauvillain (Haute-Marne), une réserve intégrale forestière a été classée par décret le 10 décembre 2021. Avec 3 087 hectares selon le parc, c’est la plus grande de France. Aucune coupe n’y est faite, sauf pour sécuriser les routes : la forêt y évolue librement, et les scientifiques y suivent la façon dont elle vieillit. En août 2024, l’association Francis Hallé y a relevé et dessiné chaque arbre d’une parcelle de 100 mètres sur 20, un inventaire à refaire tous les cinq ans.

La réserve se parcourt, mais seulement sur les chemins ouverts balisés en blanc, chien en laisse, sans vélo, sans cueillette ni bivouac (détail dans le tableau ci-dessous). Pendant le brame, en septembre et en octobre, elle est fermée au public sur tous ses chemins, de jour comme de nuit.

Les règles du cœur du parc, en un tableau

L’accès à pied est libre dans tout le cœur. Les règles détaillées figurent dans la charte ; la page « La réglementation du Cœur » du parc les résume. En voici les principales pour une visite.

SujetDans le cœur du parcDans la réserve intégrale
ChiensAcceptés, divagation interdite ; laisse conseilléeLaisse obligatoire, sur les chemins ouverts
Bivouac et campingCamping interdit (sauf terrain clos ou privé) ; bivouac toléré près des routes et sentiers, petite tente, d’une heure avant le coucher à une heure après le lever du soleilInterdit
FeuInterdit hors installations prévues ; réchaud autonome toléré, sous réserve des arrêtés préfectorauxFeu, flamme et cigarette interdits
ChampignonsJusqu’à 5 litres par personne et par jour pour les espèces listées (morilles, girolles, cèpes…)Interdit
PlantesCueillette domestique, sauf espèces de la liste de la charteInterdite
VéloAutorisé, avec des restrictions dans les secteurs sensiblesInterdit
VoitureSur les routes ouvertes à la circulation ; ailleurs, circulation réglementéeFermée au public pendant le brame
Déchets, graffitisInterditsInterdits
Sources : Parc national de forêts, pages « La réglementation du Cœur » et « La réserve intégrale forestière d’Arc-Châteauvillain », consultées le 18 octobre 2026.

Le plafond de 5 litres vaut pour les espèces comestibles listées par la charte : si vous ramassez, apprenez d’abord à reconnaître les champignons dangereux des forêts, et faites vérifier votre panier en cas de doute. Pendant le brame, deux autres zones de quiétude s’ajoutent à la réserve : à Praslay, où circuler et stationner sont interdits jour et nuit sur les chemins indiqués, et entre Vanvey et Villiers-le-Duc, où les véhicules n’ont pas accès de 18 h à 8 h. Les cartes sont publiées chaque année par le parc.

Quand venir

SaisonCe qui vous attendÀ savoir
Septembre – octobreBrame du cerf, premières couleurs dans les hêtraies, champignonsZones de quiétude fermées ou réglementées ; sorties d’écoute sur réservation, vite complètes
Fin octobre – novembreForêts dorées puis dépouillées, sentiers calmesJournées courtes ; centre d’art de l’abbaye d’Auberive fermé
HiverForêts calmes, traces d’animaux dans la boueChemins boueux ; renseignez-vous sur les jours de chasse auprès des mairies et de l’ONF
Printemps – étéOrchidées des pelouses calcaires, forêt en feuilles, longues soiréesCentre d’art de l’abbaye d’Auberive ouvert (il ferme d’octobre à mai)
Sources : Parc national de forêts (zones de quiétude, sites, agenda) et fiche de l’abbaye d’Auberive ; dates à vérifier pour 2027.

Préparer sa venue : accès, maisons du parc, où dormir

En voiture depuis Paris, le parc indique environ 250 km jusqu’à Châtillon-sur-Seine par l’A5, sorties 23 (Semoutiers) ou 24 (Ville-sous-la-Ferté, vers Arc-en-Barrois). Depuis le sud, l’A31 dessert le secteur de Langres (sorties 5, 6 et 7). En train, visez la gare TGV de Montbard ou celle de Dijon, puis un car Mobigo vers Châtillon-sur-Seine, Recey-sur-Ource ou Grancey-le-Château-Neuvelle ; Langres et Chaumont ont une gare TER. Sur place, une voiture ou un vélo reste presque indispensable.

Point d’accueilAdresseTéléphoneCe qu’on y trouve
Maison du Parc national – Maison de la Forêt1 ruelle de la Ferme, 21290 Leuglay03 80 81 86 11Exposition sur le bois et la forêt (1 h 30 à 2 h), centre d’interprétation de la truffe de Bourgogne, sorties nature, grimpe d’arbres
Maison du Parc national – Tour de l’Auditoire14 bis rue de Penthièvre, 52120 Châteauvillain03 73 62 04 50Expositions temporaires
Siège du Parc national de forêts20 rue Anatole Gabeur, 52210 Arc-en-Barrois03 25 31 62 35Accueil et informations
Office de tourisme du Châtillonnais1 rue du Bourg, 21400 Châtillon-sur-Seine03 80 91 13 13Hébergements, circuits
Office de tourisme du Pays de Langres et des 4 LacsSquare Olivier Lahalle, 52200 Langres03 25 87 67 67Hébergements, circuits
Source : Parc national de forêts, page « Où s’informer ? », consultée le 18 octobre 2026. Les trois points d’accueil du parc sont ouverts toute l’année ; leurs horaires varient selon la saison.
Bâtiment de la Maison de la Forêt, Maison du Parc national de forêts, à Leuglay en Côte-d'Or
La Maison de la Forêt, à Leuglay, première Maison du Parc national de forêts. Photo : Pnfo / Wikimedia Commons

Pour dormir, les offices de tourisme tiennent la liste des hébergements. Un premier séjour type tient en deux jours : le samedi, Maison de la Forêt à Leuglay, puis cirque de la Coquille en fin d’après-midi ; le dimanche, abbaye d’Auberive, boucle en forêt et tufière de Rolampont sur le retour. Ceux qui aiment les grandes chênaies de plaine pourront prolonger ailleurs, vers la chênaie de Tronçais, dans l’Allier.

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