Sommaire
- Quand voir les oiseaux d'hiver dans le golfe du Morbihan
- Combien d'oiseaux, et lesquels ?
- La bernache cravant, star de l'hiver
- Les canards : siffleurs, pilets, souchets, sarcelles
- Avocettes et limicoles
- Les meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver
- Réserve naturelle des marais de Séné (Falguérec)
- Marais de Lasné et vasière de Tascon (Saint-Armel)
- Marais du Duer et vasière de Saint-Colombier (Sarzeau)
- Pointe d'Arradon et autres points de vue sur le golfe
- La marée : elle décide de tout
- À quelle heure venir
- Sorties guidées : avec qui partir cet hiver
- Les règles à respecter pour ne pas déranger
- Le Parc naturel régional du Golfe du Morbihan, un territoire tourné vers les oiseaux
- Préparer sa sortie : la liste
Quand l’automne s’installe, le golfe du Morbihan change de voix. Sur les vasières découvertes à marée basse, des milliers de bernaches cravants arrivées de Sibérie broutent les herbiers en jacassant, des canards se rassemblent dans les anses abritées et les limicoles courent au bord de l’eau. D’octobre à février, entre 60 000 et 100 000 oiseaux d’eau passent l’hiver sur ce petit bout de mer intérieure, selon le Parc naturel régional du Golfe du Morbihan. Pour en profiter, il faut connaître trois choses : les bons sites, le rythme de la marée et les zones où les oiseaux doivent être laissés tranquilles.
L’essentiel : venez de fin octobre à février (pic des bernaches en novembre), observez à marée montante, quand l’eau pousse les oiseaux vers les reposoirs, et commencez par les marais de Séné, le marais de Lasné face à Tascon et les marais du Duer à Sarzeau. Attention : la partie aménagée de la réserve de Séné est fermée au grand public du 20 septembre au 31 janvier, sauf le dimanche après-midi et lors des sorties guidées.
Quand voir les oiseaux d’hiver dans le golfe du Morbihan
Les premiers hivernants arrivent dès la fin septembre, mais la saison prend vraiment de l’ampleur en octobre. D’après le livret « Où observer les oiseaux » du Parc naturel régional, le pic d’abondance grimpe à près de 80 000 oiseaux en novembre et décembre. Les bernaches cravants suivent ce calendrier de près : leur maximum est atteint classiquement en novembre, puis les effectifs restent élevés jusqu’en février avant de fondre en mars.
Les comptages mensuels du Réseau national Bernaches (coordonné par la LPO) donnent une bonne idée de cette courbe. Voici les chiffres relevés dans le golfe du Morbihan pendant l’hiver 2021-2022, dernier bilan détaillé par site que nous avons pu consulter :
| Mois | Bernaches cravants comptées dans le golfe (2021-2022) | Ce qu’il se passe |
|---|---|---|
| Septembre | 210 | Les premières arrivent de l’Arctique russe |
| Octobre | 10 502 | Arrivée massive, début de la saison d’observation |
| Novembre | 16 097 | Pic de l’hiver |
| Décembre | 13 836 | Effectifs encore très élevés, canards nombreux |
| Janvier | 12 915 | Plateau ; les limicoles atteignent souvent leur maximum |
| Février | 11 381 | Dernier mois « plein » avant les départs |
| Mars | 3 049 | Remontée vers le nord |
| Avril | 30 | Quelques retardataires |
En pratique, toute sortie entre la Toussaint et la fin février a de bonnes chances de vous montrer de grands groupes.
Lors des vagues de froid, le golfe sert de refuge climatique : les effectifs, surtout de canards siffleurs, peuvent y grimper temporairement, note la fiche Natura 2000 du site.
Combien d’oiseaux, et lesquels ?
Au comptage international de la mi-janvier 2023 (Wetlands International), 70 755 oiseaux d’eau ont été dénombrés dans le golfe du Morbihan, de loin le premier site du département. Le golfe y atteint le seuil d’importance internationale pour six espèces, en accueillant plus de 1 % de leur population : bernache cravant, canard pilet, canard souchet, barge à queue noire, bécasseau variable et spatule blanche.
Ce chiffre cache pourtant un déclin. Le Parc naturel régional rappelle que le golfe a perdu plus de 30 % de ses oiseaux depuis le début des années 1990 : l’ensemble bernaches, canards, foulques et limicoles ne dépasse plus 70 000 individus en hiver, contre jusqu’à 115 000 à l’hiver 1993-1994. D’où des règles strictes contre le dérangement.
La bernache cravant, star de l’hiver
Petite oie marine au plumage sombre, avec un mince collier blanc, la bernache cravant niche dans la toundra sibérienne et passe l’hiver sur les côtes d’Europe de l’Ouest. Contrairement à ce qu’on lit parfois, elle ne poursuit pas sa route vers l’Afrique : le golfe est bien sa destination d’hiver. Elle s’y nourrit surtout de zostères, ces herbiers marins qui découvrent à marée basse.
La France accueille environ la moitié de la population mondiale de cette sous-espèce : 110 003 bernaches comptées au pic de décembre 2024, soit 51 % des quelque 215 000 oiseaux de la population, selon le bilan 2024-2025 du GONm. Les principaux sites, entre le bassin d’Arcachon et le golfe du Morbihan, en concentrent les trois quarts. Le même bilan rappelle que l’espèce a décliné de 34 % en trente ans : une population fragile.
Les canards : siffleurs, pilets, souchets, sarcelles
Au pic de novembre, les plus nombreux après la bernache sont le canard colvert, le canard siffleur, la foulque macroule et la sarcelle d’hiver. Le canard pilet, à la longue queue effilée, et le canard souchet, au bec en spatule, sont moins abondants mais d’importance internationale ici. Cherchez-les dans les salines endiguées de Séné et du Duer, à l’abri du vent.
Avocettes et limicoles
L’avocette élégante, noire et blanche avec son bec retroussé, est l’emblème des marais du golfe : elle y niche au printemps et une partie de la population y hiverne. Lors du bilan des dénombrements 2012-2013, son maximum dans le golfe atteignait 1 315 oiseaux, en février.
Autour d’elles, le bécasseau variable est de loin le limicole le plus nombreux, accompagné de la barge à queue noire, du pluvier argenté, du vanneau huppé, du courlis cendré et du chevalier gambette. Les limicoles atteignent souvent leur maximum en janvier ou février, un peu plus tard que les canards.
Les meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver
Le livret du Parc naturel régional présente douze sites d’observation en accès libre autour du golfe. En hiver, trois d’entre eux sortent du lot, tous situés sur la rive est et sud, là où les vasières sont les plus vastes.
| Site | Commune | Intérêt en hiver (livret du Parc) | Accès en hiver |
|---|---|---|---|
| Réserve naturelle des marais de Séné | Séné | Exceptionnel | Sentier rouge libre toute l’année ; sentier jaune gratuit le dimanche 14 h-17 h jusqu’au 31 janvier ; sorties guidées |
| Marais de Lasné (face à Tascon) | Saint-Armel | Exceptionnel | Accès libre, sentiers balisés |
| Marais du Duer et vasière de Saint-Colombier | Sarzeau (presqu’île de Rhuys) | Exceptionnel | Accès libre, deux observatoires et un belvédère |
| Marais de Suscinio | Sarzeau | Intéressant | Chemins en accès libre |
| Marais du Brennegi | Locmariaquer | Intéressant | Chemins balisés |
Réserve naturelle des marais de Séné (Falguérec)
Classée en 1996, la réserve naturelle nationale couvre 530 hectares de vasières, de prés salés, d’anciennes salines et de prairies humides sur la rive ouest de la rivière de Noyalo, à quelques kilomètres de Vannes. Elle est née des anciennes salines du Petit Falguérec, achetées en 1979. 240 espèces d’oiseaux y ont été recensées.
Le site se divise en deux parties. La partie aménagée (sentier jaune) compte 4 km de sentiers et 6 observatoires couverts, au plus près des bassins, avec des panneaux d’identification sous chaque fenêtre. Elle est fermée au grand public du 20 septembre au 31 janvier, mais l’association des Amis de la Réserve l’ouvre tous les dimanches de 14 h à 17 h, gratuitement. La partie libre (sentier rouge), à 2 km du Centre nature au bout de la route, offre 4,5 km de sentier, un observatoire et deux plateformes, ouverte tous les jours, toute l’année. Prévoyez des bottes : la réserve elle-même le conseille en hiver.
En hiver, on y voit canards pilets et souchets, vanneaux, busard des roseaux, avocettes, spatules et de nombreux limicoles ; le balbuzard pêcheur est souvent vu en pêche sur la rivière de Noyalo.

Marais de Lasné et vasière de Tascon (Saint-Armel)
Ces anciennes salines, Espace naturel sensible du Département depuis 1978, ont été restaurées à partir de 2003, avec une zone de quiétude pour les oiseaux. Elles font face à la vasière de l’île de Tascon, l’un des secteurs que le Parc cite pour observer en même temps des dizaines d’espèces. En hiver : bécasseau variable, pluvier argenté, barge à queue noire, bernache cravant, spatule blanche, et parfois le hibou des marais. Accès : direction Saint-Armel, puis « passage de Tascon ».
Marais du Duer et vasière de Saint-Colombier (Sarzeau)
À l’entrée de la presqu’île de Rhuys, les anciennes salines du Duer jouxtent l’immense vasière de Saint-Colombier, où des centaines d’oiseaux hivernent d’octobre à mars. Deux observatoires et un belvédère permettent de les regarder sans les déranger. Le Parc précise que le site est « très intéressant à marée montante », quand les oiseaux se réfugient dans les bassins. Au programme : bernaches, sarcelles d’hiver, courlis cendrés, barges, canards souchets et pilets, grande aigrette, chevalier arlequin, et parfois le faucon pèlerin en chasse. Accès : direction presqu’île de Rhuys, arrêt à Saint-Colombier.
Pointe d’Arradon et autres points de vue sur le golfe
Sur la rive nord, la pointe d’Arradon (circuit d’environ 5,6 km) offre un large panorama sur le golfe intérieur. Ce n’est pas un site aménagé : on y balaie le plan d’eau à la longue-vue, depuis le sentier côtier, sans descendre sur l’estran. Les vasières de la rive est restent bien plus riches.
La marée : elle décide de tout
Les oiseaux vivent au rythme de la marée : selon le Parc, ils se regroupent sur les vasières et les herbiers pour s’alimenter, puis sur quelques anses abritées et pointes rocheuses pour se reposer à marée haute.
- À marée basse, les oiseaux sont dispersés sur des centaines d’hectares de vase, souvent loin du bord. Bon moment pour voir les bernaches brouter les zostères, mais il faut une longue-vue.
- À marée montante, l’eau couvre peu à peu les vasières et pousse les oiseaux vers le haut de l’estran et les bassins endigués. C’est le meilleur moment pour les voir de près, depuis les observatoires du Duer ou de Séné.
- À marée haute, les oiseaux se concentrent sur leurs reposoirs. C’est aussi le moment où ils sont le plus sensibles au dérangement : un envol leur coûte de l’énergie qu’ils ne peuvent pas récupérer tant que les vasières sont couvertes.
Pour bien choisir votre créneau, arrivez une à deux heures avant la pleine mer. Attention : l’heure de la marée varie sensiblement d’un point à l’autre du golfe, entre l’entrée (Port-Navalo) et le fond des rivières. Vérifiez la prédiction du port le plus proche sur le site du service hydrographique de la Marine (SHOM).

À quelle heure venir
En hiver, les journées sont courtes et la lumière basse, souvent belle sur les vasières. Les heures ci-dessous, calculées pour Vannes, aident à caler une sortie (le passage à l’heure d’hiver a lieu dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026) :
| Date | Début de l’aube | Lever du soleil | Coucher du soleil | Fin du crépuscule |
|---|---|---|---|---|
| 21 octobre 2026 | 8 h 07 | 8 h 38 | 19 h 13 | 19 h 44 |
| 15 novembre 2026 | 7 h 42 | 8 h 16 | 17 h 35 | 18 h 09 |
| 1er décembre 2026 | 8 h 03 | 8 h 38 | 17 h 22 | 17 h 57 |
| 21 décembre 2026 | 8 h 20 | 8 h 56 | 17 h 22 | 17 h 58 |
| 15 janvier 2027 | 8 h 20 | 8 h 55 | 17 h 46 | 18 h 21 |
L’idéal : une marée montante le matin ou en fin d’après-midi. Le dimanche, l’ouverture gratuite du sentier jaune de Séné (14 h-17 h) tombe bien quand la pleine mer est en milieu d’après-midi.
Sorties guidées : avec qui partir cet hiver
Une sortie guidée est le meilleur moyen de démarrer, et la seule façon de parcourir les observatoires de Séné en semaine pendant la fermeture. La réserve organise des balades nature toute l’année, limitées à 20 personnes, sur la réserve et ailleurs dans le golfe. Au programme de l’automne 2026 (réservation obligatoire en ligne) :
| Date | Sortie | Lieu | Tarif |
|---|---|---|---|
| Mercredi 21 octobre, 9 h 30-11 h | « Le retour des premiers hivernants » (enfants de 3 à 6 ans) | Réserve de Séné | 12 / 7 / 5 € |
| Jeudi 22 octobre, 16 h-18 h 30 | « Oiseaux migrateurs de l’automne », jusqu’à la tombée du jour | Réserve de Séné | 12 / 9 € |
| Lundi 26 octobre, 10 h-12 h 30 | « Oiseaux hivernants » (programme Morbihan Grandeur Nature) | Marais de Lasné, Saint-Armel | Gratuit |
| Jeudi 29 octobre, 9 h-12 h | « Migration d’automne et retour des hivernants » | Marais de Pen en Toul, Larmor-Baden | 12 / 9 € |
D’autres dates s’ajoutent au fil de l’hiver ; les groupes peuvent réserver une visite sur mesure. À partir de février, la partie payante rouvre du mardi au dimanche de 14 h à 18 h (fermeture de la billetterie à 16 h), au tarif de 7 € (3,50 € réduit, gratuit pour les moins de 7 ans en famille), avec location de jumelles sur place à 2 €.
Les règles à respecter pour ne pas déranger
L’essentiel du golfe est protégé. La réserve nationale de chasse et de faune sauvage du golfe du Morbihan, créée le 16 janvier 2008 et gérée par l’Office français de la biodiversité, couvre 7 358 hectares : c’est la plus grande de France. La chasse y est interdite toute l’année, tout comme la pêche à pied sur les zones de protection des herbiers de zostères, la nourriture des bernaches.
Surtout, du 1er octobre au 31 janvier, des zones de tranquillité de l’avifaune sont mises en place par arrêté. Dans ces zones, sont interdits l’accès, la divagation des animaux domestiques et le survol à moins de 300 mètres, drones compris. Les limites sont détaillées sur la page de l’OFB consacrée à la réserve : consultez-la avant une sortie en kayak ou à pied sur l’estran.
Le livret du Parc rappelle les bons gestes :
- se renseigner sur la réglementation et les périodes de restriction d’accès ;
- garder ses distances et ne jamais provoquer d’envol : « aucune photographie ne mérite le dérangement d’une espèce » ;
- tenir son chien en laisse, près de soi, là où il est admis ;
- rester sur les sentiers balisés ;
- laisser son drone à la maison.
À Séné, camping-cars et fourgons aménagés ne peuvent pas stationner la nuit, et le bivouac est interdit.
Le Parc naturel régional du Golfe du Morbihan, un territoire tourné vers les oiseaux
Plus de 200 espèces d’oiseaux sont recensées chaque année sur le territoire du Parc. Le golfe est une zone humide d’importance internationale (convention de Ramsar) et une zone de protection spéciale Natura 2000. Le livret « Bien observer et reconnaître les espèces d’oiseaux du Golfe du Morbihan » détaille les douze sites cités plus haut, avec plan d’accès et espèces par saison : à télécharger avant de partir.
Si l’hiver sur le littoral vous a donné envie d’aller plus loin, la migration des oiseaux en baie de Somme offre un autre grand rendez-vous de la façade maritime, et le lac de Grand-Lieu, en Loire-Atlantique, est l’autre grande zone humide de l’Ouest à visiter en hiver. Dans les terres, l’envol des grues cendrées du lac du Der est l’autre spectacle phare de la saison. Pour une vue d’ensemble, notre sélection des meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver compare les grandes destinations françaises.
Préparer sa sortie : la liste
- Matériel : jumelles, et si possible une longue-vue sur trépied pour les vasières ; bottes ou chaussures de randonnée imperméables ; vêtements chauds et coupe-vent.
- Contact : réserve naturelle des marais de Séné, route de Brouel, 56860 Séné, 02 97 66 92 76 ; infos pratiques et horaires sur le site de la réserve.
De retour chez vous, l’hiver se vit aussi au jardin : quelques conseils pour nourrir les oiseaux en hiver sans leur nuire prolongent la saison d’observation jusqu’à votre fenêtre.



