Sommaire
- La dune du Pilat en chiffres
- 4 000 ans d'histoire dans le sable : les paléosols
- Une dune qui recule et s'abaisse
- La forêt usagère, engloutie par l'est
- Après l'incendie de juillet 2022
- Les plantes et les bêtes du sable
- Le banc d'Arguin, réserve naturelle des oiseaux
- En hiver, un reposoir pour les limicoles
- Les règles de la réserve
- Venir à la dune en novembre et en hiver
- Crédits photos
À l’entrée du bassin d’Arcachon, une montagne de sable de plus de 100 mètres sépare l’océan d’une forêt de pins et de chênes. La dune du Pilat n’est pas un décor figé : elle avance chaque année sur les arbres, perd ou gagne quelques mètres de hauteur au gré des tempêtes, et regarde à ses pieds le banc d’Arguin, une île de sable mouvante protégée pour ses oiseaux depuis 1972. Comprendre ce qui se joue ici change la façon de la parcourir.
L’essentiel : la dune culminait à 101 m en mai 2024, au plus bas depuis le début des mesures annuelles en 2009, et elle se déplace vers l’intérieur des terres en ensevelissant la forêt usagère de La Teste-de-Buch. Le banc d’Arguin, en face, est une réserve naturelle nationale : on y débarque sans chien, de jour seulement, et jamais dans les zones balisées réservées aux oiseaux. Hors saison, l’escalier est retiré et le stationnement coûte de 1 à 6 €.
La dune du Pilat en chiffres
La plus haute dune d’Europe s’étire du nord au sud le long de l’océan, sur la commune de La Teste-de-Buch, en Gironde. Le site protégé qui l’entoure dépasse la seule dune : il englobe la forêt usagère et le littoral, soit 6 875 hectares. Son propriétaire principal est le Conservatoire du littoral ; sa gestion revient au Syndicat mixte de la Grande Dune du Pilat, engagé dans la démarche des Grands Sites de France.
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Altitude du point culminant | 101 m le 30 mai 2024 (110,5 m en 2017, record des mesures) | Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine |
| Longueur et largeur | 2,9 km du nord au sud, 616 m d’ouest en est | Syndicat mixte de la Grande Dune du Pilat |
| Volume de sable | environ 55 millions de m³ | Syndicat mixte |
| Âge | 4 000 ans d’histoire lisibles dans ses couches ; la dune actuelle s’est mise en marche vers 1860 | Syndicat mixte |
| Déplacement vers l’intérieur des terres | 4 à 5 m par an, selon le géologue Jean-Marie Froidefond | Syndicat mixte |
| Protection | site classé en 1943 pour une partie, étendu en 1994 à 6 875 ha | DREAL Nouvelle-Aquitaine |
| Fréquentation | jusqu’à 2 millions de visiteurs par an | Syndicat mixte (dossier de presse 2023) |
4 000 ans d’histoire dans le sable : les paléosols
Sur le versant océan, des bandes sombres coupent le sable clair à différentes hauteurs. Ce sont des paléosols : d’anciens sols forestiers, enfouis puis remis au jour par l’érosion. Chacun marque une époque où la végétation a repris pied avant d’être recouverte ; le Syndicat mixte en distingue quatre.
| Couche | Époque | Ce qu’elle contient |
|---|---|---|
| Paléosol 1 | vers 8000 à 4000 av. J.-C. | Restes d’un plateau marécageux boisé (pins, noisetiers, bouleaux, aulnes, chênes), posé sur l’alios, une couche noire et compacte |
| Paléosol 2 | vers 2000 à 500 av. J.-C. | Végétation des premières dunes, 2 à 5 m au-dessus de la plage ; traces d’un étang d’eau douce et de sites humains, dont une exploitation de sel |
| Paléosol 3 | XVIe siècle | Le « sol à débris de cuisine » : amas d’huîtres, de coques, de palourdes, pièces de monnaie et céramiques des XVIe et XVIIe siècles |
| Paléosol 4 | début du XIXe siècle | Surface d’une forêt de pins cultivée ; on y a retrouvé de nombreux pots de résiniers |
Au-dessus du quatrième sol, l’histoire s’accélère. À partir du XVIe siècle, des vents puissants édifient une première grande dune, la dune de la Grave, qui atteint 100 m. Au XIXe siècle, on fixe les dunes de Gascogne par des semis de pins maritimes. Mais vers 1860, l’érosion marine fait reculer le trait de côte, la végétation disparaît, et la dune se remet en marche vers l’est, sur la forêt plantée : c’est la naissance de la dune du Pilat telle qu’on la connaît.
Le sable vient de la mer : un courant nord-sud le charrie le long de la côte, la marée qui sort du bassin le ralentit et le dépose sur les bancs, puis le vent d’ouest le pousse vers la crête. Selon le Syndicat mixte, la dune a reçu d’importants apports ces derniers siècles, mais elle n’est plus alimentée aujourd’hui.

Une dune qui recule et s’abaisse
Depuis 2009, l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine mesure chaque printemps la dune au GPS différentiel, au centimètre près. Son bilan publié le 20 janvier 2025 est net : le point culminant a été relevé à 101 m le 30 mai 2024, soit 2,6 m de moins qu’en 2023 (103,6 m) et 6,9 m de moins qu’en 2009. C’est la valeur la plus basse de la série ; le maximum, 110,5 m, date de 2017. Les « 110 » ou « 115 m » que l’on lit encore appartiennent au passé.
Au pied du versant océan, le trait de côte recule aussi. Entre 2023 et 2024, l’Observatoire a mesuré un recul moyen de 7,5 m dans la partie centrale de la dune, de 4,3 m au sud et d’environ 1,7 m au nord. Côté terre, la crête migre vers l’est, à raison de 4 à 5 m par an selon le géologue Jean-Marie Froidefond, cité par le Syndicat mixte. Plusieurs tentatives pour la stabiliser ont échoué. Les relevés suivants paraissent sur le site de l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine, après traitement des mesures.
La forêt usagère, engloutie par l’est
Le versant est, très raide, tombe directement dans la forêt : c’est là qu’on voit l’avancée du sable, sur des chênes et des pins à moitié enfouis. La forêt usagère de La Teste-de-Buch, environ 3 800 hectares, est privée mais régie par des droits d’usage établis à partir de 1468, fixés par des actes notariés appelés « baillettes et transactions » entre les anciens seigneurs et les habitants. C’est la seule forêt usagère de l’ancienne région Aquitaine, selon la DREAL.
Le Syndicat mixte la décrit comme une forêt millénaire poussée sur d’anciennes dunes : le pin maritime y domine, mais le chêne pédonculé est l’arbre le plus présent après lui, avec l’arbousier, l’ajonc et le genêt en sous-bois. Le gemmage, la récolte de la résine, y a été une activité majeure jusqu’au milieu du XXe siècle. Pour une autre forêt chargée d’histoire, les forêts anciennes de France et la Brocéliande offrent une comparaison parlante.

Après l’incendie de juillet 2022
En juillet 2022, un incendie a détruit plus de 6 000 hectares du massif forestier, selon le Syndicat mixte. Depuis, l’accès à la forêt est strictement réglementé, et les scolytes, de petits coléoptères, font mourir plus de la moitié des pins que l’on croyait vivants, jusqu’à des arbres épargnés par le feu. L’arbousier, lui, repousse après l’incendie.
Les plantes et les bêtes du sable
L’oyat, dont les feuilles s’enroulent pour garder l’eau, retient le sable par ses racines. Le panicaut maritime, aux feuilles coriaces et épineuses, est en régression à cause du piétinement. La linaire à feuilles de thym, haute de quelques centimètres et endémique, bénéficie d’une protection nationale : c’est l’une des raisons pour lesquelles toute cueillette est interdite. Côté faune, le Syndicat mixte cite le lézard à deux raies (le mâle a la gorge bleue au printemps), la couleuvre helvétique, dont les traces dessinent des arabesques dans le sable, et le gravelot à collier interrompu, qui pond à même le sable, d’où la règle des chiens tenus en laisse.
Le banc d’Arguin, réserve naturelle des oiseaux
Vu de la crête, le banc d’Arguin est un ensemble de bancs de sable au milieu des passes, qui change de forme au gré des courants. La Réserve naturelle nationale du Banc d’Arguin a été créée par arrêté ministériel le 4 août 1972, à l’initiative de bénévoles qui avaient vu en 1966 la première colonie de sternes caugek s’y installer et subir le vandalisme des pontes. Son décret a été refondu le 10 mai 2017 ; elle couvre aujourd’hui environ 4 360 hectares, terre et mer comprises, et reste gérée par la SEPANSO Aquitaine, l’association qui avait porté sa création.
Son emblème a longtemps été la sterne caugek, l’« hirondelle de mer » au cri éraillé, dont le banc a accueilli la plus grande colonie française à partir des années 1970. Mais la prédation des poussins par quelques milans noirs à partir de 2010, puis celle des œufs par des goélands, a fait échouer la reproduction : depuis 2019, les tentatives de nidification échouent avant l’éclosion, et en 2022, pour la première fois depuis 1974, les sternes n’y ont pas pondu, selon le bilan de gestion 2002-2022 de la réserve. Une partie de la colonie s’est reportée sur la réserve du polder de Sébastopol, à Noirmoutier.
D’autres oiseaux nichent toujours sur le banc, dans les zones de protection intégrale : en 2021, la réserve comptait de 44 à 73 couples d’huîtriers pies et de 7 à 28 couples de gravelots à collier interrompu, espèce classée vulnérable en France. Comme dans la réserve des Sept-Îles, en Bretagne, c’est la tranquillité des îlots qui fait tout : les œufs du gravelot, posés à même le sable, ne résistent pas au piétinement.

En hiver, un reposoir pour les limicoles
L’automne et l’hiver sont la saison des limicoles, ces petits échassiers des vasières. Sur le bassin d’Arcachon, janvier et décembre sont les mois les plus fréquentés selon les comptages coordonnés par la réserve ; le bécasseau variable représente à lui seul 61 % des effectifs de l’année, et 92 % de ses effectifs sont observés de novembre à février. Autour de la marée haute, les oiseaux se reposent sur les pointes nord, centre et sud du banc d’Arguin ; le fond de la conche centrale, en zone de protection intégrale, sert de refuge aux courlis et aux huîtriers pies. Ces pointes ne sont pas en protection intégrale : la réserve y relève des dérangements fréquents, surtout dus à la plaisance, même si la fréquentation est faible en automne et en hiver. Depuis la crête de la dune, des jumelles suffisent à voir les groupes se poser, sans approcher.
Ce spectacle a ses équivalents ailleurs sur la côte atlantique et la Manche : la migration des oiseaux en baie de Somme, les oiseaux d’hiver du golfe du Morbihan, ou les grandes marées de la baie du Mont-Saint-Michel. Pour choisir une sortie, notre sélection des meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver les compare.
Les règles de la réserve
Le banc ne se rejoint qu’en bateau ; les navettes de passagers, autorisées depuis 2017, y accostent en trois points fixés au nord, au centre et au sud. Des agents assermentés y font respecter la réglementation, résumée dans la plaquette 2026 de la SEPANSO et dans la fiche de la préfecture de la Gironde. Sont interdits toute l’année dans le périmètre de la réserve :
- Les zones de protection intégrale : balisées à terre et en mer, elles sont fermées à tous, de jour comme de nuit, à pied comme en bateau.
- Les chiens : aucun animal domestique ne peut débarquer, même tenu en laisse, ni sur les bancs ni dans l’eau.
- La nuit : personne ne stationne ni ne circule sur le banc du coucher au lever du soleil ; camping et bivouac sont interdits.
- Les prélèvements : ni coquillages, ni bois flotté, ni sable ; la pêche à pied n’est pas autorisée à ce jour.
- Le survol à moins de 300 m : drones, cerfs-volants et aéronefs compris.
- Le reste : tentes, chaises et filets de volley, groupes de plus de 15 personnes, feux, bruit, dépôts d’ordures ; en bateau, 5 nœuds au plus dans un rayon d’un mille autour des bancs et 3 nœuds dans la zone de mouillage, autorisé de jour seulement.
La zone de mouillage suit d’ailleurs les saisons pour respecter la quiétude des oiseaux : étendue du 1er avril au 31 octobre, elle est réduite du 1er novembre au 31 mars.
Venir à la dune en novembre et en hiver
L’escalier d’accès à la crête est installé pendant les vacances de printemps et démonté après les vacances de la Toussaint, pour ne pas être enseveli pendant l’hiver : en novembre, on monte donc dans le sable. Comptez environ un quart d’heure jusqu’à la crête, selon le Syndicat mixte, avec un effort réel.
| Question | Réponse hors saison |
|---|---|
| Escalier | Retiré après les vacances de la Toussaint, réinstallé aux vacances de printemps |
| Stationnement (basse saison) | de 1 à 2 € les 4 heures, de 2 à 4 € les 8 heures, de 4 à 6 € les 12 heures selon le véhicule ; arrêt de 30 minutes gratuit ; pass annuel 15 € (voiture, moto) ou 30 € (camping-car) |
| Horaires | Site accessible à toute heure ; stationnement interdit de 2 h à 5 h (pénalité de 50 €) |
| Sans voiture | Bus Baïa ligne 3 depuis la gare d’Arcachon, direction Plage de la Salie, arrêt Dune du Pilat, toute l’année (environ 25 minutes) |
| Chiens | Tolérés en laisse sur l’espace d’accueil et sur la dune, pas sur la plage |
| Accessibilité | Seul l’espace d’accueil est accessible aux personnes à mobilité réduite |
Sur le Grand Site, les sports de glisse (luge, planche, ski sur sable) sont interdits sur la dune, comme les drones de loisir, le bivouac, les engins motorisés et la cueillette ou le prélèvement de sable. Fumer est interdit sur tout le site, et le feu partout, le massif étant classé à haut risque d’incendie. Le parapente n’est autorisé que dans les zones de survol fixées par arrêté. Enfin, se garer sur les accotements de la route ou aux abords du massif est interdit depuis le 8 mars 2025 : l’amende est de 135 €, avec mise en fourrière. Le détail et les numéros d’arrêtés figurent sur la page réglementation du Syndicat mixte.
Un conseil de terrain : venez par un jour clair, en fin d’après-midi, et longez la crête vers le sud en regardant à la fois l’océan, où le trait de côte recule, et la forêt, où la dune avance. À marée haute, cherchez aux jumelles les oiseaux posés sur les pointes du banc d’Arguin : ils y attendent que la mer redescende.



