Forêt de Brocéliande : histoire, légendes et nature
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Forêts anciennes de France : plongée au cœur de la Brocéliande.

Une forêt ancienne n’est pas forcément une forêt de vieux arbres. Elle peut avoir été coupée dix fois : ce qui compte, c’est que le sol soit resté boisé depuis plus d’un siècle et demi. Les vieilles forêts, celles où l’on croise des hêtres de trois siècles et du bois mort partout, sont beaucoup plus rares. En France, quelques sites permettent de voir l’une ou l’autre, parfois les deux, de Brocéliande aux Pyrénées catalanes.

L’essentiel : une forêt ancienne est boisée sans interruption depuis le milieu du XIXe siècle ; une vieille forêt est laissée vieillir, avec gros arbres et bois mort. Pour en voir, visez les réserves en libre évolution ouvertes sur sentier (Massane, Sainte-Baume, réserve intégrale du Parc national de forêts, lisière de la Tillaie à Fontainebleau) et les arbres remarquables de Brocéliande, en restant sur les chemins balisés.

Étang bordé d'arbres aux feuilles d'automne et gros rocher au bord du chemin, au Val sans Retour, en forêt de Brocéliande
Le Val sans Retour, derrière le Miroir aux fées, à la mi-novembre. Photo : Tsaag Valren / Wikimedia Commons

Forêt ancienne, vieille forêt, arbre remarquable : trois choses différentes

La forêt ancienne parle de l’histoire du sol, la vieille forêt de l’âge des arbres, l’arbre remarquable d’un individu. Le Parc naturel régional du Luberon résume la différence : dans une forêt ancienne, « l’usage forestier y est continu sur ces parcelles depuis plus de 150 ans, mais la forêt a pu y être régénérée et coupée plusieurs fois ».

NotionCe que ça veut direComment on la reconnaît
Forêt ancienneSol boisé sans interruption depuis le milieu du XIXe siècle, quel que soit l’âge des arbres actuelsOn compare les cartes d’état-major du XIXe siècle aux cartes actuelles ; sur le terrain, des plantes lentes à se déplacer, comme l’anémone des bois
Vieille forêt (ou forêt mature)Forêt où les arbres ont pu vieillir bien au-delà de l’âge de coupeTrès gros arbres, troncs creux, arbres morts debout et au sol, champignons et insectes du bois mort
Réserve biologique intégraleForêt publique gérée par l’ONF où l’on n’exploite plus rien : elle évolue librementPanneaux de réserve, bois mort laissé sur place, accès limité aux sentiers autorisés
Arbre remarquableUn arbre isolé, distingué pour son âge, ses dimensions, sa forme ou son histoireLabel « Arbre remarquable de France » de l’association A.R.B.R.E.S., créé en 2000, ou inventaires locaux
Sources : Parc naturel régional du Luberon, ARB Nouvelle-Aquitaine et IGN, CNPF.

Pourquoi ces forêts comptent-elles ? Parce que beaucoup d’espèces n’en sortent pas. Le Parc du Luberon rappelle qu’environ un quart des espèces forestières dépendent du bois mort pour leur cycle de vie, des pics aux champignons. Les forêts anciennes, elles, gardent des plantes qui recolonisent mal les boisements récents. Les forêts à la fois anciennes et âgées sont « très rares sur notre territoire », note le Parc : dans le Luberon, la moitié des forêts actuelles étaient des champs ou des pâtures à la fin du XIXe siècle.

Énorme chêne moussu aux branches nues, entouré d'une passerelle en bois, dans un pré de Concoret
Le chêne à Guillotin, à Concoret, en décembre. Photo : Erwan Corre / Wikimedia Commons

Où voir des forêts anciennes et des vieux arbres en France

Voici des sites où le promeneur peut marcher, avec leur statut et la règle à connaître. Les réserves intégrales ne s’ouvrent jamais hors des chemins autorisés.

SiteRégionCe qu’on y voitStatutPour le promeneur
Forêt de Paimpont (Brocéliande)BretagneChênes et hêtres, landes, chêne à Guillotin, sites des légendesForêt surtout privée, environ 10 % domaniale ; Natura 2000Accès limité du 15 septembre au 31 mars dans les parties privées ; Val sans Retour ouvert toute l’année
Forêt de FontainebleauÎle-de-FranceHêtres et chênes des plus anciennes réserves de France (la Tillaie, le Gros-Fouteau)Forêt domaniale, environ 2 400 ha de réserves biologiquesPas d’entrée dans les réserves intégrales ; sentier du Bouquet du Roi en lisière
Forêt de la MassanePyrénées-OrientalesHêtraie non coupée depuis 1885 environ, arbres jusqu’à 300 ansRéserve naturelle nationale (1973), patrimoine mondial de l’Unesco (2021)Rester sur le sentier balisé ; le GR 10 longe la réserve
Forêt de la Sainte-BaumeVarHêtraie la plus méridionale de Provence, ifs, chênes pluricentenairesRéserve biologique de 488,3 ha, dont 429,4 ha intégrale (2025)Sentiers balisés, chien en laisse, aucune cueillette
Forêt d’Arc-ChâteauvillainHaute-Marne, Côte-d’OrFutaies de feuillus laissées en libre évolutionRéserve intégrale du Parc national de forêts, 3 086 ha (2021)À pied sur les chemins ruraux et routes forestières, chien en laisse
Forêt de TronçaisAllierChênes sessiles de la futaie Colbert, arbres de plus de 400 ansForêt domaniale d’environ 10 500 ha ; futaie Colbert en réserve biologique dirigéeSentiers et étangs aménagés ; arbres remarquables signalés
Sources : Morbihan Tourisme, ONF, Europarc, Provence Verte, arrêté du 24 mars 2025, décret du 10 décembre 2021.

Brocéliande : ce qui est vrai, ce qui est légende

Brocéliande est le nom légendaire de la forêt de Paimpont, à cheval sur l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan, à l’ouest de Rennes. C’est la plus connue des forêts anciennes de France, et la plus chargée de récits.

Une grande forêt pour la Bretagne, pas pour la France

Morbihan Tourisme présente la forêt comme « le plus grand massif forestier de Bretagne » et lui donne 11 000 hectares ; d’autres décomptes retiennent environ 9 000 hectares pour la seule forêt de Paimpont. C’est beaucoup pour la Bretagne, peu à l’échelle du pays : la forêt de Fontainebleau dépasse 22 000 hectares. Surtout, la forêt est en grande majorité privée ; seuls 10 % environ, au nord-est, sont une forêt domaniale gérée par l’Office national des forêts. D’où la règle : du 15 septembre au 31 mars, l’accès est limité, notamment dans les parties privées, à cause des travaux forestiers et de la chasse.

Ce n’est pas une forêt vierge : les forges de Paimpont l’ont surexploitée pour le charbon de bois jusqu’à la fin du XIXe siècle, et l’incendie de septembre 1990 a détruit plus de 400 hectares de landes et de bois, selon Morbihan Tourisme.

Le Val sans Retour et l’Arbre d’Or

Le Val sans Retour, à Tréhorenteuc, est un vallon de landes et de roches, entre bois et étangs. La légende veut que la fée Morgane y retenait les amants infidèles, jusqu’à ce que Lancelot, fidèle à Guenièvre, rompe le sortilège. Le parking se trouve à l’entrée sud du village ; de là partent des balades de 500 m, 2 km, 4 km et 15 km. Le Miroir aux fées, un étang à environ 500 m du premier parking, est accessible aux personnes à mobilité réduite. Le site est ouvert toute l’année ; le bivouac y est interdit.

L’Arbre d’Or, au bord de l’eau, n’a rien d’un arbre magique qui « exaucerait les vœux ». C’est une œuvre du sculpteur François Davin, installée en 1991 après l’incendie de l’année précédente : un arbre calciné couvert de 5 000 feuilles d’or, en mémoire de la forêt brûlée.

Tronc et branches dorés de l'Arbre d'Or devant des arbres sans feuilles, au Val sans Retour à Tréhorenteuc
L’Arbre d’Or, œuvre de François Davin, au Val sans Retour, en janvier. Photo : Avel-Breizh / Wikimedia Commons

La fontaine de Barenton et le tombeau de Merlin

La fontaine de Barenton se cache au-dessus du hameau de la Folle Pensée, à Paimpont. Ce n’est pas le lieu de naissance de Merlin : la tradition y place la rencontre de Merlin et de la fée Viviane. La fontaine apparaît déjà chez Chrétien de Troyes, dans Yvain ou le Chevalier au lion, au XIIe siècle. Une croyance veut qu’en versant son eau sur la pierre voisine, le « perron », on déclenche l’orage.

Le « tombeau de Merlin », au nord de la forêt, est en réalité ce qui reste d’une allée couverte du Néolithique, longue d’une douzaine de mètres. Le monument a été détruit en 1894 après une fouille ; il n’en reste que deux dalles de schiste rouge. L’Hotié de Viviane, autre tombe mégalithique, se rejoint par le GR 37 depuis le parking de la Touche Guérin.

Les vieux arbres de Brocéliande

Le plus célèbre est le chêne à Guillotin, à la sortie de Concoret sur la route de Tréhorenteuc, au lieu-dit le Vaubossard. Il mesure près de 10 m de tour et la tradition lui prête mille ans, un âge qu’aucune mesure n’a établi. Creux depuis des siècles, il doit son nom à l’abbé Guillotin, prêtre réfractaire qui s’y serait caché sous la Révolution. La visite est libre, toute l’année. Le hêtre de Ponthus, longtemps cité parmi les arbres remarquables de la forêt, a été abattu par la tempête Ciarán dans la nuit du 1er au 2 novembre 2023.

Les feuillus de la forêt prennent leurs couleurs de la fin octobre à la mi-novembre, comme d’autres forêts de France aux couleurs d’automne. Pour préparer la visite, la page de Morbihan Tourisme sur la forêt de Brocéliande rappelle les règles d’accès et les sites ouverts.

Fontainebleau : les plus anciennes réserves forestières de France

Fontainebleau a été pionnière. En 1861, sous Napoléon III, les peintres de Barbizon ont obtenu la création de « séries artistiques » de plus de 1 000 hectares, où l’on cessait d’abattre les arbres. En 1953, une partie de ces séries est devenue des réserves biologiques ; elles couvrent aujourd’hui environ 2 400 hectares du massif, selon l’ONF. Les plus anciennes, comme la Tillaie et le Gros-Fouteau, gardent des hêtres et des chênes de plusieurs siècles.

On n’entre pas dans les réserves intégrales, mais on peut les longer. Le sentier du Bouquet du Roi, accessible aux personnes à mobilité réduite, part du parking du carrefour du Grand-Duc et suit la lisière de la Tillaie. On y voit le chêne Jupiter, 6,7 m de tour, mort en 1994 à environ 650 ans et resté debout derrière une clôture. Les incendies de juillet 2026 ont en partie atteint deux autres réserves intégrales, les Béorlots et le Rocher de la Combe. Avant d’y aller, consultez la carte des secteurs ouverts de l’ONF, et notre guide de la forêt de Fontainebleau, ses sentiers et ses réserves.

La Massane : une hêtraie laissée libre depuis 1885

Sur les hauteurs d’Argelès-sur-Mer, dans le massif des Albères, la forêt de la Massane est, pour ses gestionnaires, un laboratoire à ciel ouvert et l’une des dernières vieilles hêtraies de Méditerranée. Vers 1885, un ingénieur des Eaux et Forêts y a fait suspendre les coupes pour protéger les sols et les sources ; personne n’y exploite plus le bois. La réserve naturelle nationale, créée le 30 juillet 1973, couvre 336 hectares entre 600 et 1 150 m d’altitude. Les plus vieux hêtres auraient environ 300 ans.

Le 28 juillet 2021, la Massane est entrée au patrimoine mondial de l’Unesco, au sein des « Forêts primaires et anciennes de hêtres des Carpates et d’autres régions d’Europe ». Deux autres réserves françaises y ont été inscrites le même jour : le Grand-Ventron, dans les Vosges, et le Chapitre, dans les Hautes-Alpes. Pour la visite, une règle : rester sur le sentier balisé. Le GR 10 longe la réserve, que domine la tour de la Massane, à 800 m d’altitude.

Racines d'un hêtre agrippées aux rochers au bord de la rivière Massane, dans la réserve naturelle
Racines d’un hêtre au bord de la Massane, dans la réserve naturelle, en avril. Photo : Pmau / Wikimedia Commons

La Sainte-Baume : une hêtraie en Provence

Une hêtraie en pleine Provence calcaire : c’est l’étrangeté de la Sainte-Baume. La forêt domaniale garde la hêtraie la plus méridionale de Provence, une relique des périodes glaciaires, avec des ifs, des pins sylvestres et des chênes pluricentenaires. Labellisée « Forêt d’Exception » par l’ONF en 2018, elle abrite une réserve biologique créée en 1973 et agrandie par arrêté du 24 mars 2025 : 488,3 hectares, dont 429,4 en réserve intégrale.

Garez-vous près de l’Hôtellerie, sur la D80, à Plan-d’Aups-Sainte-Baume. La grotte de Marie-Madeleine, à 900 m d’altitude, se rejoint en environ 45 minutes par le chemin des Roys ou le chemin du Canapé, en traversant la vieille forêt. Dans la réserve, on reste sur les sentiers balisés, le chien en laisse (il est interdit à la grotte), et toute cueillette est interdite, bois mort compris, comme le bivouac. De juin à septembre, l’accès dépend du risque d’incendie, publié chaque soir à 18 h par la préfecture. Tout est détaillé sur la page de la Provence Verte consacrée à la forêt relique.

Grand hêtre au tronc lisse dominant de jeunes ifs, au bord d'un sentier de la forêt de la Sainte-Baume
Un grand hêtre au-dessus des ifs, en forêt de la Sainte-Baume, en mai. Photo : Imac.vincent / Wikimedia Commons

Parc national de forêts : la plus grande réserve intégrale forestière

Entre Langres et Châtillon-sur-Seine, le plus jeune des onze parcs nationaux français protège de grandes forêts de feuillus de plateau. En son cœur, le décret n° 2021-1611 du 10 décembre 2021 a classé une réserve intégrale de 3 086 hectares dans la forêt domaniale d’Arc-Châteauvillain, autour d’Arc-en-Barrois et de Châteauvillain. Le parc la présente comme la plus grande réserve intégrale forestière de France : sans coupe, elle deviendra une vieille forêt.

Le promeneur y est admis, à pied et avec son chien en laisse, sur les chemins ruraux et les routes forestières. Véhicules interdits, vélos compris, sans autorisation ; ni cueillette ni bivouac. Pour les autres balades et la faune, voyez la page sur le Parc national de forêts, entre Champagne et Bourgogne.

Tronçais, Chambord et les autres forêts à vieux chênes

Dans l’Allier, la forêt domaniale de Tronçais doit sa futaie de chênes sessiles à Colbert, qui la fit réorganiser en 1670 pour fournir, à terme, du bois à la Marine. La futaie Colbert, environ 13 hectares d’arbres de la fin du XVIIe siècle, est classée en réserve biologique dirigée : on n’y coupe plus. Dans la forêt, plusieurs chênes signalés dépassent 6 m de tour, comme le chêne Sentinelle, estimé à plus de 400 ans. Les chênes et les étangs de la forêt de Tronçais se découvrent à pied ou à vélo depuis l’étang de Saint-Bonnet.

En Sologne, le domaine national de Chambord forme le plus grand parc forestier clos d’Europe : 5 440 hectares, ceints d’un mur de 32 km achevé au XVIIe siècle par Gaston d’Orléans. Ce n’est pas une réserve en libre évolution, mais une forêt royale d’un seul tenant depuis près de quatre siècles, ouverte en partie au public. Ses cerfs et ses sangliers ont leur page : la forêt et la faune du domaine de Chambord. Plus au nord, à la frontière belge, la forêt domaniale de Bonsecours garde des drèves tracées au XVIIIe siècle sous les chênes pédonculés.

Se promener dans une vieille forêt sans l’abîmer

  • Restez sur les sentiers. Dans une réserve intégrale, c’est la loi ; ailleurs, cela protège les sols et les plantes des forêts anciennes.
  • Laissez le bois mort. Il abrite une grande partie de la vie de la forêt.
  • Levez les yeux. Dans une forêt non entretenue, branches et arbres morts tombent : évitez-la par vent fort ou après une tempête.
  • Chien en laisse, partout dans les réserves de la Sainte-Baume et d’Arc-Châteauvillain.
  • Pensez à la chasse en automne et en hiver. À Brocéliande, l’accès aux parties privées est limité du 15 septembre au 31 mars ; pour de nombreuses forêts domaniales, l’ONF publie les jours de chasse.

Pour une seule sortie cet automne : Brocéliande pour les légendes et les vieux chênes, la Massane ou la Sainte-Baume pour une vraie vieille hêtraie, la lisière de la Tillaie pour voir ce que devient une forêt laissée vieillir.

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