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Phoques de la baie de Somme : où et quand les observer

À marée basse, sur les bancs de sable qui découvrent face à la pointe du Hourdel, des centaines de phoques se reposent, allongés en files sombres au bord de l’eau. La baie de Somme abrite la plus grande colonie de phoques veaux-marins de France métropolitaine, et des phoques gris de plus en plus nombreux. On les voit sans bateau ni billet, depuis la plage de galets, à condition de venir à la bonne marée, avec des jumelles, et de rester loin.

L’essentiel : les phoques se reposent sur les bancs de sable autour de la basse mer, de 3 heures avant à 2 h 30 après environ ; c’est à ce moment qu’il faut être à la pointe du Hourdel, jumelles ou longue-vue en main. De juin à fin août, on voit les jeunes veaux-marins et les plus grands groupes de l’année. Restez à 300 mètres des animaux : si un phoque lève la tête vers vous, vous êtes déjà trop près.

Veau-marin et phoque gris : deux espèces, deux calendriers

Deux espèces fréquentent la baie, mais elles ne vivent pas au même rythme. Le phoque veau-marin (Phoca vitulina) est l’espèce de la baie : il y met bas chaque été. Le phoque gris (Halichoerus grypus) s’y repose surtout ; ses naissances restent rares et tombent en hiver.

Phoque veau-marinPhoque gris
Statut en baie de SommeColonie reproductrice, la plus grande de France métropolitaineColonie en expansion, reproduction encore occasionnelle
NaissancesÉté, surtout juin et juillet : 150 jeunes en 2020, 178 en 2021Hiver ; première naissance double à l’hiver 2018-2019, 6 blanchons à l’hiver 2021-2022
Mue (effectifs maximaux à terre)Fin juillet à fin août ou début septembreFévrier – mars
Maximum compté597 en 2020, 668 en 2021 ; 833 en août 2023297 en été 2021 ; 494 pendant la mue de 2021
Le jeuneSait nager quelques heures après la naissanceLe blanchon, au pelage blanc, reste à terre ses premières semaines
SilhouettePetite tête ronde rappelant celle d’un chien, front marquéTête allongée, museau dans le prolongement du front, profil droit ou légèrement bombé
Sources : rapport collectif « Recensement des colonies et reposoirs de phoques en France en 2020 et 2021 » (Réseau phoques, contribution de Picardie Nature pour la baie de Somme) ; chiffres d’août 2023 relayés par l’AFP en 2026 ; INPN pour la description des espèces.

Les reconnaître à la longue-vue

À distance, tous les phoques ressemblent à des rochers. Regardez la tête. Celle du veau-marin est petite et ronde, avec un net décrochement entre le front et un museau court ; ses narines dessinent un V qui se rejoint à la base. Le phoque gris a une tête longue, un museau qui prolonge le front sans cassure et des narines presque parallèles.

Combien de phoques en baie de Somme ?

La colonie revient de loin. Des archives mentionnent plusieurs centaines de veaux-marins dans la baie vers 1840 ; la chasse les a presque fait disparaître. Picardie Nature, qui suit les phoques de la baie depuis 1986, note qu’un petit groupe de 10 à 15 veaux-marins s’y réinstalle cette année-là ; la première naissance est observée en 1988, et la colonie se reproduit chaque année depuis 1992.

Les chiffres ont ensuite grimpé vite. Pendant la mue d’été, le comptage simultané le plus élevé publié par le réseau national donne 597 veaux-marins en 2020 et 668 en 2021, soit une croissance de 12 % par an environ depuis 1990. Selon les chiffres relayés par l’AFP, en août 2023, 833 veaux-marins ont été comptés en même temps en baie de Somme, et 162 dans la baie d’Authie voisine, avec 177 naissances estimées dans la baie de Somme. Côté phoque gris, la baie en accueillait jusqu’à 297 en été 2021 et 494 pendant la mue de février-mars de la même année.

À l’échelle du Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale, qui va de la frontière belge à la baie de Somme, l’Office français de la biodiversité estime la population à environ 1 800 phoques en 2025, toutes espèces confondues. Ces maximums sont des photographies d’un jour : ce qu’on voit depuis la côte varie avec la marée et la saison.

Ailleurs en France, les deux espèces se partagent la côte autrement. Les naissances de phoques gris ont surtout lieu en Bretagne, et la réserve des Sept-Îles en a compté le plus grand nombre en 2021, 72 blanchons. Le veau-marin, lui, a deux autres colonies reproductrices notables en Normandie, la baie des Veys et la baie du Mont-Saint-Michel, qui compte de 33 à 36 naissances par an en 2020 et 2021.

Groupe de phoques veaux-marins allongés en file sur un banc de sable de la baie de Somme, eau grise au premier plan
Un reposoir de phoques sur un banc de sable de la baie, vu depuis le Hourdel. À l’œil nu, les animaux ne sont que des taches sombres : prévoyez une longue-vue. Photo : LucasD, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Quand venir : la saison mois par mois

Les phoques sont présents toute l’année et Picardie Nature les compte deux fois par mois, été comme hiver. Mais l’été concentre les naissances, la mue et les plus grands groupes, en même temps que l’afflux de visiteurs.

PériodeCe qui se passePour l’observateur
Décembre – janvierNaissances, encore rares, chez le phoque gris ; Picardie Nature mène une surveillance hivernale depuis 2014, surtout pendant les vacances de NoëlPeu de monde sur la plage ; un blanchon seul sur le sable ne doit pas être approché
Février – marsMue du phoque gris : ses effectifs atteignent un pic dans la baieBonne période pour comparer les deux espèces sur les reposoirs
Avril – mi-maiVeaux-marins sur les reposoirs ; les femelles sont gestantes à l’approche des naissancesPlages encore calmes
Fin mai – mi-aoûtNaissances des veaux-marins, surtout en juin et juillet ; surveillance estivale de Picardie Nature, du 25 mai au 17 août en 2026La période la plus sensible : couples mère-jeune sur les bancs, points d’observation animés par les bénévoles
Fin juillet – début septembreMue des veaux-marins : les phoques restent longtemps à terre, c’est là que tombent les comptages maximauxLes plus grands groupes de l’année
Septembre – novembrePhoques toujours présents ; les comptages de Picardie Nature se poursuiventPlages plus calmes ; vérifiez les marées, les journées raccourcissent
Sources : Picardie Nature (surveillance estivale 2026), rapport collectif sur les phoques en France 2020-2021, communiqué de Picardie Nature et de ses partenaires (2020).

La période des naissances

Chez le veau-marin, les naissances ont lieu sur les bancs de sable, entre deux marées. Le jeune sait nager quelques heures après sa naissance, ce qui lui permet de suivre sa mère quand la mer recouvre le reposoir. Mais il passe encore beaucoup de temps à terre à attendre qu’elle revienne. Le moindre dérangement peut les séparer, et un jeune séparé trop tôt risque de ne pas survivre.

C’est pourquoi Picardie Nature mobilise chaque été des bénévoles : en 2026, la surveillance a couru du 25 mai au 17 août, avec 12 personnes présentes chaque jour au plus fort des naissances. Elles comptent les animaux, repèrent les femelles gestantes et les couples mère-jeune, protègent les zones de repos à marée basse et tiennent des points d’information (page de Picardie Nature sur la surveillance estivale). Sur la plage, certaines zones sont balisées par des cônes et des panneaux plantés dans le sable : on ne les franchit pas.

À quelle marée venir

Tout se joue avec la marée. Quand la mer descend, les phoques gagnent les bancs de sable qui découvrent pour se reposer, digérer, allaiter ou muer ; c’est pour eux un repos vital, deux fois par jour. Quand la mer monte, ils retournent à l’eau et partent pêcher. L’office de tourisme de la baie de Somme résume la fenêtre utile : de 3 heures avant à 2 h 30 après la basse mer environ.

Concrètement, regardez l’heure de basse mer à l’entrée de la baie (annuaires établis d’après les prédictions du SHOM) et soyez au Hourdel une heure ou deux avant. À marée haute, les bancs sont recouverts : on aperçoit alors au mieux des têtes dans le chenal, notamment près des ports du Crotoy et de Saint-Valery.

La règle de sécurité ne change pas : la mer remonte vite dans la baie, et la marée montante peut couper le retour. Il est demandé de quitter la baie au plus tard 3 h 30 avant la pleine mer. Ne partez jamais seul sur les bancs pour vous rapprocher des phoques, et ne traversez jamais la baie sans guide : chaque année, des promeneurs se mettent en difficulté en s’avançant vers les animaux. En cas d’isolement par la marée, appelez le 196.

Deux têtes de phoques veaux-marins émergeant de l'eau près d'une bande de végétation de prés salés en baie de Somme
Marée montante : les phoques quittent les bancs et repartent pêcher. On ne voit plus que leurs têtes. Photo : Ibex73, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Où se placer pour voir les phoques

LieuÀ quelle maréeCe qu’on y voitÀ savoir
Pointe du Hourdel (Cayeux-sur-Mer), rive sudAutour de la basse merLes reposoirs de l’autre côté du chenal, les plus grands groupes de la baieGratuit ; points d’observation avec longue-vue animés par Picardie Nature en saison
Le Crotoy, rive nordMarée hautePhoques dans le chenal et près du portObservation plus aléatoire ; départ de sorties kayak
Saint-Valery-sur-Somme, rive sudMarée hautePhoques remontant le chenal jusqu’au portDépart de sorties kayak ou pirogue
Baie d’Authie (Berck-sur-Mer), au nordMarée basseUne colonie de veaux-marins plus petite, en forte croissanceObservation depuis la digue ; garez-vous au pied du phare de Berck
Sources : Somme Tourisme, office de tourisme de la baie de Somme, Picardie Nature.

La pointe du Hourdel, pas à pas

Le Hourdel, petit port de pêche rattaché à Cayeux-sur-Mer, est le poste d’observation le plus simple. Garez-vous près du phare, sur le port, puis prenez le petit sentier qui mène à la plage de galets. Longez la plage vers le blockhaus, au bord du chenal : c’est de là que l’office de tourisme conseille d’observer, et il demande de ne pas s’aventurer plus loin dans la baie. Les phoques sont couchés sur les bancs de l’autre côté de l’eau, trop loin pour être vus à l’œil nu.

En haute saison et pendant certaines vacances scolaires, des bénévoles de Picardie Nature installent des longues-vues sur la plage de galets. L’accès est libre et gratuit ; ils montrent les phoques, aident à distinguer les deux espèces et expliquent les règles. Le calendrier est publié sur le site de l’association et dans les offices de tourisme.

Groupe d'observateurs avec une longue-vue sur trépied, sur la plage du Hourdel à marée basse
Observateurs postés sur la plage du Hourdel, longue-vue sur trépied. Les phoques sont sur les bancs de l’autre côté du chenal. Photo : LucasD, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Sorties guidées : à pied, en kayak, en bateau

  • Points d’observation de Picardie Nature : gratuits, sans réservation, au Hourdel, aux horaires annoncés selon la marée.
  • Balades nature à pied : des guides nature professionnels proposent des sorties d’environ 2 h 30 au départ du Hourdel. L’office de tourisme indique des tarifs de 13 à 30 € selon les sorties ; réservez auprès des offices de tourisme de la baie.
  • Kayak et pirogue : des sorties partent de Saint-Valery et du Crotoy. Sur l’eau, on reste à distance et on ne débarque jamais sur un banc occupé par des phoques. Les kayaks, seuls ou en groupe, figurent parmi les principales sources de dérangement relevées par Picardie Nature.
  • Bateau : quelques sorties en semi-rigide existent. Une charte signée en 2025 avec les professionnels du bateau à moteur fixe des précautions de vitesse et de bruit sur les sites Natura 2000 du Parc naturel marin.

Règles d’approche : 300 mètres et pas un de moins

Les deux espèces sont protégées en France, et le dérangement intentionnel d’une espèce protégée est un délit que les agents du Parc naturel marin et de l’OFB peuvent verbaliser. Au-delà de la loi, la règle tient à la biologie : un phoque dérangé sur son reposoir fuit vers l’eau, perd son temps de repos et, en été, peut laisser son petit.

  • À pied : restez à au moins 300 mètres des groupes, comme le demandent Picardie Nature et ses partenaires pour les reposoirs des phoques et des oiseaux.
  • En bateau : dans la réserve naturelle, la règle reste de 300 m des reposoirs, sur l’eau comme à terre ; ailleurs, les spécialistes interrogés par l’AFP en août 2026 recommandent au minimum 100 mètres. Naviguez parallèlement à la côte, sans foncer vers les bancs.
  • Le signal à retenir : un phoque qui lève la tête et vous regarde est déjà inquiet. Reculez.
  • Le test de l’œillère : les agents du Parc distribuent des marque-pages percés d’un trou. Bras tendu, si le phoque ne tient pas entier dans le trou, vous êtes trop près.
  • Pas de drone, même hors des zones réglementées, et pas de chien en liberté près des reposoirs.
  • Photo : un téléobjectif plutôt que quelques pas de plus.

Le Parc naturel marin teste aussi des « îlots de tranquillité », des zones de quiétude temporaires sur les plages : Fort-Mahon-Plage a été la première commune à s’y engager officiellement, le 8 avril 2026.

Phoque gris au pelage tacheté couché au bord de l'eau sur un banc de sable, nageoire arrière relevée
Un phoque gris sur la plage de Fort-Mahon, au nord de la baie : tête longue, museau sans cassure, pelage taché. Photo : Tomfor, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un jeune phoque seul sur la plage : que faire ?

En juin surtout, des jeunes veaux-marins sont signalés seuls en haut de plage. Dans la plupart des cas, ils ne sont pas abandonnés : ils se reposent en attendant le retour de leur mère. Un attroupement autour d’eux peut, en revanche, empêcher celle-ci de revenir.

  • Éloignez-vous et gardez la plus grande zone de calme possible autour de l’animal, au mieux 300 mètres.
  • Ne le touchez pas, ne le remettez pas à l’eau, ne le nourrissez pas : un phoque peut mordre et transmettre des maladies.
  • Tenez les chiens en laisse et à l’écart.
  • En cas de doute, ou pour un phoque blessé ou mort, appelez l’Observatoire Pelagis, qui coordonne le Réseau national échouages : 05 46 44 99 10. Il dépêche des correspondants locaux qualifiés.

Préparer sa sortie

  • Marée : notez l’heure de basse mer la veille et arrivez au Hourdel une à deux heures avant.
  • Optique : jumelles au minimum, longue-vue si possible ; les bénévoles de Picardie Nature en prêtent l’usage sur leurs points d’observation.
  • Vêtements : coupe-vent et couches chaudes même en été, chaussures pour marcher sur les galets ; de l’automne au printemps, des bottes pour les sorties guidées sur l’estran.

La baie ne se résume pas à ses phoques : au Hourdel comme au Parc du Marquenterre, les mêmes marées rythment la vie des limicoles. Notre guide de la migration des oiseaux en baie de Somme donne le calendrier des espèces et les meilleurs reposoirs. Pour l’hiver, nous avons aussi réuni les meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver ; et si vous êtes sur les routes cet automne, un autre rendez-vous attend dans l’intérieur des terres : les grues cendrées au lac du Der.

Pour une première visite, visez une basse mer de fin d’après-midi entre la fin juillet et la fin août, au moment de la mue : installez-vous près du blockhaus du Hourdel, longue-vue posée, et attendez que la mer découvre les bancs : les phoques y arrivent avec elle.