Phare de Ploumanac'h en granit rose au soleil couchant, avec les îles de l'archipel des Sept-Îles à l'horizon
Littoral

Réserve des Sept-Îles : oiseaux marins et phoques gris

Le phare de Ploumanac'h (Mean Ruz) et, au loin, les îles de l'archipel des Sept-Îles, fin décembre. Photo : Stephan Sprinz / Wikimedia Commons

À sept kilomètres environ des rochers roses de Ploumanac’h, au large de Perros-Guirec (Côtes-d’Armor), l’archipel des Sept-Îles abrite la seule colonie de fous de Bassan de France, presque tous les macareux moines nicheurs du pays et la première colonie de reproduction de phoques gris. Protégé depuis 1912, classé en réserve naturelle nationale en 1976 et géré par la LPO, il se découvre surtout en bateau, au printemps et en été. En automne et en hiver, le spectacle change : voici ce qui vous attend, mois par mois.

L’essentiel : pour les fous de Bassan, les macareux et les pingouins à terre, venez entre avril et la mi-juillet, en vedette depuis la plage de Trestraou. De novembre à mars, les oiseaux nicheurs sont partis et les sorties régulières en mer s’arrêtent ; restent les phoques gris (naissances de septembre à décembre), les oiseaux marins d’hiver au large, la vue depuis le sentier de Ploumanac’h et la Station LPO de l’Île-Grande.

Les Sept-Îles, une réserve de 19 700 hectares en Bretagne

Une précision d’abord, car la recherche « sept îles » mélange deux lieux : il ne s’agit pas ici de la ville de Sept-Îles, au Québec, mais de l’archipel breton qu’on appelle Jentilez en breton. Il compte Rouzic, Malban, Bono, l’île aux Moines, l’île Plate, les Costans et le Cerf, une poignée d’îlots de granit qui ne totalisent que 40 hectares de terre ferme.

Pendant près d’un demi-siècle, la réserve naturelle nationale s’est limitée à ces îles et à leur estran, soit 280 hectares. Le décret du 19 juillet 2023 l’a étendue à 19 700 hectares, du plateau des Triagoz à l’ouest jusqu’à l’île Tomé à l’est : c’est aujourd’hui la plus grande réserve naturelle de l’Hexagone. Toutes les îles appartiennent au Conservatoire du littoral, et la gestion est confiée à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

Le poids de l’archipel dépasse largement sa taille. Selon le dossier d’extension publié par la DREAL Bretagne, il accueille 99,9 % des fous de Bassan nicheurs de France, 98 % des macareux moines, 83 % des puffins des Anglais et 78 % des pingouins tordas. L’île Rouzic, à elle seule, regroupe onze espèces d’oiseaux marins et 86 % des effectifs de l’archipel : c’est l’île la plus riche de France métropolitaine pour la nidification des oiseaux de mer.

Quand venir aux Sept-Îles : le calendrier de la faune

Le gros des oiseaux marins ne vient ici que pour nicher, du printemps à l’été, puis repart en mer. Les phoques gris, eux, restent toute l’année.

PériodeCe qu’on observeRepère chiffré ou daté
Fin janvier – févrierRetour des premiers fous de Bassan sur Rouzic ; phoques gris en nombre autour des îlesPremiers fous posés entre le 18 janvier et le 14 février selon les années (le 10 février en 2024) ; 196 phoques comptés à marée haute le 31 janvier 2024
Mi-mars – mi-juilletMacareux moines, pingouins tordas et guillemots de Troïl à terre ; mue des phoques gris vers marsPlus de la moitié des pontes de fous déposées vers le 10 mai en 2024
Mi-juillet – septembreLes alcidés sont partis ; la colonie de fous nourrit ses poussins puis se videGros des départs des fous entre août et septembre
Septembre – décembreNaissances des phoques gris ; derniers fous jusqu’en octobre93 naissances recensées en 2024, entre le 23 septembre et le 12 décembre
Décembre – marsPhoques gris nombreux ; oiseaux marins hivernants au large (pingouins, guillemots, plongeons)1 400 pingouins tordas comptés au nord-est de Rouzic le 31 janvier 2024
Sources : LPO, rapport d’activités 2024 de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles ; Armor Navigation (présence des espèces par saison, consulté en octobre 2026).

En clair : si vous voulez voir des macareux, il faut venir avant la mi-juillet. Si vous voulez voir des phoques, toutes les saisons conviennent, mais l’hiver est celle où l’on en compte le plus.

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Les fous de Bassan de Rouzic, une colonie qui se relève

Installés sur Rouzic depuis 1939, les fous de Bassan blanchissent toute la face de l’île au printemps. C’est le plus grand oiseau marin d’Europe, et Rouzic est, d’après la LPO, le seul site de reproduction réellement fonctionnel de l’espèce en France : quelques couples tentent parfois leur chance sur la côte méditerranéenne, sans former de colonie.

La colonie a été durement frappée par la grippe aviaire à l’été 2022. Les comptages réalisés à partir de photographies aériennes donnent la mesure du choc : 18 747 sites occupés en 2022, 11 592 en 2023, soit une chute de près de 40 %. En 2024, les agents de la réserve ont compté environ 14 124 couples, et le succès de reproduction suivi par caméra (45 jeunes à l’envol pour 100 nids) est revenu dans la moyenne des vingt dernières années. Une étude universitaire citée par la réserve estime qu’il faudrait une quarantaine d’années pour retrouver les 20 000 couples d’avant l’épidémie, à condition que le virus ne revienne pas.

Fous de Bassan blancs à tête jaune couchés sur leurs nids, sur la pente de l'île Rouzic
Fous de Bassan sur leurs nids, île Rouzic, fin avril. On distingue des bouts de cordage dans les nids. Photo : JackyM59 / Wikimedia Commons

Regardez bien les nids : on y voit des bouts de cordage et de filet que les oiseaux ramassent en mer, et qui peuvent les piéger. La réserve a mené une opération de dépollution sur Rouzic en hiver, en l’absence des oiseaux, et prévoit de la renouveler.

Macareux, pingouins et guillemots : des oiseaux du printemps

Le macareux moine est la vedette des cartes postales, mais il faut savoir ce qu’on vient voir. Les Sept-Îles ont compté 7 000 terriers occupés en 1950 et plusieurs dizaines de milliers de couples au XIXe siècle ; la marée noire du Torrey Canyon, en 1967, a fait plonger l’effectif. En 2024, la LPO a recensé entre 83 et 112 terriers occupés, surtout sur la face sud de Rouzic et sur Bono. C’est une petite colonie, stable depuis une trentaine d’années, mais elle représente presque tous les macareux qui nichent en France.

Autour d’eux nichent aussi, en 2024, de 102 à 104 couples de pingouins tordas, de 155 à 159 couples de guillemots de Troïl, 230 couples de cormorans huppés, une cinquantaine de couples de fulmars boréaux, et deux espèces nocturnes qu’on ne voit presque jamais depuis un bateau : le puffin des Anglais (544 à 1 128 terriers) et l’océanite tempête (205 à 226 sites).

Une dizaine de macareux moines sur des rochers de granit, deux pingouins tordas à droite et un cormoran huppé sur son nid entre les blocs, île Rouzic
Macareux moines, pingouins tordas et cormoran huppé sur son nid, île Rouzic, fin mai. Photo : Membeth / Wikimedia Commons

Les macareux, pingouins et guillemots se voient à terre de la mi-mars à la mi-juillet. Passé cette date, ils ont regagné le large.

Les phoques gris, présents toute l’année

Les phoques gris sont la bonne surprise des saisons froides. La colonie des Sept-Îles est la première colonie de reproduction de France métropolitaine : environ 70 % des naissances du pays y ont lieu, selon la DREAL Bretagne. En 2024, la LPO a recensé 93 naissances, dont 92 dans l’archipel, au fil de huit sorties de prospection entre le 23 septembre et le 12 décembre. Les petits, appelés blanchons, naissent avec un pelage blanc.

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La population a doublé en dix ans : 35 phoques en moyenne par comptage à marée basse en 2014, 68 en 2024. L’hiver est la période la plus fréquentée, et les effectifs gonflent encore pendant la mue, à la fin de l’hiver. Les comptages à marée haute de décembre à mars dépassent souvent 150 animaux, avec 241 phoques en février 2021 et 196 le 31 janvier 2024. C’est autour de l’île Plate que la LPO a compté les plus grands groupes ; selon la marée, on les voit dans l’eau ou hissés sur les rochers.

Phoque gris au pelage gris tacheté couché sur un rocher couvert d'algues brunes, archipel des Sept-Îles
Un phoque gris au repos sur un rocher couvert d’algues, dans l’archipel des Sept-Îles. Photo : JackyM59 / Wikimedia Commons

Si les phoques vous intéressent d’abord, comparez avec les phoques de la baie de Somme, où l’on observe aussi le phoque veau-marin, très rare aux Sept-Îles.

Venir en novembre et en hiver : ce qu’on voit vraiment

Soyons francs : en novembre, vous ne verrez ni macareux ni colonie de fous de Bassan. Mi-octobre 2026, Armor Navigation, la compagnie qui assure les balades vers l’archipel, prévenait déjà que les fous étaient partis et que ses sorties se tourneraient vers le patrimoine de la réserve et les espèces sédentaires. Ses départs quotidiens vont du 1er avril au 30 septembre ; en octobre, quelques sorties sont programmées pendant les vacances scolaires selon l’état de la mer, et la compagnie n’annonce pas de calendrier d’hiver. Les excursions guidées de la LPO, elles, ont lieu en juillet et en août.

L’hiver a pourtant ses atouts, à condition de regarder la mer :

  • Les phoques gris, plus nombreux que jamais entre décembre et mars, et les derniers blanchons jusqu’en décembre.
  • Les oiseaux marins hivernants : tout l’hiver 2023-2024, la réserve a noté une forte concentration de pingouins tordas sur les hauts-fonds au nord-est de Rouzic, avec des guillemots, des mouettes mélanocéphales et des mouettes tridactyles. Des plongeons imbrins y ont été vus en novembre et en décembre 2024.
  • Les oiseaux de passage sur les îles : bruants des neiges d’octobre à décembre 2024, par exemple.

Depuis la côte, l’archipel se voit très bien, mais à plusieurs kilomètres : on distingue les îles et le phare, les animaux restent trop loin pour l’œil nu. Une longue-vue aide pour les oiseaux posés sur l’eau. Pour un hiver d’oiseaux plus facile à observer depuis la terre, la Bretagne Sud offre d’autres options, comme les oiseaux d’hiver du golfe du Morbihan ; et notre sélection des meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver compare les grandes zones humides du pays.

Visiter la réserve : bateaux, île aux Moines, sentier et Station LPO

En vedette depuis Perros-Guirec

Les vedettes partent de la gare maritime de la plage de Trestraou, à Perros-Guirec, et l’été aussi de Ploumanac’h et de Trégastel. Elles longent Rouzic, Malban et Bono sans débarquer ; l’équipage commente la faune. Le planning n’est publié que le samedi pour la semaine suivante, car il dépend de la mer, et une sortie peut être annulée sans préavis. Réservez auprès d’Armor Navigation (02 96 91 10 00) et présentez-vous 30 minutes avant le départ.

FormuleDuréePériodeTarif affiché
Balade autour des Sept-Îles, sans escale (Armor Navigation)1 h 45Avril à septembre depuis Trestraou22 € dès 13 ans, 16 € de 3 à 12 ans, gratuit avant 3 ans
Balade avec escale de 40 minutes à l’île aux Moines (Armor Navigation)2 h 30En saison ; départs suspendus au 18 octobre 2026, en raison d’interventions sur l’île24,50 € dès 13 ans, 17,50 € de 3 à 12 ans
Excursion avec un guide de la LPO2 h 15 jusqu’au 15 juillet, puis 1 h 451er juillet – 31 août 2026, lundi, mardi et jeudi22 €, 16,50 € tarif réduit, gratuit avant 3 ans
Station LPO de l’Île-Grande (exposition)1 h en moyenneJuin à septembre, vacances de la Toussaint et de Noël4 €, 3 € tarif réduit
Sources : Armor Navigation (pages des balades, consultées le 18 octobre 2026) ; dépliant 2026 de la Station LPO de l’Île-Grande. Tarifs et horaires changent chaque saison : vérifiez avant de partir.

L’île aux Moines, la seule où l’on débarque

Toutes les autres îles sont interdites au débarquement. Selon la LPO, environ 50 000 personnes y font escale depuis les vedettes. Occupée par des moines cordeliers aux XIVe et XVe siècles, l’île garde un ancien fort et un phare construit en 1835, rebâti en 1952 et désarmé en 2007. L’île n’a ni banc, ni sanitaire, ni commerce ; ses sentiers escarpés conviennent mal aux personnes qui marchent difficilement ; chiens et pique-nique y sont interdits.

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Phare en granit gris et son bâtiment au sommet de l'île aux Moines, au-dessus d'une pente herbeuse semée de blocs et d'anciennes constructions en pierre
Le phare des Sept-Îles au sommet de l’île aux Moines, fin juin. Photo : Kev22 / Wikimedia Commons

L’accès à l’île a connu plusieurs années de travaux : après l’effondrement d’une partie du chemin en décembre 2018, une passerelle a permis de maintenir les escales à partir d’août 2019, le chemin a été restauré au printemps 2025, et la réfection de la cale était prévue pour l’hiver 2025-2026. Le 18 octobre 2026, la compagnie indiquait que les départs avec escale étaient suspendus. Renseignez-vous avant de réserver la formule avec escale.

Depuis la côte : le sentier de Ploumanac’h

Sans bateau, la meilleure vue sur l’archipel se prend depuis la côte de Granit rose. La boucle des sentiers de Ploumanac’h, balisée en jaune, fait 8,6 km pour environ 2 h 55 de marche facile, au départ du parking de la chapelle de La Clarté, à Perros-Guirec. Elle passe par le parc des sculptures, la plage Saint-Guirec et le phare de Ploumanac’h, d’où l’on aperçoit les Sept-Îles.

La Station LPO de l’Île-Grande, à Pleumeur-Bodou

Maison de la réserve, la Station LPO de l’Île-Grande présente l’archipel en vidéos, modules interactifs et animaux grandeur nature. Une caméra installée sur Rouzic y retransmet la colonie de fous de Bassan en direct pendant la saison de nidification. Elle abrite aussi un centre de soins pour la faune sauvage, fermé au public. Son dépliant 2026 annonce une ouverture tous les jours de 14 h à 18 h en juin, en septembre et aux vacances de la Toussaint, de 14 h à 17 h aux vacances de Noël (sauf le 25 décembre et le 1er janvier), et plus largement en juillet-août ; il ne donne pas d’horaires pour le reste de l’année. En novembre, appelez avant de venir : 02 96 91 91 40.

La LPO y propose aussi des sorties nature à pied d’environ 1 h 45 en automne et en hiver (8 €, 5 € tarif réduit, sur réservation), sur l’estran ou au bord des anses voisines, comme le Lenn à Perros-Guirec.

Les règles à respecter autour de l’archipel

Beaucoup de dérangements viennent de visiteurs qui ignorent à quelle distance un oiseau ou un phoque s’enfuit. En 2024, les agents ont compté 642 navires dans l’archipel et relevé 91 infractions. Les règles principales, fixées par le décret de 2023 et rappelées par la LPO, gestionnaire de la réserve :

  • Débarquement : interdit sur toutes les îles et leurs estrans, sauf à l’île aux Moines (plages de la cale et du nord de la caserne, accès libre toute l’année) et sur la plage de Bono du 15 juillet au 30 septembre. Les estrans de Rouzic et de Malban sont fermés depuis 1976.
  • Zone de quiétude des fous de Bassan : 130 hectares au nord-ouest de Rouzic, fermés à toute activité du 1er avril au 31 août, kayak, plongée et plaisance compris.
  • Engins interdits : scooter des mers, ski nautique et tout engin tracté, partout et en toute saison dans la réserve.
  • Survol : interdit sous 500 mètres d’altitude depuis juillet 2023.
  • Phoques : en kayak ou en bateau, restez à distance des rochers où ils sont hissés. Un phoque qui lève la tête vous a vu ; s’il se met à l’eau, vous êtes trop près. Pendant les naissances, de septembre à décembre, un dérangement peut séparer un blanchon de sa mère.

Préparer sa sortie

  • Regardez la météo marine, pas seulement le ciel : la mer peut être forte par beau temps. Les billets des vedettes ne sont ni échangeables ni remboursables.
  • Optique : des jumelles suffisent depuis le bateau, qui passe près des falaises de Rouzic ; une longue-vue sert depuis la côte.
  • Vêtements : chauds et coupe-vent, même en juin ; on reste assis près de deux heures au vent du large.

Les chiffres de la colonie, des phoques et des oiseaux d’hiver cités ici viennent du rapport d’activités 2024 de la réserve, le plus récent publié par la LPO. Pour un autre grand site du littoral de l’Ouest, où les marées comptent autant que les oiseaux, voyez aussi la baie du Mont-Saint-Michel et ses marées.

Si vous ne pouvez venir qu’une fois, choisissez une matinée de mai ou de juin, réservez la balade de 1 h 45 le samedi qui précède, et gardez l’après-midi pour la Station LPO de l’Île-Grande. En novembre, faites l’inverse : la Station d’abord, après un coup de téléphone, puis le sentier de Ploumanac’h à marée basse, longue-vue tournée vers l’archipel.

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