Sommaire
- Ce qu'on voit en Camargue, saison par saison
- Le flamant rose, l'oiseau du delta
- Ce qu'il mange, et pourquoi il est rose
- Les parades d'hiver et la colonie d'été
- Le taureau de Camargue, noir et petit
- Le cheval Camargue, gris et non sauvage
- Hérons, glaréole et cistude : les autres habitants
- Et le ragondin ?
- Où observer les animaux de Camargue
- Le Pont de Gau, pour voir les flamants de près
- La Capelière, au bord du Vaccarès
- Les marais du Vigueirat, entre delta et Crau
- Les règles pour observer sans déranger
- Préparer sa sortie
- Crédits photos
Un taureau noir dans un pré salé, un cheval blanc les pieds dans l’eau, des centaines de flamants roses alignés sur un étang : ces trois images résument la Camargue. Elles cachent pourtant des réalités moins connues. Les chevaux et les taureaux ne sont pas des bêtes sauvages, mais des animaux d’élevage qui vivent en semi-liberté. Le flamant, lui, ne mange pas de poisson. Et les meilleurs moments pour le voir ne sont pas forcément ceux de l’été.
L’essentiel : le flamant rose, le taureau de Camargue et le cheval Camargue sont les trois emblèmes du delta du Rhône. Les flamants sont là toute l’année, et leurs parades nuptiales ont lieu en hiver, de décembre à février. Le parc ornithologique du Pont de Gau, la Capelière et les marais du Vigueirat permettent de les observer sans les déranger. Les taureaux et les chevaux, eux, appartiennent à des manades : on les regarde depuis la route ou lors d’une visite organisée, jamais en entrant dans les prés.

Ce qu’on voit en Camargue, saison par saison
Le Parc naturel régional de Camargue couvre 101 000 hectares et 75 km de littoral entre les deux bras du Rhône ; il a été créé en 1970. Il recense environ 350 espèces d’oiseaux, sédentaires ou de passage. Les grands animaux d’élevage y sont visibles en toute saison, mais les oiseaux et les reptiles suivent un calendrier précis.
| Période | Ce qu’on observe | Repère |
|---|---|---|
| Toute l’année | Taureaux et chevaux dans les pâtures des manades ; flamants roses sur les étangs | Environ 50 000 taureaux et chevaux Camargue sur deux régions (Parc naturel régional, 2024) |
| Novembre – janvier | Flamants rassemblés en hiver, canards hivernants comme la sarcelle d’hiver | Environ 30 000 flamants en France l’hiver, selon la LPO |
| Décembre – fin février | Parades nuptiales des flamants : marche en groupe, têtes tournées de gauche à droite | Au Pont de Gau, la saison des amours va de décembre à fin février |
| Janvier – février | Grues cendrées et sarcelles d’hiver aux marais du Vigueirat | Selon MyProvence (Bouches-du-Rhône Tourisme) |
| Avril – août | Cistudes actives dans les mares et les canaux | Elles hibernent d’octobre à mars (Tour du Valat) |
| Été | Colonie de reproduction des flamants, effectifs au plus haut | Environ 55 000 flamants en France l’été (LPO) ; 8 700 couples nicheurs aux salins d’Aigues-Mortes en 2023 |
| Automne | Courses de tau aux Saintes-Maries-de-la-Mer : de jeunes taureaux mis à l’épreuve en arène | Organisées chaque automne depuis 1983 |
En novembre, la saison est bonne : les flamants sont là, les canards hivernants arrivent, et les parades commencent quelques semaines plus tard. Si vous aimez les rassemblements d’oiseaux d’hiver, voyez aussi les meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver en France.
Le flamant rose, l’oiseau du delta
Le flamant rose est l’animal que tout le monde vient voir. Il mesure de 120 à 145 cm et pèse de 2,5 à 3,5 kg, selon la LPO. Son plumage est rose pâle, presque blanc de loin ; le rouge vif n’apparaît qu’au-dessus et au-dessous des ailes, quand il les ouvre ou s’envole.
Ce qu’il mange, et pourquoi il est rose
Le flamant ne pêche pas de poisson. Il se nourrit en filtrant l’eau saumâtre avec son bec, tête à l’envers, et retient de petits crustacés comme l’artémia, une minuscule crevette des eaux salées. Sa couleur vient de cette nourriture : la LPO explique que cinq pigments de la famille des caroténoïdes, tirés de son alimentation, colorent ses plumes. C’est pour cela qu’on le voit surtout sur les étangs salés et les salins, et non sur les canaux d’eau douce.
Les parades d’hiver et la colonie d’été
En Camargue, les parades nuptiales commencent dès le mois de décembre. Les flamants marchent alors en groupe serré, le cou tendu, en tournant vivement la tête de gauche à droite, puis ouvrent brusquement les ailes. Le spectacle dure jusqu’à la fin février. Les couples nichent ensuite en colonie sur des îlots, à l’abri des visiteurs : en 2023, environ 8 700 couples se sont reproduits sur les salins d’Aigues-Mortes et ont donné près de 4 000 poussins, selon la Tour du Valat.
Ce centre de recherche suit les flamants depuis 1977. Chaque été, juste avant leur envol, près d’un millier de poussins nés en Camargue reçoivent une bague en plastique lisible à distance. Si vous repérez un flamant bagué, notez le code de sa bague : les lectures recueillies depuis des décennies, près de 700 000 en 2017 pour plus de 60 000 oiseaux bagués en Méditerranée, permettent de suivre les déplacements de l’espèce.

Le taureau de Camargue, noir et petit
Le taureau est l’autre grand emblème du delta. En réalité, deux races y sont élevées. La plus typique est la raço di biòu, la « race des bœufs » en provençal. C’est un animal de petite taille, environ 1,30 m au garrot, au pelage brun foncé à noir, avec des cornes longues et fines en forme de lyre ou de gobelet, dressées vers le ciel. Il pèse de 250 à 450 kg. La seconde race, dite brave, est élevée pour la tauromachie espagnole : elle est plus lourde (plus de 600 kg), avec une robe plus variée et des cornes orientées vers l’avant.
Ces taureaux ne sont pas sauvages au sens strict : ils appartiennent à des éleveurs, les manadiers, qui les gardent en troupeaux appelés manades. On compte 138 élevages de raço di biòu, selon le Parc naturel régional. Les bêtes vivent dehors toute l’année, sur de grands espaces et en faible nombre à l’hectare, et gardent un tempérament vif que les éleveurs cherchent à préserver. Leur pâturage entretient les prés salés et les marais : sans lui, les milieux se refermeraient. La raço di biòu est élevée avant tout pour la course camarguaise, où des raseteurs tentent d’enlever des attributs fixés entre les cornes, sans mise à mort. Depuis 2001, la viande « Taureau de Camargue » bénéficie d’une appellation d’origine protégée, qui couvre les deux races.

Le cheval Camargue, gris et non sauvage
Le cheval Camargue paraît blanc, mais sa robe est grise : c’est même une condition pour être inscrit au stud-book de la race. Le poulain naît bai ou rouan, plus foncé, et blanchit avec l’âge. L’adulte mesure de 1,35 à 1,50 m au garrot : c’est un petit cheval robuste, fait pour les marais.
Comme les taureaux, ces chevaux ne sont pas sauvages, même si beaucoup de brochures l’écrivent. Ils vivent en semi-liberté dans des manades : il faut au moins quatre juments et 20 hectares d’un seul tenant pour former un élevage en manade. La race a été officiellement reconnue par un arrêté du 17 mars 1978 ; l’association des éleveurs, créée en 1964, recense 231 élevages, dont une centaine en manade. Le cheval reste l’outil de travail des gardians, qui l’utilisent pour mener et trier les taureaux. Regardez sa cuisse : beaucoup portent la marque au feu de leur élevage.
Pour monter un cheval Camargue, les centres de tourisme équestre des Saintes-Maries-de-la-Mer proposent des balades dans les marais. Les marais du Vigueirat organisent aussi des promenades à cheval et en calèche sur réservation.
Hérons, glaréole et cistude : les autres habitants
Les trois emblèmes ne doivent pas faire oublier le reste de la faune. Dans les prés, un petit héron blanc au bec jaune suit souvent les chevaux et les taureaux : c’est le héron garde-bœufs, qui attrape les insectes dérangés par le bétail. Le long des canaux et des roselières, on croise l’aigrette garzette, le héron cendré, le héron crabier, la spatule blanche ou la cigogne blanche. Au Pont de Gau, le gestionnaire signale aussi le martin-pêcheur, la bécassine des marais et le milan noir.

Le pâturage des manades profite à d’autres espèces plus discrètes. Le Parc naturel régional cite la glaréole à collier, un oiseau des milieux pâturés qui, selon le Parc, ne vit en France qu’en Camargue. Dans l’eau douce vit la cistude d’Europe, une petite tortue aquatique protégée. Ses plus grandes populations du littoral méditerranéen français, hors Corse, se trouvent en Camargue, et la Tour du Valat les suit sans interruption depuis 1997. On l’aperçoit au soleil sur une berge ou un tronc flottant, d’avril à août ; elle file à l’eau au moindre mouvement.
Et le ragondin ?
On voit souvent des ragondins dans les canaux camarguais, mais ce n’est pas un animal emblématique de la région. Originaire d’Amérique du Sud, et non d’Amérique du Nord, il a été introduit en France à la fin du XIXe siècle pour sa fourrure, puis s’est échappé ou a été relâché. Il figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne : il creuse les berges, abîme les cultures et peut transmettre la leptospirose. Ne le nourrissez pas, et ne le touchez pas.

Où observer les animaux de Camargue
La plupart des étangs et des pâtures sont privés ou protégés. Trois sites accueillent le public avec des sentiers et des observatoires. Les horaires ci-dessous sont ceux de la saison d’hiver 2026-2027, publiés par les gestionnaires ou par Provence Tourisme ; ils peuvent changer, vérifiez-les avant de partir.
| Site | Ce qu’on y voit | Sentiers | Horaires d’hiver | Entrée | Chiens |
|---|---|---|---|---|---|
| Parc ornithologique du Pont de Gau (Saintes-Maries-de-la-Mer) | Flamants de près, toute l’année ; hérons, cigognes, canards | 60 ha ; parcours balisé de 2,6 km, observatoire accessible | Tous les jours, 10 h – 17 h du 1er octobre au 31 mars ; sortie libre jusqu’au coucher du soleil | 8,50 € ; 5 € de 4 à 12 ans | Non admis |
| La Capelière, Réserve nationale de Camargue (Arles, bord du Vaccarès) | Oiseaux d’eau depuis 4 observatoires | Sentier de découverte de 1,5 km, accessible sur 600 m | Mardi au dimanche, 9 h – 13 h et 14 h – 17 h, du 1er octobre 2026 au 1er avril 2027 | 7 € ; 4 € réduit | Non admis |
| Marais du Vigueirat (Mas-Thibert, Arles) | Pâturage de 5 manades de taureaux et de chevaux ; grues et canards en hiver | Près de 6 km, dont 500 m sur pilotis et 2 km avec 2 observatoires | Tous les jours, entrées de 9 h à 17 h (18 h en été) | 6 € dès 13 ans ; 3 € de 6 à 12 ans ; gratuit avant 6 ans | Non précisé |
Le Pont de Gau, pour voir les flamants de près
Le parc ornithologique du Pont de Gau, sur la RD 570 juste avant les Saintes-Maries-de-la-Mer, est le meilleur endroit pour voir des flamants à quelques mètres, et pour assister aux parades de l’hiver. Le parking est gratuit, et la ligne de bus A50 depuis Arles s’y arrête. Le parcours balisé se fait en autonomie.
La Capelière, au bord du Vaccarès
Gérée par la Société nationale de protection de la nature, la Capelière est la maison d’accueil de la Réserve nationale de Camargue, la plus grande réserve de zones humides de France métropolitaine. Son court sentier mène à des observatoires qui donnent sur les marais. Elle est fermée le lundi.
Les marais du Vigueirat, entre delta et Crau
Cette réserve naturelle de 1 200 hectares, installée sur un site du Conservatoire du littoral et cogérée par la LPO, se trouve au contact du delta et de la plaine de la Crau. Ses sentiers de l’Étourneau sont en visite libre. Cinq manades de taureaux et de chevaux y pâturent : c’est l’endroit où l’on comprend le mieux leur rôle dans l’entretien des marais. En hiver, des grues cendrées y stationnent ; rien à voir avec les foules du lac du Der, où passent des dizaines de milliers de grues, mais le spectacle reste beau.
Les règles pour observer sans déranger
- Ne pas entrer dans les prés des manades. Ce sont des propriétés privées, et un taureau garde un caractère vif. Regardez depuis la route ou un chemin public, ou réservez une visite chez un manadier : plusieurs ouvrent leur élevage au public, avec démonstration de tri par les gardians.
- Rester sur les sentiers et dans les observatoires. Un groupe de flamants qu’on fait s’envoler dépense une énergie précieuse en hiver, et une colonie dérangée peut abandonner sa ponte. Les îlots de nidification ne se visitent pas.
- Laisser le chien à la maison. Il n’est admis ni au Pont de Gau ni à la Capelière.
- Ne rien nourrir. Ni les oiseaux, ni les chevaux au bord des routes, ni les ragondins.
- Se garer sur les parkings prévus. Un arrêt brusque sur le bas-côté d’une route étroite est dangereux, pour vous comme pour les bêtes.
Préparer sa sortie
Venez tôt le matin ou en fin de journée : la lumière est plus douce, et les oiseaux plus actifs. Des jumelles suffisent au Pont de Gau ; une longue-vue aide à la Capelière, où les oiseaux se tiennent plus loin. Prévoyez un vêtement chaud et coupe-vent : on reste longtemps immobile dans un observatoire. Une journée permet d’enchaîner deux sites, par exemple le Pont de Gau le matin et la Capelière l’après-midi, en tenant compte de la fermeture du lundi.
La Camargue est un parc naturel régional, pas un parc national : les règles y sont fixées site par site, par chaque gestionnaire. Si vous voulez comparer avec les grands espaces protégés du pays, voyez les parcs nationaux de France. Et pour prolonger un séjour en Provence, deux autres décors très différents vous attendent : le parc national des Calanques, entre Marseille et Cassis, et la faune et les sentiers des gorges du Verdon.
Crédits photos
- Giles Laurent, Greater flamingos courtship display in the Camargue during mating season, CC BY-SA 4.0
- Benjamin Smith, Parc ornithologique de Pont-de-Gau, Phoenicopterus roseus 07, CC BY-SA 4.0
- Rolf Kranz, Taureaux de Camargue pâturant dans une manade près d’Aigues-Mortes, CC BY-SA 4.0
- alpha du centaure, Cheval de Camargue et pique-bœuf, CC BY 2.0
- Jac. Janssen, Camargue Schildpad (cistude), CC BY 2.0



