Entre Marseille et La Ciotat, des falaises de calcaire blanc plongent dans une eau turquoise, à quelques arrêts de bus du centre de Marseille. Créé le 18 avril 2012, le Parc national des Calanques est le dixième parc national français et le seul d’Europe à être à la fois terrestre, marin et périurbain. Il reçoit entre 2 et 3 millions de visites par an, à terre et en mer. Résultat : les plus belles calanques se méritent, et certaines se réservent. Voici lesquelles choisir, comment y aller et quelles règles respecter.
L’essentiel : venez à pied ou en bus plutôt qu’en voiture, car les routes de Sormiou et Morgiou ferment aux voitures en haute saison et celle de la Gardiole (En-Vau) est fermée toute l’année. Du 1er juin au 30 septembre, vérifiez la veille après 18 h si le massif est ouvert : en rouge, l’accès est interdit toute la journée. En été, Sugiton se réserve en ligne, gratuitement, trois jours à l’avance. Le printemps et l’automne restent les meilleures saisons.
Le Parc national des Calanques en quelques chiffres
Le parc s’étend sur trois communes des Bouches-du-Rhône : Marseille, Cassis et La Ciotat. Son cœur terrestre couvre 8 500 hectares, son cœur marin 43 500 hectares, et il borde 80 kilomètres de côte. Le point culminant est le mont Carpiagne (646 m) ; en mer, le canyon de la Cassidaigne descend à 2 191 m. L’archipel de Riou, au large, est réserve naturelle nationale depuis 2003, et la grotte Cosquer, ornée au Paléolithique, est classée monument historique.
Comme les autres parcs nationaux de France, les Calanques ont un cœur réglementé, où s’appliquent des interdictions précises, et une aire d’adhésion autour. La différence, ici, c’est la proximité de la ville : on part en randonnée depuis un terminus de bus.
Quelles calanques voir : les six incontournables
Le massif compte bien plus de six calanques, mais celles-ci concentrent l’essentiel des visites. D’ouest en est, côté Marseille puis côté Cassis :
| Calanque | Départ conseillé | Marche (aller) | Ce qu’on y trouve | À savoir |
|---|---|---|---|---|
| Sormiou | Bus RTM 23 (arrêt La Cayolle) ou 22 (terminus Les Baumettes) | Environ 45 min | Grande plage surveillée l’été, cabanons, restaurant | Route fermée aux voitures aux dates fixées par la Ville de Marseille |
| Morgiou | Bus RTM 22 (terminus Les Baumettes) | Environ 1 h | Petit port de pêche, cabanons habités toute l’année | Même calendrier de fermeture de la route que Sormiou |
| Sugiton | Campus de Luminy (bus B1 ou 521, terminus) | 30 min jusqu’au belvédère, 45 min jusqu’à la calanque | Deux criques et petites plages, belvédère panoramique | Réservation obligatoire en été ; remontée d’au moins 1 h |
| En-Vau | Cassis (Port-Miou) ou parking en bord de RD 559 | 1 h 30 à 2 h depuis le centre de Cassis | Plage au fond d’un étroit couloir de falaises | Route de la Gardiole fermée toute l’année ; débarquement interdit |
| Port-Pin | Cassis (entrée du parc à Port-Miou) | 15 min depuis Port-Miou | Petite crique bordée de pins d’Alep | Étape sur le sentier d’En-Vau |
| Port-Miou | Cassis centre ou navette depuis le parking des Gorguettes | 30 min depuis le centre-ville | Long bras de mer abritant des bateaux | Une trentaine de bouées d’amarrage |
Sormiou, la plage et les cabanons
À Sormiou, la plage, surveillée l’été avec un poste de secours, est très fréquentée en juillet et en août. Les cabanons, sans eau courante ni électricité, sont loués aux descendants des familles historiques. Sous l’eau, l’herbier de posidonie attire les plongeurs : c’est ici que Jacques-Yves Cousteau a fait ses premiers essais en 1942, rappelle le parc. Depuis le bus, comptez environ 45 minutes de marche.

Morgiou, le village de pêcheurs
Morgiou garde un vrai port de pêche, encore équipé, et une trentaine d’habitants à l’année. On y voit l’escalier taillé dans la roche en souvenir de la visite de Louis XIII en 1622, et, sur la crête, les ruines du fortin commencé en 1614. Comptez environ une heure de marche depuis le terminus du bus 22. La route d’accès est souvent embouteillée aux heures de pointe : le parc recommande les transports en commun.
Sugiton, la plus proche de la ville, et la plus fréquentée
Depuis le terminus de Luminy, on atteint en 30 minutes au belvédère de Sugiton, l’un des plus beaux panoramas du parc, puis en 45 minutes la calanque, faite de deux petites criques. Le dénivelé atteint environ 245 m : la remontée prend au moins une heure et surprend souvent les familles. Juste à côté, la crique des Pierres Tombées est fréquentée par les naturistes ; ses parois instables font l’objet de purges régulières.

En-Vau, la plus spectaculaire
En-Vau est la calanque des cartes postales : un couloir d’eau turquoise entre des falaises verticales, fermé par une petite plage. Le parc estime que 400 serviettes y tiennent dans un confort relatif ; en été, on compte jusqu’à 1 200 personnes en même temps. Encaissée, elle passe à l’ombre au fil de l’après-midi. Il n’y a ni poubelle ni point d’eau : tout ce qu’on apporte repart avec soi.

Port-Miou et Port-Pin, les portes d’entrée côté Cassis
Port-Miou, à 30 minutes à pied du centre de Cassis, marque l’entrée du parc sur la presqu’île. C’est une calanque longue et étroite, qui sert d’abri aux bateaux : une trentaine de bouées d’amarrage y accueillent les plaisanciers. Un quart d’heure plus loin sur le sentier, Port-Pin offre une petite crique bordée de pins d’Alep. C’est l’étape naturelle avant de poursuivre vers En-Vau.

Comment accéder aux calanques
À pied : la meilleure option, au départ d’un bus
Côté Marseille, trois points de départ suffisent : Luminy pour Sugiton (bus B1 ou 521), Les Baumettes ou La Cayolle pour Morgiou et Sormiou (bus 22 et 23). Côté Cassis, on rejoint Port-Miou à pied depuis le centre-ville ou la gare SNCF, desservie par la ligne M01. Le GR 98, qui longe le massif de Marseille à Cassis, relie toutes ces calanques pour qui veut enchaîner sur une ou deux journées.
Les sentiers sont caillouteux, souvent glissants à force de passages, et sans aucun point d’eau. Prévoyez de vraies chaussures de marche, de l’eau en quantité, et partez tôt : la chaleur et la foule montent ensemble dans la matinée.
En voiture : des routes fermées une bonne partie de l’année
La voiture est le moyen le moins pratique. Les routes de Sormiou, de Morgiou et de Callelongue sont fermées à la circulation par arrêté de la Ville de Marseille, de 7 h à 19 h, selon un calendrier publié chaque saison. Ce dispositif existe depuis 1959 et sert à la fois à laisser passer les secours en cas d’incendie et à limiter l’afflux. En 2026, il s’appliquait ainsi :
| Période 2026 | Jours de fermeture (7 h – 19 h) | Routes concernées |
|---|---|---|
| Avril – mai | Vendredis, week-ends et jours fériés du 4 avril au 3 mai, puis 8-10, 14-17, 23-25 et 30-31 mai | Sormiou, Morgiou, Callelongue |
| Juin | 5 au 7 juin, puis tous les jours à partir du 12 juin | Sormiou, Morgiou, Callelongue |
| Juillet – août | Tous les jours jusqu’au 30 août | Sormiou, Morgiou, Callelongue |
| Septembre | Les week-ends | Sormiou et Morgiou seulement |
Pour En-Vau, la route de la Gardiole, qui était l’accès principal au belvédère, est fermée toute l’année ; le stationnement se fait en bord de RD 559, où les places partent vite en été. Le parc annonce alors de 2 à 3 heures de marche selon que l’on s’arrête au belvédère ou que l’on descend dans la calanque. À Cassis, l’accès en voiture à la presqu’île est fortement déconseillé : le parking relais gratuit des Gorguettes, à l’entrée de la ville, est relié à Port-Miou par une navette.
En bateau : voir sans débarquer
Des promenades en mer partent toute l’année du port de Cassis, plus souvent de mars à novembre, avec des circuits d’environ une heure à un peu plus de deux heures qui longent Port-Miou, Port-Pin et En-Vau, et vont jusqu’à Sugiton, Morgiou et Sormiou pour les plus longs. C’est la bonne option pour les marcheurs peu aguerris ou les jours de massif fermé, avec une limite : on regarde depuis le bateau. À En-Vau, tout débarquement est interdit depuis les années 2000, et les bateaux mouillent désormais loin du rivage. En kayak ou en paddle, restez à distance des baigneurs et des herbiers.
Sugiton : la réservation obligatoire en été
Sugiton et les Pierres Tombées recevaient jusqu’à 2 500 personnes par jour, et l’érosion menaçait la végétation. Depuis 2023, le parc impose donc une réservation, obligatoire et gratuite, pendant la très haute saison. Le dispositif a été reconduit en 2026 : il s’appliquait les 20 et 21 juin, tous les jours du 27 juin au 30 août, puis les 5-6 et 12-13 septembre.
- La réservation se fait en ligne sur la page dédiée du Parc national des Calanques ; elle ouvre à 9 h trois jours avant la date choisie et ferme à 18 h la veille.
- Une réservation couvre jusqu’à 5 personnes ; les enfants de moins de 3 ans n’en ont pas besoin.
- Une même personne peut réserver 8 fois au maximum sur la saison.
- Le courriel de confirmation est à présenter à l’arrivée : le réseau est faible dans la calanque, téléchargez-le ou imprimez-le avant de partir.
- Si le massif est fermé pour risque d’incendie, la réservation est annulée sans report possible.
Hors de ces dates, l’accès est libre. Les dates de 2027 ne sont pas encore publiées : surveillez la page du parc avant l’été.
Fermeture des massifs en été : le risque d’incendie
Du 1er juin au 30 septembre, l’accès aux massifs forestiers des Bouches-du-Rhône, y compris par la mer, est réglementé par arrêté préfectoral. Chaque jour, la préfecture fixe le niveau de chaque massif selon le vent, l’humidité de l’air et la sécheresse de la végétation. Le massif des Calanques est l’un des 25 massifs du département.
La carte est publiée vers 18 h pour le lendemain sur risque-prevention-incendie.fr/13 et sur le site de la préfecture. Pour le promeneur, la règle est simple : un massif en vert est ouvert, un massif en rouge est interdit toute la journée, de minuit à minuit, à toute présence. Les niveaux intermédiaires concernent surtout les travaux. L’application gratuite du parc, « Mes Calanques », indique aussi les conditions d’accès en temps réel et prévient en cas de fermeture.
Le parc rappelle que 90 % des départs de feu sont d’origine humaine. Dans le cœur du parc, il est interdit toute l’année de faire du feu, de fumer et d’utiliser un réchaud à gaz (sauf dans les secteurs habités et les jardins privés). L’amende est de 135 € pour un feu.
Les règles à connaître dans le cœur du parc
Au-delà du feu, la réglementation du cœur de parc interdit le bivouac et le camping sous toutes leurs formes, à la belle étoile, en tente ou en véhicule, y compris au bord des routes qui le traversent (de Mont-Rose à Callelongue, routes de Sormiou et Morgiou, RD 559 et RD 141). L’amende est de 68 € par personne. Sont aussi interdits : les drones, les chiens non tenus en laisse, la cueillette d’espèces protégées, le dérangement et le nourrissage des animaux, les sorties hors des sentiers balisés et le bruit. Il n’y a pas de poubelles dans les calanques : vos déchets repartent avec vous.
Faune et flore : ce que l’on peut observer
Le calcaire nu cache une grande richesse. Le parc recense plus de 900 espèces végétales, dont des raretés comme l’astragale de Marseille, la sabline de Provence ou le genêt de Lobel. Le paysage typique mêle pin d’Alep, chêne vert, romarin, thym, ciste cotonneux, lavande stéchade, myrte et arbousier.
Côté faune, 80 espèces d’oiseaux nichent ou peuvent nicher dans les Calanques. Un couple d’aigles de Bonelli, sur les 32 recensés en France, y niche ; le faucon pèlerin et le grand-duc d’Europe fréquentent les falaises. En mer, l’été, il est facile de voir des radeaux de puffins (puffin cendré, puffin yelkouan, puffin des Baléares) ; l’océanite tempête niche sur les îles. Les reptiles comptent le lézard ocellé, jusqu’à 80 cm, et le phyllodactyle d’Europe, un petit gecko menacé à l’échelle mondiale. Seize espèces de chauves-souris y vivent, dont le molosse de Cestoni, 40 cm d’envergure. Pour Sugiton, le parc rappelle que des voies d’escalade ferment au printemps pour protéger la nidification du faucon pèlerin.
Sous l’eau, l’herbier de posidonie, plante à fleurs endémique de la Méditerranée, sert d’abri et de nurserie à de nombreux poissons. C’est lui que l’on voit en masque et tuba à Sormiou ou à Morgiou. Les ancres l’arrachent : c’est l’une des raisons pour lesquelles les bateaux sont tenus à distance du rivage.

Pour poursuivre sur la Méditerranée protégée, l’autre parc national marin de la région est celui de Port-Cros et Porquerolles, plus à l’est dans le Var. Et pour les oiseaux d’eau provençaux, le delta voisin abrite les animaux emblématiques de la Camargue.
Quand venir : les meilleures saisons
| Saison | Avantages | Contraintes |
|---|---|---|
| Printemps (avril – juin) | Garrigue en fleurs, sentiers agréables, foule raisonnable en semaine | Routes de Sormiou et Morgiou fermées certains jours dès avril ; eau encore fraîche |
| Été (juillet – août) | Baignade, promenades en mer, puffins visibles depuis les bateaux | Massifs fermés les jours de risque, réservation à Sugiton, chaleur et foule |
| Automne (septembre – novembre) | Mer encore agréable en septembre, lumière douce, moins de monde | Massifs réglementés jusqu’au 30 septembre ; jours de mistral |
| Hiver (décembre – mars) | Randonnée au calme, accès libre | Mistral, journées courtes, baignade réservée aux courageux |
Pour randonner, visez la mi-mars à la mi-juin et octobre-novembre : pas de contrôle d’accès quotidien après le 30 septembre, et des calanques plus calmes. Par fort mistral, évitez les crêtes.
Préparer sa sortie : la liste courte
- La veille : en juin-septembre, consultez la carte d’accès aux massifs après 18 h ; pour Sugiton en été, réservez trois jours avant.
- Le trajet : bus jusqu’à Luminy, Les Baumettes ou La Cayolle côté Marseille ; à pied ou par la navette des Gorguettes côté Cassis.
- Le sac : eau en quantité, chaussures fermées, chapeau, sac pour rapporter ses déchets.
- Sur place : restez sur les sentiers balisés, ne fumez pas, n’allumez rien, gardez le chien en laisse.
Si les calanques vous ont donné le goût du calcaire provençal, les gorges du Verdon prolongent le voyage dans l’arrière-pays, et le parc national du Mercantour fait passer de la mer à la haute montagne.