Tas de feuilles mortes de chêne au pied d'un arbre, au fond d'un jardin, en novembre
Nature au jardin

Feuilles mortes, tas de bois : un jardin d’automne pour la faune

Un tas de feuilles mortes laissé au pied d'un arbre, dans un jardin, à la mi-novembre. Photo : Jeuwre / Wikimedia Commons

Fin octobre, le réflexe est de tout ranger : ratisser, tailler, couper les tiges sèches, sortir les sacs. C’est pourtant le moment où la petite faune du jardin cherche où passer l’hiver. Coccinelles, hérissons, crapauds, orvets, abeilles sauvages et oiseaux granivores comptent sur ce que vous laissez en place. Un jardin d’automne accueillant ne demande pas plus de travail : il en demande moins, à condition de savoir quoi garder, où, et jusqu’à quand.

L’essentiel : laissez les feuilles mortes sous les haies et sur les massifs, ne dégagez que les allées et la pelouse, au râteau. Gardez dans un coin calme un tas de branches ou de bois, sans jamais le brûler (c’est interdit). Laissez debout les fleurs fanées et les tiges sèches jusqu’au printemps, et repoussez la taille des haies à l’hiver, de novembre à janvier.

Ce qu’on laisse, ce qu’on range : le jardin d’automne en un tableau

Chaque élément « en désordre » du jardin sert de gîte ou de garde-manger à quelqu’un. Le tableau résume ce que recommandent la LPO, l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Parc national du Mercantour, élément par élément.

ÉlémentQui en profiteQue faire à l’automneJusqu’à quand
Feuilles mortesVers de terre, cloportes, mille-pattes, araignées, grenouille agile, salamandre, coccinelles, hérissonLes laisser sous les haies et sur les massifs ; ne dégager que les allées et la pelouse ; mettre le surplus en tas ou en paillageElles se décomposent sur place
Tas de branches ou de boisHérisson, orvet, crapaud commun, coléoptères du bois mort, chrysopesEntasser les déchets de taille dans un coin calme ; ne plus y toucher en hiverToute l’année, rechargé au fil des tailles
Fleurs fanées et tiges sèchesChardonnerets et autres granivores (graines), insectes qui hivernent dans les tigesLaisser sur pied chardons, cardères, tournesols et vivaces montées en grainesLe printemps
Haies et arbustesMerles, grives, rouges-gorges, troglodytes, insectesNe pas tailler avant novembre ; garder les baiesTaille de novembre à janvier
LierreAbeilles, mouches, papillons (fleurs) ; merles, grives, fauvettes (baies)Le laisser fleurir et fructifierToute l’année
Coin d’herbes hautesInsectes, petits mammifèresTondre moins souvent, ou en mosaïqueFauche tardive, sur une partie seulement
Sources : LPO (Refuges LPO, 2023-2024), OFB, Parc national du Mercantour (2024), LPO Vienne, Ville de Montpellier.

Les feuilles mortes : un tapis à garder, pas un déchet

Les feuilles qui tombent forment la litière, la couche qui nourrit le sol. La LPO rappelle que les 15 premiers centimètres du sol abritent environ 90 % de la vie souterraine, et que cette vie se nourrit justement de ce qui tombe à l’automne. Dans les feuilles se cachent les lombrics, les cloportes, les mille-pattes, les araignées et les collemboles, mais aussi des amphibiens en phase terrestre : grenouille agile, salamandre tachetée, tritons. Les coccinelles y passent l’hiver à l’état adulte, en petits groupes : c’est l’un des abris qu’elles préfèrent, comme l’explique notre fiche sur la coccinelle et son hivernage.

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Dans un article de 2024, la LPO conseille de ne pas ramasser les feuilles mortes, sauf dans les allées et les espaces où l’on passe. Concrètement :

  • Allées, terrasse, pelouse : dégagez-les au râteau plutôt qu’au souffleur, bruyant et gourmand en énergie. Sur le gazon, une couche épaisse et humide finit par étouffer l’herbe : poussez-la vers les massifs voisins.
  • Massifs et pieds d’arbustes : étalez-y les feuilles en paillage. Elles gardent l’humidité du sol et le protègent du froid.
  • Un tas dans un coin calme : au pied d’une haie ou contre un mur, loin des passages. La LPO note qu’il « plaira au hérisson d’Europe », qui s’en sert pour garnir son nid d’hiver.
  • Le surplus au compost, mélangé aux déchets de cuisine, plutôt qu’en sacs à la déchetterie.
  • Pas de tondeuse sur les feuilles : le broyage détruit les œufs, les larves et les insectes en diapause, cet état de repos où ils attendent le printemps.

Le tas de feuilles est aussi le premier abri du hérisson, qui y bâtit son nid avant d’hiberner. Pour la caisse à hérisson, les passages dans la clôture et ce qu’il faut lui donner (ou non) à manger, voyez notre guide pour aider le hérisson à passer la mauvaise saison.

Un tas de branches ou de bois mort au fond du jardin

Les produits de la taille, les bûches fendues trop petites pour le poêle ou une vieille souche n’ont pas besoin de quitter le jardin. Le Parc national du Mercantour conseille de « réserver un coin du jardin où entasser les déchets de coupes » : à la fois abri et source de nourriture, puisque les insectes et les vers s’installent dans l’humus qui s’y forme. La LPO y voit un gîte d’hibernation pour le hérisson, l’orvet et le crapaud commun ; le bois qui pourrit attire aussi des coléoptères dont les larves se nourrissent de bois mort, et les chrysopes, grandes mangeuses de pucerons, hivernent dans les tas de bois selon Jardiner autrement, le programme de l’OFB pour les jardiniers amateurs.

Comment le monter

  • L’emplacement : un angle tranquille, à l’abri du vent dominant, près d’une haie si possible, pour que les animaux y arrivent à couvert.
  • La base : les plus grosses branches ou quelques bûches en travers, pour ménager des cavités ; les rameaux fins et les feuilles par-dessus.
  • Le volume : pas besoin d’un grand volume : quelques brassées de branches font déjà un abri, qui gagne en intérêt à mesure que le bois vieillit.
  • L’entretien : rechargez-le par le dessus au fil des tailles, mais ne le démontez pas et ne le déplacez pas entre novembre et le printemps : un hérisson peut dormir dessous.
  • Sans place : le Parc du Mercantour suggère de broyer les branches et d’utiliser le broyat en paillage ou au compost.
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La haie sèche, version longue du tas de branches

Si vous avez de la longueur plutôt que de la surface, rangez les branches entre deux rangées de piquets : c’est la haie sèche, dite aussi haie de Benjes. La LPO la cite, avec le tas de bois, parmi les gîtes à faire avec les déchets verts plutôt que de les évacuer.

Deux haies sèches faites de branches empilées entre des piquets, dans un jardin de village au début d'octobre
Deux haies sèches de branches maintenues par des piquets, dans un jardin de la Sarre (Allemagne), début octobre. Photo : Simon Mannweiler / Wikimedia Commons

Une règle ne souffre pas d’exception : ne brûlez rien. Le brûlage des déchets verts est interdit aux particuliers, à l’air libre comme dans un incinérateur de jardin, et passible d’une amende de 750 €, rappelle Service-Public.fr (page vérifiée le 26 février 2025). Un tas de branches allumé en novembre est aussi le pire piège pour un hérisson endormi dessous.

Laisser les fleurs fanées et les tiges sèches jusqu’au printemps

Couper toutes les vivaces au ras du sol à l’automne prive le jardin de deux ressources. D’abord les graines : la LPO conseille de « laisser sur pied les chardons, cardères, tournesols », qui nourrissent longtemps les oiseaux granivores. Chardonnerets et moineaux viennent picorer les têtes sèches tout l’hiver. Ces graines sur pied complètent utilement une mangeoire, si vous avez décidé de donner à manger aux oiseaux cet hiver.

Chardonneret élégant perché sur une tête sèche de cardère, sur fond flou
Un chardonneret sur une cardère sèche, à la mi-octobre : les graines restées sur pied le nourrissent tout l’hiver. Photo : keith gallie / Wikimedia Commons

Ensuite les abris : les tiges creuses ou à moelle tendre (ronce, sureau, rosier, framboisier, fenouil) accueillent des insectes qui y pondent ou y passent l’hiver. La LPO Vienne recommande de garder les « plantes fanées sur pied ou en tas conservées jusqu’au printemps ». Les touffes d’herbes sèches et les feuilles restées au pied des vivaces servent, elles, de dortoirs aux coccinelles.

Ce qu’on peut quand même couper

  • Les plantes malades : feuillage couvert d’oïdium ou de rouille, fruits pourris. Retirez-les plutôt que de les laisser sur place.
  • Le potager : la LPO conseille d’y retirer les tiges sèches des plantes fanées, puis de laisser reposer le sol sans le retourner, pour ne pas perturber la microfaune.
  • Ce qui gêne un passage ou s’est couché sur une allée.
  • Un compromis : si l’aspect vous dérange devant la maison, coupez les tiges à mi-hauteur et posez-les en fagot au fond du jardin plutôt que de les jeter.

Haies et lierre : les baies restent, la taille attend l’hiver

Une haie taillée en octobre perd ses baies au moment où les oiseaux en ont le plus besoin. La LPO recommande de tailler arbres et arbustes en hiver, en novembre, décembre et janvier, après la chute des feuilles : les insectes sont en diapause, les oiseaux ne nichent pas, certains mammifères hibernent. Elle déconseille de tailler du 16 mars au 31 août ; l’OFB, de son côté, demande d’« oublier » la taille entre le 16 mars et le 15 août, pendant la nidification. Gardez aussi quelques parties hautes, utiles aux oiseaux pour se percher.

Ronces et buissons épineux ont leur place au fond du jardin. La LPO Vienne note que les épines de la ronce offrent « un havre de paix » aux oiseaux nicheurs comme le troglodyte et le rouge-gorge, fidèle du jardin en hiver, et que des insectes creusent la moelle de ses tiges pour y nicher. Si vous n’avez qu’une haie taillée au cordeau d’une seule essence, novembre et décembre sont justement les mois où se plantent les arbres et arbustes indigènes, rappelle la LPO : de quoi planter une haie champêtre aux essences variées.

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Le lierre, la dernière fleur de l’année

Le lierre fleurit de septembre à novembre, selon la fiche de gestion de la Ville de Montpellier, à une saison où les fleurs se font rares. Ses ombelles vert pâle attirent abeilles, papillons et autres pollinisateurs ; une abeille sauvage, la collète du lierre, ne s’observe qu’à l’automne sur ces fleurs, note la LPO Vienne. Ses baies noires mûrissent ensuite pendant l’hiver et nourrissent merles, grives et fauvettes à tête noire à la fin de la mauvaise saison, selon la LPO. Son feuillage persistant, enfin, abrite des insectes en hiver et les nids de plusieurs oiseaux. Laissez-le sur un vieux mur ou au pied d’un arbre en bonne santé : ses baies sont en revanche toxiques pour l’homme.

Trois abeilles collètes du lierre butinant les premières fleurs vertes d'un lierre, début septembre
Collètes du lierre sur les premières fleurs d’un lierre, en septembre, dans le Worcestershire (Angleterre). Photo : gailhampshire / Wikimedia Commons

L’hôtel à insectes : utile, mais en complément

C’est l’objet le plus vendu des « jardins refuges ». Il rend service, mais ne remplace pas le reste. L’OFB rappelle que 70 % des quelque 1 000 espèces d’abeilles sauvages de France nichent dans le sol : elles ont besoin de zones de terre nue, sans bâche ni paillage plastique, bien plus que de bûches percées. L’Office conseille de privilégier les abris naturels, tas de bois, arbres morts, tas de pierres ou de feuilles, plutôt que les hôtels du commerce.

Si vous en installez un, la fiche pratique d’Orléans Métropole donne des repères simples :

PointRepère
ExpositionEn plein soleil, orienté au sud ou au sud-est, dos aux vents dominants
HauteurEntre 20 et 80 cm au-dessus du sol
MatériauxBois brut non traité, ni peint ni aggloméré ; rondins de bois dur percés de trous de 4 à 10 mm ; tiges creuses fermées d’un côté (bambou, roseau) ; tiges à moelle (sureau, ronce)
Quand l’installerAvant la fin de l’hiver, pour qu’il soit habité dès mars ; ses occupants se diversifient sur plusieurs mois
EntretienChanger les garnitures humides ou moisies, ôter les toiles d’araignées
Source : Orléans Métropole, fiche pratique « La fabrication d’un hôtel à insectes » (2023) ; OFB.

Pour les coccinelles, la LPO propose une version minimale : une bûche percée d’une dizaine de trous de 8 mm de diamètre, posée à l’abri de la pluie.

Hôtel à insectes en bois à toit de tuiles, rempli de briques, rondins et pommes de pin, dans un jardin fleuri de Guémar en Alsace
Un hôtel à insectes près d’un bassin et d’un mur de pierres, dans un jardin de Guémar (Haut-Rhin). Photo : Palauenc05 / Wikimedia Commons

Les autres gestes de saison

  • Nettoyer les nichoirs : l’automne est le bon moment, une fois les nichées parties. La LPO demande de les vider complètement, de ne gratter que le fond et de porter gants et masque. C’est aussi le moment de poser un nouveau nichoir : les mésanges commencent à visiter les cavités dès janvier.
  • Sécuriser les points d’eau : une piscine ou un bassin à bords lisses noie les hérissons, qui nagent mais ne remontent pas. Le Parc du Mercantour conseille une planche à tasseaux immergée en rampe. Une mare à pentes douces, elle, accueille grenouilles et insectes.
  • Pas de produits chimiques : depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ne peuvent plus acheter, stocker ni utiliser de pesticides de synthèse. Le Parc du Mercantour demande aussi de bannir les granulés anti-limaces, qui peuvent intoxiquer directement les hérissons.
  • Tondre moins, ou en mosaïque : l’OFB rappelle qu’une « pelouse rase est un désert pour la biodiversité ». Une bande d’herbes hautes laissée tout l’hiver sert d’abri aux insectes.

Le calendrier, d’octobre au printemps

MoisAu jardinPourquoi
OctobreRatisser seulement allées et pelouse ; former le tas de feuilles ; laisser les fleurs fanées ; nettoyer les nichoirs videsLes animaux cherchent leurs abris d’hiver
NovembreMonter ou recharger le tas de branches, puis ne plus y toucher ; planter arbres et arbustes indigènes ; commencer la taille des haiesLe hérisson entre en hibernation, généralement en novembre selon la LPO ; c’est la saison de plantation des essences indigènes
Décembre – janvierTailler les haies et arbustes si besoin ; laisser tas, tiges et feuilles en paix ; installer l’hôtel à insectes et les nouveaux nichoirsLa petite faune est en repos, les oiseaux ne nichent pas
Février – marsPatienter : tiges et tas restent en place ; finir les plantations avant les feuillesUn hôtel posé avant la fin de l’hiver peut être habité dès mars
PrintempsRabattre les vivaces, couper les tiges sèches et les poser en fagot ; inspecter les herbes hautes avant la première tonteCe qui hivernait est reparti ; plus de taille du 16 mars à l’été
Repères généraux d’après la LPO, l’OFB et le Parc national du Mercantour ; les dates varient avec la région, l’altitude et la météo de l’année.

Au printemps, nettoyer sans tout détruire

Le jardin d’automne se « range » au printemps, quand la végétation repart. Rabattez alors les vivaces, mais laissez les tiges coupées en fagot ou en tas quelques semaines au fond du jardin : des insectes peuvent encore s’y trouver et sortiront d’eux-mêmes. Avant la première tonte, parcourez les zones d’herbes hautes, où un hérisson ou un orvet peut se cacher. Les feuilles des massifs, elles, auront en grande partie disparu dans le sol : c’est le signe que le tapis a fait son travail.

Un jardin d’automne pour la faune n’a pas besoin d’être grand. Un tas de feuilles sous la haie, un fagot de branches dans un angle et une rangée de tiges sèches laissées debout suffisent à transformer un petit terrain en refuge pour l’hiver.

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