Un nichoir posé au printemps a toutes les chances de rester vide la première année. Les mésanges, elles, repèrent leur futur site de nid dès l’automne, et certains oiseaux passent l’hiver à dormir dans ces cavités artificielles. Octobre et novembre sont donc le bon moment pour en installer un. Encore faut-il que le trou d’envol ait le bon diamètre, que la boîte soit à la bonne hauteur et tournée du bon côté : quelques millimètres ou quelques degrés décident de l’espèce qui s’installera, ou de l’absence de locataire.
L’essentiel : posez le nichoir dès l’automne ou au début de l’hiver (et au plus tard en mars). Percez un trou de 26 à 28 mm pour la mésange bleue, de 32 mm pour la mésange charbonnière et le moineau friquet. Fixez-le à 2 ou 3 mètres au moins, trou tourné vers l’est ou le sud-est, ni en plein soleil ni à l’ombre complète, sans perchoir. Nettoyez-le chaque année en septembre-octobre, jamais pendant la nidification.
Pourquoi un nichoir aide vraiment certains oiseaux
Le merle, le pinson ou le chardonneret construisent leur nid dans un arbre ou un buisson. Les mésanges, la sittelle, les moineaux ou les rougequeues, eux, ont besoin d’une cavité : un trou dans un vieil arbre, une fente dans un mur, un espace sous une toiture. On les dit cavicoles. Or ces cavités disparaissent : les arbres creux sont abattus, les vieux murs rejointoyés, les bâtiments rénovés sans recoins. La LPO le résume ainsi : même quand la nourriture ne manque pas, un jardin peut ne plus offrir de site où nicher. Le nichoir remplace cette cavité manquante.
Il ne sert qu’aux oiseaux qui trouvent déjà de quoi se nourrir autour : un nichoir pour la sittelle n’a de sens que près de grands arbres, un nichoir pour mésanges que dans un jardin avec des haies, des arbustes ou un verger.
Quand installer un nichoir : dès l’automne
Les fiches Refuges de la LPO donnent la même période : « dès l’automne ou au début de l’hiver ». Deux raisons. D’abord, les mésanges « recherchent très tôt les sites favorables » : un nichoir présent en hiver a le temps d’être repéré, visité, puis défendu avant la ponte. Ensuite, certains oiseaux s’en servent comme dortoir par les nuits froides ; la LPO cite le troglodyte mignon. Un nichoir posé en octobre peut donc être utile bien avant le printemps.
Vous avez laissé passer l’automne ? Rien n’est perdu. La LPO Auvergne-Rhône-Alpes rappelle qu’un nichoir peut se poser toute l’année, et la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux estime qu’il est « encore possible » d’en installer un jusqu’en mars pour la saison de nidification. Simplement, plus la pose est tardive, plus les chances d’occupation la première année diminuent. Et un nichoir déjà en place se nettoie justement à cette saison, avant l’arrivée des nouveaux occupants (voir plus bas).
Pendant les grands froids, le nichoir ne remplace pas la nourriture et l’eau : les oiseaux souffrent aussi du froid, et un abri sec pour la nuit n’est qu’une partie de ce qui les aide à passer l’hiver.

Quelle taille de trou pour quel oiseau
Le diamètre du trou d’envol est le réglage qui compte le plus : il laisse entrer l’espèce visée et ferme la porte aux plus grosses. Le tableau ci-dessous reprend les dimensions de la fiche Refuges LPO « Nichoirs pour les passereaux ». Le fond intérieur est la surface au sol de la boîte, la distance trou-fond se mesure entre le bas du trou et le plancher.
| Espèce | Trou d’envol | Type de nichoir | Fond intérieur | Distance trou-fond | Hauteur de pose |
|---|---|---|---|---|---|
| Mésange noire | 25 à 27 mm | Fermé (boîte) | 10 × 10 cm | 11 cm | 2 à 4 m |
| Mésange bleue | 26 à 28 mm | Fermé (boîte) | 13 × 13 cm | 17 cm | 2 à 5 m |
| Mésange charbonnière, moineau friquet | 32 mm | Fermé (boîte) | 14 × 14 cm | 17 cm | 2 à 6 m |
| Moineau domestique | 32 à 40 mm | Fermé (boîte) | 14 × 14 cm | 17 cm | 3 à 8 m |
| Rougequeue à front blanc | Ovale : 32 mm de large, 46 mm de haut | Fermé (boîte) | 14 × 14 cm | 17 cm | 1,5 à 4 m |
| Sittelle torchepot, étourneau sansonnet | 46 à 50 mm | Fermé (boîte) | 18 × 18 cm | 21 cm | 4 m au moins (8 à 12 m) |
| Rougequeue noir, rougegorge, troglodyte, bergeronnette grise, gobemouche gris | Grande ouverture en façade | Semi-ouvert | — | — | 1,5 à 3 m, de préférence sur un mur |
28 ou 32 mm : le choix qui décide de tout
Pour un premier nichoir de jardin, l’hésitation porte presque toujours sur ces deux diamètres. Un trou de 32 mm accueille la mésange charbonnière, mais aussi toutes les mésanges plus petites : la Ligue belge l’appelle le « diamètre universel ». Un trou de 26 à 28 mm, lui, réserve la place aux petites mésanges (bleue, noire, nonnette, huppée) : la charbonnière, plus grosse, ne peut plus entrer et ne leur dispute pas la cavité. Si vous posez deux nichoirs, prévoyez-en un de chaque.
Percez net, avec une scie cloche ou une mèche plate du bon diamètre, et mesurez avant de percer : on ne réduit pas un trou trop grand. La LPO conseille aussi une plaque métallique autour du trou, qui empêche pics, lérots et écureuils de l’agrandir pour atteindre la nichée.

Les rougequeues : deux espèces, deux nichoirs
Le rougequeue noir ne niche pas dans une boîte à petit trou : il lui faut un nichoir semi-ouvert, dont la façade n’est fermée qu’à moitié, posé contre un mur entre 1,5 et 3 mètres. Le rougequeue à front blanc utilise un nichoir fermé, mais avec un trou ovale de 32 mm de large sur 46 mm de haut. C’est un migrateur qui passe l’hiver en Afrique et ne revient qu’en avril : un nichoir posé à l’automne sera prêt pour son retour.
Les moineaux nichent en colonie
Contrairement aux mésanges, le moineau domestique, le moineau friquet et l’étourneau sansonnet peuvent nicher en colonie : selon la LPO, leurs nichoirs peuvent être posés les uns à côté des autres. Pour le moineau domestique, visez haut : 3 à 8 mètres, par exemple contre une façade.

Où le placer : hauteur, orientation, support
Un nichoir bien construit mais mal placé reste vide. Les conseils de la LPO tiennent en quelques règles.
- Hauteur : en règle générale 2 à 3 mètres au moins pour les mésanges, davantage pour le moineau domestique et la sittelle (voir le tableau). La hauteur sert surtout à mettre la nichée hors de portée des chats.
- Orientation : le trou d’envol à l’opposé des vents dominants ; la LPO conseille l’est-sud-est. Le nichoir est ainsi abrité de la pluie et de la chaleur de l’après-midi.
- Lumière : « jamais en plein soleil ou à l’ombre complète ». En plein soleil, la boîte devient trop chaude.
- Inclinaison : légèrement penché vers l’avant, pour que la pluie ne rentre pas par le trou.
- Environnement : un endroit calme, avec des arbres ou des buissons à proximité. Les oiseaux approchent du nichoir par étapes, de perchoir en perchoir, pour vérifier qu’aucun prédateur ne les suit.
Sur un arbre ou sur un mur
Les deux conviennent. Sur un arbre, évitez un tronc couvert de mousse, signe d’humidité, et les branches de peuplier ou de bouleau, fragiles et cassantes. Pour ne pas blesser l’arbre, la LPO conseille de visser une barre de fixation au dos du nichoir, puis de l’attacher avec du fil électrique gainé, en glissant un morceau de bois entre le tronc et le fil. Sur un mur, évitez le haut du mur (le faîte), qui sert de chemin aux chats.
Combien de nichoirs, et à quelle distance
La plupart des oiseaux défendent un territoire contre leurs congénères. Multiplier les nichoirs identiques (même modèle, même trou) à quelques mètres les uns des autres ne sert à rien. La LPO donne des distances minimales entre deux nichoirs identiques :
- 15 à 20 m pour la mésange bleue et le gobemouche gris ;
- 40 à 50 m pour la mésange charbonnière ;
- 70 à 80 m pour le rougequeue à front blanc et la sittelle torchepot ;
- 200 m pour la bergeronnette grise.
Dans un jardin ordinaire, cela veut dire : un nichoir à 32 mm, un à 28 mm, éventuellement un semi-ouvert sur un mur, plutôt que trois boîtes identiques.
Les erreurs qui font fuir les oiseaux
- Le perchoir sous le trou. Les oiseaux n’en ont pas besoin et il aide les prédateurs à se tenir devant l’entrée. Sciez-le.
- Un intérieur peint, verni ou raboté. L’intérieur doit rester brut : les jeunes s’agrippent aux aspérités du bois pour sortir. Si le bois est trop lisse, la LPO conseille de tracer des rainures horizontales à l’intérieur.
- Une peinture ou un traitement à l’extérieur. Les produits peuvent être répulsifs, voire toxiques. Laissez le bois se patiner, ou passez de l’huile de lin ou de la cire d’abeille.
- Un mauvais matériau. Contreplaqué ordinaire et aggloméré gonflent à l’humidité ; le métal et le plastique favorisent la condensation. N’utilisez pas de planches de moins de 1 cm d’épaisseur.
- Garnir l’intérieur ou y mettre à manger. Ne mettez rien dedans : les oiseaux apportent eux-mêmes mousse, poils et plumes. La nourriture se donne ailleurs, à la mangeoire.
- Ouvrir le nichoir pour regarder. Pendant la nidification, les parents risquent d’abandonner la nichée. Observez de loin, aux jumelles.
- Oublier le chat. Même bien nourri, il chasse. La LPO suggère un collier à grelots ou une collerette colorée, et de le garder à l’intérieur la nuit.
Et si rien ne se passe ? La première année, c’est fréquent. Si le nichoir est toujours vide après deux ou trois ans, la LPO conseille de revérifier tous ces points, puis de le déplacer.
Entretien et nettoyage : une fois par an, en septembre-octobre
Un vieux nid entretient parasites et maladies d’une couvée à l’autre. La LPO recommande donc de vider et nettoyer le nichoir chaque année, après la saison de reproduction, idéalement en septembre-octobre. Plus tôt, une seconde nichée peut encore être en cours ; plus tard, le nichoir risque d’être occupé par des hôtes d’hiver : la LPO cite les chauves-souris, le loir, le lérot, les guêpes et autres hyménoptères.
- Ouvrez le toit ou la façade (une des deux parties doit être amovible) et vérifiez que le nichoir est vide de tout occupant.
- Retirez tous les matériaux du vieux nid, avec des gants.
- Brossez l’intérieur à la brosse métallique.
- Si le nichoir est très sale ou infesté : un passage d’eau bouillante, puis 24 heures de séchage à l’air ; la LPO mentionne aussi le chalumeau ou un badigeon d’essence de thym ou de serpolet. Pas de produit chimique.
- Réparez une planche fendue, resserrez la fixation, puis refermez.
Cette règle de calendrier a aussi une raison légale. Les mésanges, les moineaux domestique et friquet, les rougequeues et la sittelle sont protégés par l’arrêté du 29 octobre 2009, qui interdit « la destruction intentionnelle ou l’enlèvement des œufs et des nids » ainsi que la perturbation intentionnelle des oiseaux, notamment pendant la reproduction. Retirer un nid abandonné à l’automne fait partie de l’entretien ; ouvrir ou vider un nichoir occupé au printemps, non.
Fabriquer un nichoir simple : le plan de la LPO
Le nichoir « boîte aux lettres » est, selon la LPO, le plus facile à construire, et il convient à de nombreuses espèces. La LPO Auvergne-Rhône-Alpes diffuse un plan de nichoir à passereaux à toit pivotant, dont voici les cotes.
| Pièce | Nombre | Dimensions (largeur × hauteur) |
|---|---|---|
| Côtés | 2 | 15 × 20 cm |
| Façade (avec le trou d’envol) | 1 | 15 × 20 cm |
| Plancher | 1 | 15 × 16,5 cm |
| Toit | 1 | 15 × 20 cm |
| Dos (dépasse pour la fixation) | 1 | 15 × 30 cm |
Le montage suit quatre étapes : visser la façade contre les deux côtés, puis le plancher sous les deux côtés et la façade, puis le dos contre les deux côtés, enfin le toit. Avec des planches de 1,5 cm, l’intérieur mesure 12 cm de large, le minimum que demande la LPO pour la surface au sol. Le trou se perce en haut de la façade : 28 mm pour la mésange bleue, 32 mm pour la charbonnière, 35 mm pour le moineau selon ce plan, en gardant au moins 15 cm entre le trou et le plancher.
Quelques conseils de la fiche Refuges LPO complètent le plan :
- choisissez un bois qui résiste à l’humidité : mélèze, pin, cèdre rouge ou chêne ; l’épaisseur idéale est de 2 cm, jamais moins de 1 cm ;
- assemblez avec des vis galvanisées plutôt qu’avec des clous ;
- percez quelques trous d’environ 5 mm dans le plancher, pour l’aération et l’écoulement de l’eau ;
- gardez une partie démontable (ici le toit pivotant) pour le nettoyage d’automne ;
- pas de perchoir.
Sans outils ni planche, la LPO propose un nichoir de fortune : un pot de fleurs en terre cuite d’environ 15 cm de diamètre, dont on agrandit le trou d’écoulement au diamètre voulu, solidement fixé contre un mur ou une poutre. En cassant la moitié du fond, on obtient un nichoir semi-ouvert pour le rougequeue noir ou le rougegorge.

Suivre ses locataires sans les déranger
Le plaisir du nichoir, c’est de voir les allées et venues : construction du nid, couvaison, nourrissage des poussins, puis premières sorties des jeunes. Tout cela s’observe de loin, aux jumelles, depuis une fenêtre ou un coin du jardin. N’ouvrez le nichoir qu’après le départ des jeunes.
Vos observations peuvent aussi servir à la recherche. L’Observatoire des oiseaux des jardins, porté par la LPO et le Muséum national d’Histoire naturelle dans le cadre du programme Vigie-Nature, invite chacun à compter les oiseaux de son jardin ou de son balcon, en particulier lors des deux comptages nationaux de janvier et de mai. Et si vous vous intéressez aux voyageurs, comme le rougequeue à front blanc, la migration des oiseaux en baie de Somme montre l’autre versant de leur année.
Pour cet automne, le programme est simple : un nichoir à 28 mm et un à 32 mm, fixés à 2 ou 3 mètres, tournés vers l’est ou le sud-est, sans perchoir. Ils ont tout l’hiver pour être découverts.