Fin octobre, il n’est pas rare de croiser un hérisson qui fouille la pelouse à la tombée de la nuit, voire en plein après-midi. Il fait ses réserves : il lui faut assez de graisse pour tenir jusqu’au printemps. Un jardin peut l’y aider, avec un abri, un passage vers les jardins voisins et quelques précautions. Le nourrir, lui, ne se fait que dans un cas précis.
L’essentiel : laissez un tas de feuilles ou de bois tranquille, ouvrez un passage d’au moins 10 cm dans votre clôture et rangez débroussailleuse et robot tondeuse dès le crépuscule. Jamais de lait ni de pain. Ne nourrissez qu’un jeune trop léger à l’approche de l’hiver, avec de la pâtée pour chat et de l’eau. Un hérisson qui erre de jour en plein hiver, qui titube ou qui est blessé : appelez un centre de soins de la faune sauvage avant de le déplacer.
Comment le hérisson passe l’hiver
Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) mange surtout des insectes, des vers et des limaces ; faute de proies, il hiberne, de novembre à février selon la Clinique de la faune sauvage de l’École nationale vétérinaire de Toulouse, plus longtemps là où l’hiver dure. D’après la LPO, il entre en léthargie quand la température descend sous 10 °C, dans un nid de feuilles et de mousse caché sous un tas de bois, une haie, des ronces ou au fond d’une remise. Sa température corporelle passe d’environ 35,4 °C à 4 °C.
Ce sommeil n’est pas continu. Quand il fait trop froid, le hérisson se réchauffe et se réveille un moment ; dérangé, il peut changer de nid. Chaque réveil puise dans ses réserves, et la LPO rappelle que ces réveils répétés peuvent lui être fatals. Au printemps, il a perdu environ 30 % de son poids.
| Période | Ce que fait le hérisson | Ce que vous pouvez faire |
|---|---|---|
| Septembre – octobre | Il fait ses réserves ; les jeunes des portées tardives sont encore légers. | Installer l’abri, ouvrir les passages, garder un coin de feuilles mortes. Nourrir seulement un jeune trop léger. |
| Novembre | Il entre en hibernation avec les gelées qui durent, souvent dès la mi-novembre. | Ne plus déplacer les tas de bois et de feuilles, ne pas les brûler. |
| Décembre – février | Il dort, avec des réveils ; il peut sortir brièvement lors d’un redoux. | Le laisser tranquille. Surveiller un hérisson qui reste dehors plusieurs jours de suite. |
| Mars – avril | Il se réveille pour de bon, au plus tard en avril, amaigri. | Laisser une coupelle d’eau. Inspecter les herbes hautes avant la première tonte. |

Quel poids pour passer l’hiver ? Le cas des jeunes de l’automne
Les petits naissent de mi-mai à mi-octobre, selon la LPO, et une femelle peut avoir deux portées dans l’année. Les jeunes de la seconde n’ont parfois que quelques semaines pour grossir avant les premiers froids : ce sont eux qui ont le plus besoin d’un coup de main.
Le seuil le plus souvent cité est de 600 grammes. La Station de soins pour la faune sauvage du canton de Fribourg écrit que les hérissons « ne peuvent pas hiberner si leur poids est inférieur à 600 g », selon l’altitude et la météo. La Fondation Pro Biodiversité, en Suisse, compte parmi les hérissons à aider « les jeunes qui pèsent moins de 600 g trouvés à la fin de l’automne ou en hiver ».
Ce chiffre n’est pas absolu : la Clinique de Toulouse prévient qu’un hérisson en bonne santé, « même s’il ne pèse que quelques centaines de grammes », peut passer l’hiver dans le sud de la France, les seuils en circulation venant de pays aux hivers plus rudes. Un jeune un peu léger mais vif n’a donc pas à être ramassé : il lui faut d’abord un abri.
Pour repère, un adulte mesure 20 à 30 cm et pèse de 800 g à 1,2 kg. Un hérisson trop maigre a une silhouette allongée et un pli dans la nuque. En cas de doute, la décision revient au centre de soins.

Lui offrir un abri pour l’hiver
Le hérisson n’est pas exigeant : un tas de feuilles mortes au pied d’une haie, des branchages, un roncier ou un tas de bûches lui suffisent souvent. Avant de nettoyer le jardin, gardez au moins un de ces refuges, et n’y touchez plus à partir de novembre. D’autres gestes de saison sont réunis dans notre guide un jardin d’automne accueillant pour la faune.
Les abris faits maison
- La caisse retournée, couverte de feuilles, avec une entrée de 10 à 12 cm de diamètre (10 cm au plus pour le Service public de Wallonie, 12 cm pour la station de Fribourg). Une entrée étroite tient chats et renards à distance.
- Les parpaings : quatre parpaings en carré de 30 à 40 cm de côté, près d’une haie ou dessous, une planche pour toit et une bâche lestée de pierres.
- Le bois de chauffage : en empilant les bûches, intercalez-en quelques-unes en travers pour ménager une cavité au cœur du tas.
- Le gîte en bois : contreplaqué d’extérieur d’au moins 1,5 cm, une chambre et un couloir d’entrée qui arrête prédateurs et chiens, un toit amovible pour le nettoyage, un tuyau étroit à l’arrière pour l’aération. Couvrez-le de branchages et de feuilles.
Ne faites pas l’abri trop petit : une femelle peut y élever jusqu’à six jeunes et doit pouvoir se coucher près d’eux. Une chambre de 30 à 40 cm de côté est un bon repère.
Où l’installer
Choisissez un endroit calme, loin des chiens et des chats, à l’abri du vent, du soleil direct et de la pluie : contre un mur ou sous une haie, l’entrée au sud-est si possible, conseille la LPO. Ne mettez rien à l’intérieur : le hérisson apporte ses matériaux, pourvu qu’il trouve des feuilles mortes à proximité. Évitez le milieu de la pelouse : très craintif, il n’aime pas traverser un espace à découvert.
Pour savoir si l’abri est occupé sans l’ouvrir, posez à l’entrée une boule de papier journal : si elle a été poussée au matin, quelqu’un est passé. Un gîte occupé ne s’ouvre pas avant le printemps.
Ouvrir des passages dans les clôtures
Un hérisson parcourt de 0,5 à 3 km par nuit, selon la Clinique de la faune sauvage de Toulouse. Un jardin clos de tous côtés ne lui sert à rien, et beaucoup se blessent sur les grillages en cherchant à passer.
| Situation | Solution | Taille conseillée |
|---|---|---|
| Grillage ou clôture en bois | Découper une ouverture au ras du sol ou relever le bas de la clôture | Au moins 10 cm (LPO) ; 12 × 12 cm à 13 × 13 cm selon les associations suisses et britanniques |
| Mur plein | Retirer une brique au pied du mur | Même ouverture, trop petite pour la plupart des chiens et des chats |
| Clôture haute enterrée | Passer un tuyau en tunnel dessous | 20 cm de diamètre |
| Marche, muret, bordure | Ajouter une petite rampe ou des pierres en escalier | Une marche lisse de plus de 20 cm l’arrête |
| Limite avec une route | Laisser la clôture fermée de ce côté | Pas d’ouverture |
Parlez-en à vos voisins : un passage ne sert que s’il débouche sur un autre jardin ouvert. Une haie, elle, laisse passer le hérisson : voyez notre guide pour planter une haie champêtre.

Le nourrir à l’automne : quand, quoi, et ce qu’il ne faut jamais donner
En temps normal, un hérisson trouve seul ses proies, et le nourrir toute l’année le rend dépendant. La LPO réserve donc le nourrissage à deux cas : une disette prolongée (sécheresse, canicule) et un jeune à l’approche de l’hiver ; la LPO Provence-Alpes-Côte d’Azur déconseille même tout nourrissage, hormis l’eau. Pour un jeune trop léger, la station de Fribourg conseille d’aider dès octobre.
| À proposer | À ne jamais donner |
|---|---|
| Pâtée pour chat riche en viande | Lait et produits laitiers : il ne les digère pas, la diarrhée peut le tuer |
| Croquettes pour chat ou pour chien, à la viande (poulet) | Pain : la LPO l’associe au lait parmi les causes de diarrhées mortelles |
| Eau fraîche dans une coupelle plate et lourde, changée chaque jour | Bière, même pour piéger les limaces : ivre, il perd le réflexe de se mettre en boule |
Servez le soir, jamais en journée : les mouches pondent sur la nourriture et sur les animaux affaiblis. Lavez la coupelle à chaque repas, car beaucoup de hérissons sont épuisés à l’automne et sensibles aux bactéries. Ces règles rappellent celles de la mangeoire ; si vous nourrissez aussi les oiseaux, notre guide nourrir les oiseaux en hiver détaille quand commencer et quand s’arrêter.

Les dangers du jardin, et comment les éviter
Face au danger, le hérisson ne fuit pas : il se met en boule, ce qui ne le protège ni d’une lame ni d’un feu. La fiche « Favoriser le hérisson » du Service public de Wallonie chiffre ainsi les causes de mortalité : pesticides, directement ou par les proies empoisonnées (26 %), routes (25 %), animaux coincés dans un fossé ou un piège (13 %), noyades (10 %).
Robots tondeuses et débroussailleuses
La Fondation Pro Biodiversité note que depuis l’essor des débroussailleuses à fil et des robots tondeuses, de nombreux hérissons sont « grièvement blessés ou tués par ces appareils », surtout les jeunes. Faites tourner le robot en journée, jamais au crépuscule ni la nuit, et choisissez un modèle équipé d’une protection pour les petits animaux. Pas de débroussailleuse sous les haies et les buissons, où les hérissons se reposent le jour. Avant de faucher des herbes hautes, inspectez à la main, et retournez le compost à la pelle plutôt qu’à la fourche.
Feux de feuilles, piscines et pièges
- Tas de feuilles et de branches : ne les brûlez pas ; fermez les sacs de déchets verts, où un hérisson peut se glisser.
- Piscines et bassins : il nage bien mais s’épuise contre les parois lisses. Fixez une planche rugueuse ou un grillage incliné, à demi immergé, et laissez cette rampe même bassin vide.
- Trous : couvrez regards, fosses et sauts-de-loup d’un grillage, bouchez les tuyaux, ramassez boîtes de conserve et fils de fer.
- Filets : posé au sol, un filet de potager ou d’arbre fruitier se referme sur ses piquants. Tendez-le au-dessus du sol ou retirez-le.
Anti-limaces et pesticides
Le hérisson mange les limaces : les granulés anti-limaces et anti-fourmis l’empoisonnent, directement ou par ses proies. La Clinique de la faune sauvage de Toulouse demande de proscrire « tout pesticide ou produit anti-limace ». Pour protéger le potager, la LPO propose des barrières de cendre, de marc de café, de sable, de coquilles d’œufs pilées ou d’aiguilles de pin. Jamais de produit antipuces sur un hérisson : la LPO PACA le juge mortel. Et pendant que vous équipez le jardin, pensez à installer un nichoir pour les oiseaux en même temps que l’abri.
Un hérisson dehors en plein jour, en hiver : que faire ?
Le voir de jour n’est pas toujours mauvais signe : autour de l’hibernation, certains sortent pour manger ou chercher un nouveau nid après avoir été dérangés. Mais pour la Clinique de la faune sauvage de Toulouse, un hérisson découvert en pleine journée « doit être actif et vigoureux ».
| Ce que vous voyez | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| Hérisson qui hiberne dans le garage, un pot de fleurs, sous une terrasse | Situation normale : ne pas le déranger ni le déplacer |
| Hérisson actif de jour, qui marche normalement et file se cacher | Observer de loin, ne pas intervenir |
| Hérisson immobile en pleine journée | L’observer une heure sans le déranger, pour voir s’il se déplace |
| Hérisson qui erre de jour plusieurs jours de suite en plein hiver, maigre, apathique, qui titube ou se met mal en boule | Appeler un centre de soins |
| Hérisson blessé, ou couvert de mouches, d’œufs ou de larves | Urgence : le protéger des mouches et appeler un centre de soins |
- Appelez avant de le prendre. Le centre le plus proche figure sur la carte du Réseau des centres de soins de la faune sauvage. Comme le rappelle la LPO PACA, seul un centre peut dire si l’animal doit être pris en charge.
- Si on vous demande de le récupérer, prenez-le avec des gants épais ou une serviette et placez-le dans un carton percé de trous, garni de papier journal et d’un tissu polaire, couvert d’un linge contre les mouches. Gardez-le dans une pièce calme, loin des enfants et des animaux.
- Ne le nourrissez pas et ne le faites pas boire de vous-même : la LPO prévient que cela peut aggraver son état. Suivez les consignes du centre.
- Emmenez-le sans détour. La loi autorise un particulier à conduire un animal protégé en détresse vers un centre de sauvegarde « dans les plus brefs délais et par l’itinéraire le plus direct ». Le garder pour le soigner soi-même est interdit.
Ne relâchez jamais un hérisson ailleurs que là où il a été trouvé, et jamais en forêt : il est très attaché à son territoire et vit surtout près des habitations.
Une espèce protégée, et désormais « quasi menacée »
Le hérisson d’Europe figure à l’article 2 de l’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés. Il est interdit, partout et en tout temps, de le détruire, de le mutiler, de le capturer, de l’enlever ou de le perturber intentionnellement. La protection s’étend à ses sites de reproduction et à ses aires de repos : détruire un nid occupé ou un gîte d’hibernation est une infraction, punie de prison et d’amende par le code de l’environnement (article L415-3).
Son statut s’est aussi dégradé. En octobre 2024, l’UICN l’a fait passer de « préoccupation mineure » à « quasi menacé » sur sa Liste rouge mondiale, en raison d’une baisse des populations estimée à plus de 30 % et du recul de ses habitats. En France, la Liste rouge de 2017 le classe encore en « préoccupation mineure », mais la Société française pour l’étude et la protection des mammifères souligne que le pays manque de suivis et que les rares données montrent une forte baisse dans les campagnes.
Pour en savoir plus, la fiche « Hérisson d’Europe » de la LPO résume sa biologie, les menaces et la conduite à tenir quand on en trouve un.
