Sommaire
- Le cri du pic vert : un rire qui porte loin
- Les autres cris : en vol et en alerte
- Le pic vert tambourine-t-il ?
- Le chant de la femelle
- Reconnaître le pic vert
- Mâle, femelle et jeune : regardez la moustache
- Pic vert, pic cendré, pic épeiche, pic noir : ne pas les confondre
- Un pic qui mange au sol : le mangeur de fourmis
- Où et quand observer le pic vert en France
- Le pic vert au jardin : l'accueillir sans rien acheter
- Des trous dans la pelouse ?
- Les autres pics de France en bref
- Statut et protection du pic vert
- Crédits photos et sons
Un grand rire sonore qui dégringole depuis la cime d’un arbre, puis un oiseau vert et jaune qui s’envole en festons au-dessus de la pelouse : c’est le pic vert, que beaucoup appellent pivert. On l’entend bien plus souvent qu’on ne le voit, et c’est pourtant l’un des pics les plus faciles à observer en France, parce qu’il passe une bonne partie de son temps au sol, à chercher des fourmis.
L’essentiel : le pic vert mesure 30 à 36 cm, porte un dos vert, une calotte rouge et un masque noir ; le mâle a une moustache rouge bordée de noir, la femelle une moustache toute noire. Son cri est un « rire » fort et répété, surtout lancé de la fin de l’hiver au printemps. Il vit partout en France dans les parcs, vergers, bocages et grands jardins, et se nourrit surtout de fourmis, qu’il cherche au sol.

Le cri du pic vert : un rire qui porte loin
Le son le plus connu du pic vert ressemble à un éclat de rire. La LPO le décrit comme des « cris forts et ricanants, en longues séries », qu’elle transcrit « kiu-kiu-kiuk ». À l’oreille, c’est une même note claire, répétée une dizaine de fois à un rythme rapide, qui baisse un peu en hauteur et en force vers la fin. Il porte loin, et on l’entend souvent sans voir l’oiseau, perché haut dans un arbre ou caché derrière une haie. C’est ce rire qui a valu au pic vert, en anglais, le surnom de yaffle.
Ce « chant » sert, comme celui des passereaux, à dire à ses voisins que le territoire est occupé et à attirer un partenaire. Il devient fréquent dès que les jours rallongent, à la fin de l’hiver, et culmine au printemps, au moment où les couples se forment et creusent leur loge. Le reste de l’année, on entend surtout des cris isolés.
Les autres cris : en vol et en alerte
En dehors du rire, le pic vert lance un cri bref et sonore, une sorte de « kiak » émis seul ou répété trois ou quatre fois, souvent au moment où il décolle et file en vol onduleux. Inquiet, face à un chat ou à un rapace, il pousse une série plus aiguë, plus hachée et plus pressée que le rire territorial. Au nid, les jeunes réclament la nourriture par un bourdonnement continu, audible au pied de l’arbre en mai et juin.
Le pic vert tambourine-t-il ?
Rarement. C’est la différence la plus utile avec le pic épeiche : celui-ci marque son territoire en tambourinant sur une branche sèche, alors que le pic vert le fait surtout à la voix. Selon la LPO, son tambourinage, quand il existe, est « rare, rapide et grave », dure environ 1,5 seconde, et son rôle de signal territorial n’a pas pu être prouvé. Si vous entendez au printemps de courtes rafales sèches répétées contre un tronc, pensez d’abord au pic épeiche ; un roulement long et puissant, à plus de deux secondes, signe plutôt le pic noir.
Le chant de la femelle
Le rire de printemps est surtout le fait du mâle, mais la femelle lance elle aussi des séries de cris, en général moins fortes. Les ouvrages ne s’accordent pas sur la part de chacun, et l’oreille ne suffit pas à les distinguer : pour savoir qui chante, il faut voir l’oiseau et regarder sa moustache.
Reconnaître le pic vert
Le pic vert a à peu près la taille d’un geai. Le dessus est vert, le dessous plus pâle, gris-vert, et le croupion jaune-vert se voit très bien quand il s’envole. La calotte est rouge vif, le tour de l’œil noir, l’œil lui-même blanchâtre, et le bec long et pointu. Son vol est très onduleux : quelques battements d’ailes, puis une glissade ailes fermées, et ainsi de suite.
| Fiche d’identité | Pic vert |
|---|---|
| Taille | 30 à 36 cm, envergure 40 à 42 cm |
| Poids | 180 à 220 g |
| Signes distinctifs | Dos vert, calotte rouge, masque noir, croupion jaune-vert, vol onduleux |
| Milieux | Bois clairs, lisières, bocage, vergers, parcs et grands jardins |
| Présence | Toute l’année, sédentaire ; plus rare autour de la Méditerranée |
| Effectifs en France | 200 000 à 600 000 couples (estimation LPO-BirdLife, 2002) |
| Statut | Espèce protégée (arrêté du 29 octobre 2009) |
Mâle, femelle et jeune : regardez la moustache
Mâle et femelle se ressemblent presque en tout, avec la même calotte rouge. La différence tient à la « moustache », le trait qui part de la base du bec et descend sous la joue. Chez le mâle, elle est rouge au centre, cerclée de noir. Chez la femelle, elle est entièrement noire. Il faut une bonne vue ou des jumelles, mais l’oiseau, posé au sol sur une pelouse, laisse souvent le temps de regarder.
Le jeune de l’année est plus déroutant. Il a déjà la calotte rouge, mais son plumage est terne et couvert de taches et de stries sombres, sur la tête, les joues et le ventre. En fin d’été, ces jeunes mouchetés qui fouillent les pelouses font souvent croire à une autre espèce.

Pic vert, pic cendré, pic épeiche, pic noir : ne pas les confondre
Le seul vrai sosie du pic vert est le pic cendré, un peu plus petit, plus fin, à la tête et au ventre gris. Il n’a pas de masque noir autour de l’œil, seulement une fine moustache noire, et seul le mâle porte une petite tache rouge sur le front. Le pic cendré est devenu rare : il ne se maintient plus que dans le Grand Est, en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Centre-Val de Loire, et visite peu les jardins. Son chant est aussi un rire, mais plus lent, plus flûté et nettement descendant, comme plaintif.
Le pic épeiche, lui, est noir et blanc, avec du rouge sous la queue ; il est plus petit, tambourine beaucoup et vient volontiers aux mangeoires. Le pic noir est bien plus grand, de la taille d’une corneille, entièrement noir avec une calotte rouge. Mais à l’oreille, certains cris du pic vert au printemps évoquent ceux du pic noir, et l’inverse : c’est la principale source d’erreur quand on cherche l’auteur d’un cri en forêt.
| Pic vert | Pic cendré | Pic épeiche | Pic noir | |
|---|---|---|---|---|
| Taille | 30 à 36 cm | Environ 33 cm, plus fin | 23 à 26 cm | 45 à 48 cm |
| Couleurs | Vert, calotte rouge, masque noir | Vert, tête et ventre gris, pas de masque | Noir et blanc, rouge sous la queue | Tout noir, rouge sur la tête |
| Mâle / femelle | Moustache rouge et noire / toute noire | Tache rouge au front / pas de rouge | Tache rouge sur la nuque / pas de rouge | Calotte rouge du bec à la nuque / rouge seulement à l’arrière |
| Voix | Rire fort, régulier | Rire lent, flûté, descendant | « Kix » bref ; surtout tambourinage | « Kouik-kouik » au printemps, « krrû » en vol, « kliiié » posé |
| Tambourinage | Rare, environ 1,5 s | Mars-avril, longues séries | Bref, 0,4 à 0,8 s | Puissant, plus de 2 s, audible à près d’un kilomètre |
| Au jardin | Fréquent, au sol sur la pelouse | Rare | Fréquent, aux arbres et aux mangeoires | Rare, grands parcs boisés |
Pour comparer, voici le pic noir : chant montant en « kouik-kouik-kouik » qui accélère, « krrû » roulés en vol et long cri plaintif une fois posé.
Un pic qui mange au sol : le mangeur de fourmis
C’est ce qui rend le pic vert si différent des autres pics. Plutôt que de fouiller l’écorce, il cherche sa nourriture par terre, en progressant par petits bonds sur les pelouses, les prairies rases et les talus. La LPO le dit « myrmécophage » : il se nourrit surtout de fourmis et de leurs œufs. Il élargit l’entrée de la fourmilière avec son bec, puis plonge dans les galeries une langue longue et collante, qui peut dépasser la pointe du bec de plus de dix centimètres.
Il préfère les herbes courtes, où les fourmilières sont nombreuses et faciles d’accès. En Angleterre, une étude par radiopistage citée par le British Trust for Ornithology a montré que ses déplacements suivaient l’abondance de la fourmi jaune des prés (Lasius flavus), qui vit dans les prairies pâturées et les pelouses de jardin. C’est pour cela qu’on le voit si souvent au milieu d’un gazon, la tête dans l’herbe : il ne picore pas le gazon, il vide une fourmilière.
En hiver, quand les fourmis se terrent, il complète son menu par d’autres petits invertébrés et par quelques fruits et graines. Il vient rarement aux mangeoires, contrairement au pic épeiche.

Où et quand observer le pic vert en France
Le pic vert est commun dans presque toute la France et il est sédentaire : un couple reste sur le même secteur toute l’année. Il lui faut à la fois de vieux arbres pour creuser sa loge et des espaces ouverts pour se nourrir. On le trouve donc en lisière de bois de feuillus, dans le bocage, les vergers, les grands parcs urbains, les cimetières arborés et les jardins pourvus d’une pelouse. Il devient plus rare autour du bassin méditerranéen.
| Période | Ce qui se passe | Ce que vous pouvez observer |
|---|---|---|
| Fin de l’hiver (février-mars) | Les mâles se remettent à chanter, les couples se forment | Le rire, à toute heure de la journée ; poursuites autour des troncs |
| Mars-avril | Creusement de la loge, en 2 à 4 semaines | Copeaux frais au pied d’un arbre, coups de bec réguliers |
| Avril-mai | Ponte de 5 à 6 œufs, couvés par les deux parents | Un parent qui entre et sort discrètement du trou |
| Mai-juin | Éclosion après une quinzaine de jours, envol environ 25 jours plus tard | Jeunes bruyants au nid, puis jeunes mouchetés au sol |
| Été et automne | Jeunes indépendants, adultes plus discrets | Oiseaux au sol sur les pelouses, cris « kiak » en vol |
| Hiver | Recherche de nourriture plus difficile | Oiseau isolé fouillant une pelouse ou un talus |

Le pic vert est farouche. Pour l’observer, installez-vous en retrait, derrière une fenêtre ou une haie, et laissez-le venir sur la pelouse. Au printemps, repérez d’abord le rire, puis cherchez la silhouette à la cime d’un arbre isolé. Si vous trouvez une loge occupée, restez à bonne distance et ne vous attardez pas : un dérangement répété au nid peut faire échouer la nichée.
Le pic vert au jardin : l’accueillir sans rien acheter
Le pic vert n’a besoin ni de nichoir ni de mangeoire : il creuse lui-même sa loge, généralement une nouvelle chaque année, et trouve sa nourriture dans le sol. Ce qui le fait venir, c’est un jardin qui garde des fourmis et du vieux bois. Les fiches « Les oiseaux des jardins », publiées par la LPO et le Muséum national d’Histoire naturelle, résument les deux gestes clés : ne pas toucher aux fourmilières, et ne pas couper les vieux troncs dans lesquels il aime creuser son nid.
- Gardez les fourmilières : pas d’insecticide ni de produit anti-fourmis sur la pelouse ; les fourmis sont sa nourriture principale.
- Laissez une partie du gazon courte : c’est là qu’il trouve les fourmilières accessibles. Une zone fauchée ras à côté d’une bande de prairie plus haute convient aux deux mondes.
- Conservez les vieux arbres et le bois mort : un fruitier âgé, une branche morte, une vieille souche lui servent de garde-manger ou de site de nid, s’ils ne présentent pas de danger.
- En hiver, si vous voulez l’aider : posez à l’écart du poste de nourrissage principal quelques pommes coupées en deux ou des fruits secs, comme le suggèrent les fiches « Les oiseaux des jardins » ; il est trop farouche pour se mêler aux mésanges.
Ces gestes rejoignent ceux d’un jardin d’automne pensé pour la faune : feuilles mortes laissées au pied des haies, tas de bois, coins non tondus. Une haie champêtre d’essences locales lui offre en plus des perchoirs et des fruits en fin de saison.
Des trous dans la pelouse ?
De petits trous coniques dans le gazon, surtout près des fourmilières, sont souvent la signature du pic vert. Ils se referment d’eux-mêmes et ne menacent pas la pelouse. Quant aux arbres, le pic vert choisit pour creuser sa loge un bois tendre ou un tronc au cœur déjà abîmé ; il ne fait pas dépérir un arbre sain.
Les autres pics de France en bref
Le pic vert n’est que l’un des pics de France. Certains vivent près des maisons, d’autres seulement dans les vieilles forêts ou en montagne, comme les forêts anciennes que l’on retrouve à Brocéliande et dans d’autres grands massifs, présentés dans notre article sur les vieux arbres et forêts anciennes.
| Espèce | Taille | À retenir | Où en France |
|---|---|---|---|
| Pic épeiche | 23 à 26 cm | Le plus commun des pics noir et blanc ; tambourine beaucoup ; vient aux mangeoires (graisse, tournesol) | Partout, forêts, parcs et jardins |
| Pic épeichette | 14 à 16 cm | De la taille d’un moineau, sans rouge sous la queue ; « vulnérable » sur la liste rouge nationale de 2016 | Partout, en déclin |
| Pic mar | Un peu plus petit que l’épeiche | Calotte presque entièrement rouge, flancs finement striés ; ne tambourine pas a priori | Vieilles chênaies |
| Pic noir | 45 à 48 cm | Le plus grand ; cris puissants, tambourinage long | Montagnes puis plaines depuis les années 1950-1960, presque partout où il y a de grands arbres |
| Pic cendré | Environ 33 cm | Sosie gris du pic vert ; « en danger » sur la liste rouge nationale de 2016 | Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire |
| Pic de Sharpe | Proche du pic vert | Longtemps tenu pour une sous-espèce du pic vert, aujourd’hui considéré comme une espèce à part ; masque noir réduit | Extrême sud, dont les Pyrénées-Orientales |
| Pic à dos blanc | Plus grand que l’épeiche | Pic noir et blanc des vieilles forêts de montagne | Pyrénées seulement |
| Pic tridactyle | Proche de l’épeiche | Pic des forêts de conifères d’altitude, sans rouge chez la femelle | Savoie, Haute-Savoie, hauts du Jura |

Le pic cendré est le plus inquiétant de la liste : selon la LPO, son aire de répartition a reculé de 30 % depuis les années 1980 et ses effectifs de 40 % depuis 2003 ; la France n’en compterait plus que 1 000 à 4 000 couples. Le dossier de la LPO sur le pic cendré détaille les causes de ce déclin : vieux arbres qui disparaissent, insectes en baisse, concurrence du pic noir et du pic vert.
Statut et protection du pic vert
Le pic vert n’est pas menacé en France : la LPO estime sa population entre 200 000 et 600 000 couples, et la juge stable. Il est classé en « préoccupation mineure » sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine. Comme tous les pics de France, il est intégralement protégé par l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés.
Concrètement, l’arrêté interdit en tout temps de détruire ou d’enlever ses œufs et ses nids, de le capturer, de le blesser ou de le tuer, et de le perturber intentionnellement, notamment pendant la reproduction. Abattre en avril un vieil arbre où un couple a creusé sa loge revient à détruire un nid : si un arbre doit tomber, attendez la fin de l’été. Pour aller plus loin, la fiche Pic vert de la LPO réunit sa biologie et ses besoins.
Le pic vert reste dans votre jardin en hiver, au milieu des mésanges et des rouges-gorges que vous apprendrez à reconnaître au jardin en hiver. Tendez l’oreille dès février : le premier rire de l’année est l’un des signes les plus sûrs que le printemps approche.
Crédits photos et sons
- Photo : APictche, Forest-Montiers, Fr-80, Picus viridis, Pic-vert, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Photo : Charles J. Sharp, European green woodpecker (Picus viridis) female, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Photo : Marie-Lan Taÿ Pamart, Picus viridis JdP 20191218 140045, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
- Photo : Pierre-Marie Epiney, Pivert juvénile Picus viridis, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
- Photo : Florian Pépellin, Dendrocopos major près de Chambéry en soirée (avril 2020), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Son : Marie-Lan Taÿ Pamart, Picus viridis – European Green Woodpecker XC468402, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Son : Alexander Kurthy, Dryocopus martius – Black Woodpecker XC108340, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.



