Bouquetin aux cornes annelées dressé sur une dalle rocheuse en pente, au-dessus d'un éboulis, en Haute-Maurienne
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Où voir des bouquetins et des chamois en France

Un bouquetin sur une dalle rocheuse au-dessus de Lanslevillard, en Haute-Maurienne, un jour d'août. Photo : Pierre_Bn / Wikimedia Commons

Le bouquetin et le chamois se partagent les mêmes montagnes, mais ils ne vivent pas au même endroit ni au même rythme. Le premier, massif et peu farouche, se tient dans les rochers et les falaises. Le second, plus léger et plus craintif, passe de la forêt aux pelouses d’altitude. Il y a ensuite l’isard, le « chamois » des Pyrénées, qui forme une espèce à part. Savoir les distinguer, c’est déjà savoir où les chercher.

L’essentiel : le bouquetin ne vit que dans les Alpes (et, pour sa cousine ibérique, dans les Pyrénées depuis 2014). La Vanoise en abrite environ 3 000, la plus grande population de France. Le chamois est présent dans toutes les Alpes, le Jura, les Vosges et le Massif central, l’isard dans les six départements pyrénéens. Sortez tôt le matin, aux jumelles, au printemps ou en été ; le rut du bouquetin, de la fin novembre à la mi-janvier, est le grand rendez-vous de l’hiver.

Bouquetin, chamois, isard : trois animaux à ne pas confondre

Ce sont trois ruminants de la famille des bovidés, proches des chèvres, mais pas du même genre. Le bouquetin des Alpes (Capra ibex) est le plus lourd : un mâle pèse de 65 à 100 kg, soit à peu près le double d’une femelle, d’après la fiche de l’Office français de la biodiversité. Le chamois (Rupicapra rupicapra) et l’isard (Rupicapra pyrenaica) sont nettement plus fins ; l’isard, qui ne vit que dans les Pyrénées, est le plus petit des trois.

RepèreBouquetin des AlpesChamoisIsard
PoidsMâle 65 à 100 kg, femelle 35 à 50 kgBien plus léger que le bouquetin, silhouette élancéeMâle 21 à 37 kg, femelle 19 à 33 kg
CornesChez les deux sexes ; celles du mâle, très longues et massives, portent des bourrelets sur la face avant ; celles de la femelle sont courtes, sans bourreletsNoires, courtes, recourbées en crochet, chez les deux sexesMême forme que le chamois, 15 à 23 cm chez l’adulte
PelageFauve, plus sombre en hiver, ventre clair ; une seule mue, en mai-juinPlus clair l’été ; il fonce et s’épaissit à l’automneRoux-beige l’été ; brun foncé et beige l’hiver, avec une écharpe noire des oreilles aux pattes avant
Altitude habituelleSurtout au-dessus de 1 500 m, jusqu’à 3 500 mDe 1 000 à 2 500 m en moyenne dans les AlpesDe 1 000 à 2 500 m
RutFin novembre à mi-janvierNovembre-décembreNovembre-décembre
NaissancesFin mai à mi-juilletMai-juin15 mai au 15 juin
StatutProtégé en France depuis 1981, chasse interditeGibier soumis à un plan de chasseGibier soumis à un plan de chasse, protégé dans le cœur du parc national
Sources : fiches espèces de l’OFB (bouquetin des Alpes, isard), fiche « Le chamois » du Parc national des Écrins, fiche isard du Parc national des Pyrénées.

Les reconnaître de loin

Un grand mâle bouquetin ne se confond avec rien : ses cornes peuvent mesurer un mètre et peser jusqu’à 5 kg, rappelle le Parc naturel régional du Queyras dans son livret d’observation. Le piège, c’est la femelle, l’étagne : vue rapidement ou de loin, avec ses petites cornes, elle peut passer pour un chamois. Sur un névé, les bouquetins avancent en file, chacun posant ses sabots dans les traces du précédent, et ne laissent qu’une seule piste ; les chamois, plus légers, traversent en groupe.

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Dérangé, le chamois peut s’élever de 1 000 mètres en quelques minutes, selon le Parc national des Écrins ; le bouquetin, placide, se laisse regarder.

Chamois au pelage brun debout sur un bloc rocheux, au milieu d'un vallon d'éboulis et de mélèzes dans la Gordolasque, Mercantour
Un chamois sur un bloc, à quelques mètres du sentier, dans le vallon de la Gordolasque (Mercantour), début mai. Photo : Comes007 / Wikimedia Commons

Où voir des bouquetins dans les Alpes

Vers 1820, il ne restait qu’une centaine de bouquetins dans le monde, entre le Grand Paradis italien et la Vanoise. Sauvée par une réserve royale, puis par les parcs et les réintroductions, l’espèce vit aujourd’hui en Haute-Savoie, Savoie, Isère, Drôme, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Alpes-Maritimes, et son aire de présence a plus que doublé en trente ans selon l’OFB. Elle reste dispersée en colonies ; voici les plus accessibles.

MassifOù chercherEffectif publiéBon moment
Vanoise (Savoie)Pralognan-la-Vanoise, col de la Vanoise, vallon de la LeisseEnviron 3 000 dans le massif (une soixantaine en 1963)Printemps dans le bas des alpages ; été entre 2 700 et 3 300 m
Aiguilles Rouges (Haute-Savoie)Lac Blanc par les lacs des Chéserys, depuis la télécabine de la FlégèreNon publiéFin juin à septembre, tôt le matin
Giffre et Bargy (Haute-Savoie)Chalets de Sales depuis le parking du Lignon (Sixt-Fer-à-Cheval) ; combe du col de la ColombièreNon publiéJuillet à octobre
Écrins (Hautes-Alpes, Isère)Champsaur (adrets de Champoléon), Cerces, ValbonnaisPlus de 420 dans le Champsaur et environ 320 dans les Cerces (comptages de l’hiver 2019-2020)Printemps et été
Queyras (Hautes-Alpes)Haut-Guil, Abriès-Ristolas, autour du VisoUne centaine en hiverPrintemps et été ; rut du 15 décembre au 15 janvier
Mercantour (Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence)Nord-ouest du parc (haut Var, Verdon, Ubaye), Vésubie et RoyaEnviron 1 800 en 2021Toute l’année, de préférence tôt le matin
Vercors (Isère, Drôme)Du col de Rousset aux Trois Pucelles ; Ranc des Agnelons et crêtes du Gerbier au-dessus de Villard-de-LansEnviron 1 000 (estimation citée en 2025)Printemps
Chartreuse (Isère, Savoie)Secteurs du Granier et du Pinet, réserve des Hauts de ChartreuseEntre 120 et 170 en 2025Printemps et été
Sources : parcs nationaux de la Vanoise, des Écrins (mars 2020) et du Mercantour, Haute-Savoie Tourisme, Parc naturel régional du Queyras, réserves des Hauts-Plateaux du Vercors (2025) et des Hauts de Chartreuse (2025).

Savoie et Haute-Savoie : les valeurs sûres

Si vous ne deviez choisir qu’un massif, prenez la Vanoise, premier parc national français, créé en 1963 quand il n’y restait qu’une soixantaine de bouquetins. Le parc conseille le printemps, quand les animaux descendent brouter l’herbe nouvelle dans le bas des alpages, puis l’été plus haut, entre 2 700 et 3 300 mètres, sur les versants exposés au sud. Notre visite du parc national de la Vanoise détaille les sentiers de Pralognan et du col.

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En Haute-Savoie, le plus accessible reste la réserve des Aiguilles Rouges, au-dessus de Chamonix : la boucle par les lacs des Chéserys demande environ quatre heures aller-retour depuis la Flégère, pour quelque 500 mètres de dénivelé. En juin-juillet, les femelles descendent y mettre bas près des zones rocheuses. Tout ce qu’il faut savoir pour préparer la randonnée du Lac Blanc (accès, saison, règles de la réserve) a sa page. Dans la réserve de Sixt-Passy, la montée vers les chalets de Sales est plus tranquille ; chiens, bivouac et cueillette y sont interdits.

Hautes-Alpes et Alpes du Sud : les colonies réintroduites

Les Hautes-Alpes racontent l’histoire des réintroductions françaises. La toute première a eu lieu en 1959-1960 : six bouquetins lâchés dans le massif du Combeynot, qui ont gagné les Cerces voisines. Ont suivi 28 animaux dans le Valbonnais en 1989-1990, puis 30 dans le Champsaur en 1994-1995. Cette colonie a dépassé les 420 têtes à l’hiver 2019-2020, d’après les comptages du Parc national des Écrins, surtout sur les adrets de Champoléon. Dans l’est du Queyras, 12 animaux en 1995 et 14 en 1998 ont renforcé ceux qui arrivaient seuls d’Italie.

Plus au sud, les bouquetins du Mercantour descendent de moins de dix animaux relâchés en 1920 côté italien, renforcés par 68 lâchers entre 1987 et 1995 ; le parc en comptait environ 1 800 en 2021.

Vercors et Chartreuse : les Préalpes

Disparus du Vercors, les bouquetins y ont été réintroduits à la fin des années 1980, puis dans le Royans en 2000 et 2002. Selon le conservateur de la réserve naturelle des Hauts-Plateaux, on peut désormais les voir du col de Rousset, dans la Drôme, jusqu’aux Trois Pucelles, au-dessus de Saint-Nizier. Le printemps est la meilleure saison ; l’été, les hardes se réfugient dans les falaises. Les chiens sont interdits dans la réserve.

La Chartreuse est la dernière population réintroduite des Alpes françaises : 30 bouquetins venus de Belledonne et de la Vanoise en 2010-2011, entre 120 et 170 en 2025 selon le bilan de la réserve des Hauts de Chartreuse. Ils se tiennent surtout vers le Granier et le Pinet. Au printemps, ils broutent sur l’alpage de l’Alpette de Chapareillan, que la réserve signale comme sensible au dérangement par les randonneurs et les photographes : restez sur le sentier.

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Bouquetin mâle aux grandes cornes recourbées sur une pente d'herbes sèches et de neige, au-dessus d'une mer de nuages, dans le massif du Vercors
Un bouquetin mâle au-dessus d’une mer de nuages, dans le massif du Vercors, à la mi-novembre. Photo : Nevena Morel / Wikimedia Commons

Où voir des chamois en France

Le chamois est bien plus répandu que le bouquetin. L’OFB le situe dans les Alpes, le Jura, les Vosges et le Massif central, et note que son aire de présence a progressé de 69 % (données de 2022). Dans les Alpes, il est partout : le Parc national des Écrins en recensait près de 14 000 dans sa fiche consacrée à l’espèce (édition de 2010). On le croise à l’aube en lisière des alpages, sur les vires herbeuses, et l’hiver jusque dans la forêt.

Hors des Alpes, il a été introduit. Dans les Vosges, il a été lâché en 1956 pour la chasse, autour du Hohneck. La réserve naturelle nationale du Frankenthal-Missheimle, 746 hectares de cirques glaciaires entre 690 et 1 363 mètres, sur la commune de Stosswihr, lui offre ses escarpements et ses couloirs ; on l’y observe depuis les sentiers balisés par le Club vosgien. Son succès y pose d’ailleurs problème : son gestionnaire, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, note qu’il broute des plantes rares, comme l’anémone à fleurs de narcisse, au point d’imposer des grillages de protection. Restez sur les sentiers ; les chiens sont admis en laisse sur le GR 5.

Le Parc national des Écrins cite aussi des chamois introduits dans le Jura et dans le Cantal. Ces populations sont plus discrètes : renseignez-vous sur place avant de partir.

Chamois au pelage gris-beige et aux cornes en crochet, debout sur une pente herbeuse près du sommet du Ballon d'Alsace
Un chamois près du sommet du Ballon d’Alsace, dans le massif des Vosges, un matin de septembre. Photo : Jean-François Azens / Wikimedia Commons

Dans les Pyrénées : l’isard et le bouquetin ibérique

L’isard est présent dans les six départements pyrénéens. Le Parc national des Pyrénées en compte quelque 4 000, répartis dans toutes ses vallées ; protégé dans le cœur du parc, il avait presque disparu dans les années 1950. Il vit surtout au-dessus de la limite des arbres et descend en forêt l’hiver ; l’été, sortez tôt, avant que les femelles et leurs petits ne gagnent l’ombre en altitude. La fiche isard du Parc national des Pyrénées conseille d’observer le rut à distance, quand les mâles se poursuivent pour établir leur rang. Les grands cirques, comme le cirque de Gavarnie et ses voisins d’Estaubé et de Troumouse, sont de bons terrains pour les chercher.

Le bouquetin, lui, avait disparu du versant français en 1910, dans la vallée de Cauterets ; la dernière femelle de la sous-espèce pyrénéenne est morte en 2000 à Ordesa, côté espagnol. Depuis juillet 2014, des bouquetins ibériques venus de la Sierra de Guadarrama, près de Madrid, ont été relâchés dans le parc. Ils étaient environ 500 en 2024. Peu farouches, ils gagnent les crêtes l’été et descendent l’hiver ; le parc demande de les observer aux jumelles, depuis le sentier. Pour bâtir un séjour autour des isards du parc pyrénéen, ses vallées sont présentées une à une.

Deux isards debout sur une arête herbeuse en pente raide, un troisième plus bas, devant un versant boisé noyé dans la brume, en noir et blanc
Un groupe d’isards à flanc de falaise, un matin d’octobre, dans les Pyrénées ariégeoises. Photo : Victor Campolo / Wikimedia Commons

Quand les observer : le calendrier de l’année

PériodeBouquetinChamois et isard
Avril – maiDescente dans le bas des alpages pour l’herbe nouvelle : la saison la plus facileMue de printemps : ils perdent leur épaisse toison d’hiver
Juin – juilletNaissances (fin mai à mi-juillet) ; femelles et cabris en nurseries, dans les secteurs escarpésNaissances en mai-juin ; à la fin juin, les jeunes jouent sur les névés
Août – septembreHaut en altitude, actif tôt le matin et en fin de journéeSur les pelouses d’altitude à l’aube, à l’ombre aux heures chaudes
Octobre – décembreMâles et femelles se rassemblent pour gagner leurs quartiers d’hiverRut de novembre à décembre (de la mi-novembre au début décembre pour l’isard, selon le Parc national des Pyrénées)
Fin novembre – mi-janvierRut : joutes des mâles, chocs de cornes audibles de loinHivernage ; ne jamais les faire fuir dans la neige profonde
Février – marsHivernage sur les pentes raides exposées au sud, où la neige tient peuIls vivent sur leurs réserves de graisse ; un chamois peut perdre jusqu’au tiers de son poids au cours de l’hiver
Sources : OFB, Parc national de la Vanoise, Parc national des Écrins, Parc national des Pyrénées, Parc naturel régional du Queyras.

Le rut du bouquetin, de la fin novembre à la mi-janvier

C’est le moment où mâles et femelles se retrouvent. L’OFB situe le rut de la fin novembre à la mi-janvier ; le livret d’observation du Parc naturel régional du Queyras le resserre du 15 décembre au 15 janvier dans ce massif. On entend alors les cornes s’entrechoquer : ces joutes établissent la hiérarchie entre mâles et restent sans gravité. Elles ont lieu sur les quartiers d’hiver, où la neige limite l’accès. Mieux vaut une sortie encadrée par un accompagnateur en montagne qu’une approche seul en raquettes.

Observer sans déranger

Le Parc national de la Vanoise rappelle qu’un chamois dérangé dépense en fuyant soixante fois plus d’énergie qu’en se déplaçant normalement ; celui des Écrins demande de ne jamais le pousser dans la neige profonde, à skis comme en raquettes. Quelques règles simples suffisent :

  • Jumelles et longue-vue : elles remplacent l’approche. Le signal à guetter est simple : un bouquetin qui recule, ou pire qui s’enfuit, est dérangé, car ce n’est pas dans sa nature de courir.
  • Le sifflement : chez le bouquetin, un sifflement bref et aigu est un signal d’alerte ; le chamois, lui, « chuinte », un souffle puissant par les naseaux. Dans les deux cas, reculez et laissez-lui le passage.
  • Les chiens : interdits, même en laisse, dans le cœur des parcs nationaux de la Vanoise et des Pyrénées, ainsi que dans la réserve des Hauts-Plateaux du Vercors et celle de Sixt-Passy.
  • Ni nourriture ni poursuite : on ne nourrit pas un animal sauvage, et on ne le suit pas sur une crête pour la photo.

Elles valent dans tous les parcs nationaux de France et dans les réserves de montagne, avec des nuances locales.

Pour une première sortie, visez un matin de mai ou de juin en Vanoise ou dans le Vercors, jumelles au cou, sur un sentier qui longe des pentes rocheuses exposées au sud.

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