Sommaire
- Une baie façonnée par les marées
- Le Mont ne devient pas une île à chaque grande marée
- Les herbus, les plus vastes prés salés de France
- Les phoques de la baie : une colonie suivie depuis 2012
- Les oiseaux : une étape majeure en hiver
- La traversée à pied, toujours avec un guide
- En novembre : moins de sorties, d'autres tenues
- Préparer sa sortie nature dans la baie
- Crédits photos
À marée basse, la mer se retire si loin du Mont-Saint-Michel qu’on ne la voit plus : il reste des kilomètres de sable, de vase et de chenaux, où se reposent des phoques et où des dizaines de milliers d’oiseaux viennent se nourrir. Six heures plus tard, tout est sous l’eau. Entre Normandie et Bretagne, la baie est d’abord un immense milieu naturel, classé site Ramsar depuis 1994, et elle se découvre en suivant le calendrier des marées.
L’essentiel : venez à marée basse pour les grèves et les oiseaux, une à deux heures avant la pleine mer pour voir le mascaret, et ne marchez jamais seul dans la baie : la traversée se fait avec un guide attesté par la préfecture. En novembre, la baie accueille ses oiseaux d’hiver ; les phoques, eux, sont les plus nombreux à la fin de l’été.
Une baie façonnée par les marées
La baie du Mont-Saint-Michel est une dépression d’environ 500 km² où se jettent trois fleuves côtiers, le Couesnon, la Sée et la Sélune. La fiche Ramsar du site, mise à jour en décembre 2024, décrit un « immense estran sablo-vaseux unique en France » et retient une superficie officielle de 47 800 hectares. Le marnage, l’écart entre basse et pleine mer, y atteint environ 14 mètres lors des plus fortes marées, selon le comité régional du tourisme de Bretagne : l’un des plus importants d’Europe.
Ce va-et-vient dépose une vase sableuse grise, la tangue, et dessine sans cesse de nouveaux chenaux. Lors des grandes marées, la mer qui remonte le lit des fleuves forme une vague, le mascaret. L’Établissement public du Mont-Saint-Michel, qui gère le site, indique qu’il est visible entre 1 h 30 et 2 h environ avant la pleine mer, et prévient que l’eau peut se mettre à monter « subitement deux heures avant la pleine mer », même par beau temps.
Le Mont ne devient pas une île à chaque grande marée
Depuis les travaux de rétablissement du caractère maritime, la mer peut encercler le Mont, mais seulement quand la hauteur d’eau dépasse 12,80 mètres. Le calendrier 2026 de l’Établissement public ne prévoit ce cas que deux soirs dans l’année : le 14 août et le 12 septembre. En novembre et en décembre 2026, il n’y a « pas de risque d’insularité » ; aux plus fortes marées, seuls l’accès par les Fanils et la porte de l’Avancée sont perturbés, pendant une heure à une heure et demie autour de la pleine mer.
| Date (2026) | Coefficient | Pleine mer (calendrier du Mont) | Ce qu’on peut voir |
|---|---|---|---|
| Mercredi 25 novembre | 96 le matin, 97 le soir | 7 h 02 et 19 h 30 | Mascaret entre 5 h et 5 h 30, de nuit ; le soir vers 17 h 30 |
| Jeudi 26 novembre | 97 le matin, 96 le soir | 7 h 47 et 20 h 16 | Mascaret entre 5 h 45 et 6 h 15, avant le jour |
| Vendredi 27 novembre | 94 | 8 h 33 | Mascaret vers 6 h 30 – 7 h, aux premières lueurs |
| Vendredi 25 décembre | 97 | 7 h 41 | Mascaret avant le jour |
| Samedi 26 décembre | 99 | 8 h 31 | Mascaret vers 6 h 30 – 7 h |
| Dimanche 27 décembre | 96 | 9 h 19 | Mascaret vers 7 h 15 – 7 h 45, au lever du jour |
Pour les autres jours, l’Établissement public publie les horaires et coefficients des marées du Mont. Arrivez une à deux heures avant la pleine mer, comme il le conseille, et restez sur la terre ferme ou sur la passerelle pour regarder la mer monter.
Les herbus, les plus vastes prés salés de France
Au débouché des fleuves, le haut de l’estran n’est recouvert que par les plus fortes marées. Une herbe rase y pousse, entaillée de petits chenaux, les criches : ce sont les herbus, ou prés salés. La fiche Ramsar les présente comme « la plus vaste étendue nationale d’herbus », et même la plus grande surface de prés salés d’Europe. On y trouve toute la succession des plantes adaptées au sel, des salicornes des bas niveaux, régulièrement noyées, aux prairies du haut schorre.
Ces herbus sont pâturés : selon la même fiche, une soixantaine d’éleveurs y mènent des moutons de prés-salés. Une partie des agneaux porte l’appellation d’origine protégée « Prés-salés du Mont-Saint-Michel », dont le cahier des charges impose que les bêtes passent au moins la moitié de leur élevage sur les herbus. En voiture, ralentissez : les troupeaux traversent les routes de la baie.

Les herbus ne sont pas qu’un pâturage. L’estran qu’ils prolongent abrite une masse de petits animaux enfouis dans le sable, dont se nourrissent poissons et oiseaux : la fiche Ramsar recense 113 espèces de poissons, avec des frayères de sole et des nourriceries de bar le long du littoral. Plus loin sur l’estran, des vers marins, les hermelles, construisent avec des grains de sable le plus vaste récif de ce type d’Europe occidentale, sur environ 250 hectares : les gens du pays les appellent les « crassiers ». Ils sont fragiles, on ne marche pas dessus.
Les phoques de la baie : une colonie suivie depuis 2012
Deux espèces fréquentent la baie. Le phoque veau-marin y vit toute l’année et s’y reproduit : selon la fiche Ramsar, c’est la colonie la plus méridionale de l’espèce, en limite de son aire de répartition. Le phoque gris, plus grand, n’y vient qu’en dehors de sa saison de reproduction, surtout pour se reposer l’été. L’Établissement public du Mont-Saint-Michel les compte depuis 2012, depuis un ULM, à marée basse ; voici le bilan de 2025.
| Repère 2025 | Phoque veau-marin | Phoque gris |
|---|---|---|
| Effectif le plus bas | 24 en mars | 0 en mars et en octobre |
| Effectif le plus haut | 132 en septembre | 12 en juillet |
| Naissances | 23, du 1er juillet au début du mois d’août | Aucune reproduction dans la baie |
| Jeunes échoués | 5, tous vivants, soignés en centre de soins | – |
| Individus reconnus sur photo | 118 | 15 |
À marée basse, les phoques se reposent au cœur de la baie, sur les bancs de sable qui bordent les chenaux du Couesnon, de la Sée et de la Sélune ; à pleine mer, leurs reposoirs se rapprochent de la côte selon la hauteur d’eau. Ils sont donc souvent loin, et ne se voient bien qu’avec des jumelles ou une longue-vue. Le suivi individuel montre aussi que des phoques passent d’un site à l’autre, entre la baie, Chausey, l’estuaire de la Sienne ou celui de l’Arguenon.
En été, période des naissances et de l’allaitement, un dérangement peut séparer un petit de sa mère. L’Établissement public demande de garder au moins 300 mètres avec la faune, de ne pas l’approcher ni la nourrir, de tenir les chiens en laisse et de ne pas faire voler de drone. Si vous trouvez un jeune phoque seul sur l’estran, ne le touchez pas, ne le remettez pas à l’eau et éloignez-vous. Pour voir des phoques de plus près et en plus grand nombre, la côte picarde reste plus facile : les colonies de phoques de la baie de Somme se regardent depuis des points fixes. Plus à l’ouest, l’archipel des Sept-Îles et ses phoques gris se découvre en bateau.

Les oiseaux : une étape majeure en hiver
Située sur la grande voie de migration de l’ouest de l’Europe, la baie accueille chaque hiver quelque 120 000 oiseaux d’eau, selon la fiche Ramsar : 44 % de limicoles, 39 % de mouettes et goélands qui viennent y dormir, 10 % de canards de surface et 5 % de canards plongeurs. Trois espèces y atteignent chaque année le seuil d’importance internationale, soit plus de 1 % de leur population : le pluvier argenté, le bécasseau maubèche et le bécasseau variable. Lors des vagues de froid sur les Pays-Bas, la baie sert aussi de refuge à des oiseaux venus du nord.
Au pied du Mont, la « petite baie » est suivie depuis 2010 par le bureau d’études Biotope, Bretagne Vivante et le Groupe ornithologique normand. Leur bilan de 2024 donne un bon calendrier pour une sortie d’automne et d’hiver.
| Espèce | Maximum compté en 2024 (petite baie) | Quand la chercher |
|---|---|---|
| Vanneau huppé | 3 600 | Décembre |
| Bernache cravant | 2 370 | Janvier |
| Huîtrier pie | 2 008 | Janvier |
| Bécasseau variable | 1 980 | Janvier |
| Canard colvert | 1 479 | Décembre |
| Barge à queue noire | 1 100 | Janvier |
| Ensemble des oiseaux | 11 658, de 23 espèces | Janvier (499 seulement en avril) |
Le trajet du barrage du Couesnon jusqu’au Mont, celui des compteurs, est donc un bon point de départ, autour de la marée basse, quand les oiseaux se nourrissent sur les vasières. En amont, l’anse de Moidrey et les berges du Couesnon sont devenues une zone de nidification pour les oiseaux des roselières (environ 245 couples en 2024, dont 100 de rousserolle effarvatte) et même pour la discrète marouette de Baillon ; le sentier des pélodytes y fait une boucle de 7 km, ouverte aux piétons, aux cavaliers et aux cyclistes. Le samedi 7 novembre 2026, l’Établissement public propose la « Balade Grand air », 1 h 30 et environ 4 km avec un guide, des mares au Couesnon et aux prés salés (de 5 à 7 € pour un adulte, gratuit avant 8 ans, sur réservation au 02 33 70 74 65).
La baie n’est pas le seul rendez-vous de la saison : notre sélection des meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver la compare à d’autres grands estrans, du golfe du Morbihan et ses bernaches à la Picardie, où l’on suit la migration des oiseaux en baie de Somme.
La traversée à pied, toujours avec un guide
Marcher dans la baie est l’expérience la plus forte qu’elle offre, et la plus risquée seul. L’Établissement public est net : « Ne traversez jamais seul la baie. » Il cite quatre dangers : la montée rapide de la marée, le passage des cours d’eau, les sables mouvants et les lâchers d’eau quotidiens du barrage du Couesnon. S’y ajoutent le brouillard et l’orage, qui font perdre tout repère sur une étendue plate : dans ces conditions, on renonce.
- La marée : elle remonte d’abord par les chenaux et peut couper la route du retour bien avant la pleine mer.
- Les sables mouvants : un sable gorgé d’eau qui cède sous le pied ; les guides montrent comment on s’enlise et comment s’en dégager, et font parfois marcher le groupe en file.
- Les cours d’eau : l’eau peut monter jusqu’en haut des cuisses d’un adulte, voire un peu plus, et le fond est mou et glissant.
- Les distances : sur l’estran, le Mont ou Tombelaine paraissent tout proches ; ils sont à plusieurs kilomètres.

Un guide de la baie doit détenir une attestation de compétences délivrée par la préfecture de la Manche ; sur le terrain, il porte une chasuble rouge et orange marquée « Guide attesté » (jaune pour un aspirant en formation). La fiche Ramsar en compte une cinquantaine. Les sorties partent surtout du Bec d’Andaine, à Genêts, de Saint-Léonard, à Vains, et du pied du Mont ; l’office de tourisme intercommunal centralise les réservations de traversées guidées. Pour donner un ordre d’idée, voici les formules 2026 d’une des structures de guides installées à Genêts.
| Sortie guidée | Distance | Durée | Tarif adulte (2026) |
|---|---|---|---|
| Découverte des sables mouvants | 2 km | 1 h 30 | 15 € |
| Petite balade autour du Mont | 3 km | 2 h | 17 € |
| Îlot de Tombelaine, au départ du Mont ou du Bec d’Andaine | 7 à 8 km | 3 h 30 à 4 h | 20 € |
| Grande traversée aller-retour (Genêts – Mont – Genêts) | 14 km | environ 6 h, dont 45 min au Mont | 23 € |
| Traversée aller à pied, retour en bus | 7 km | environ 6 h 30 | 33 € |
En novembre : moins de sorties, d’autres tenues
Les grandes traversées se font surtout de la fin mars au début novembre. En dehors de cette période, les guides proposent plutôt des balades sur les grèves qui évitent de franchir les fleuves : vérifiez le programme avant de venir. D’avril à octobre, on marche traditionnellement pieds nus et en short ; de novembre à mars, avec des chaussons en néoprène. Les conseils sur les bottes varient d’un guide à l’autre, car la tangue colle et peut garder une chaussure : demandez au vôtre.
- Dans le sac : coupe-vent, vêtement de pluie, haut chaud, eau, en-cas, une petite serviette pour les pieds.
- Condition physique : les traversées sont déconseillées en cas de problème cardiaque, respiratoire ou articulaire, et toutes les sorties aux femmes enceintes, à cause du risque de chute.
- Chiens : admis tenus en laisse sur la plupart des sorties à pied, pas dans les navettes ni les bus.
- Urgence : composez le 112.
Préparer sa sortie nature dans la baie
Le bon moment dépend de ce que vous venez voir.
| Ce que vous venez voir | Quand | Où et comment |
|---|---|---|
| Oiseaux d’eau hivernants | De novembre à février, autour de la marée basse | Du barrage du Couesnon au Mont, anse de Moidrey ; jumelles ou longue-vue |
| Phoques veaux-marins | Toute l’année ; effectifs maximaux à la fin de l’été | Bancs de sable le long des chenaux, de loin ; 300 m au moins |
| Mascaret | Grandes marées, 1 h 30 à 2 h avant la pleine mer | Depuis la terre ferme ou avec une sortie guidée |
| Herbus et moutons | Toute l’année | Routes et sentiers en bordure des prés salés ; on ne s’aventure pas dans les criches |
| Grande traversée | Surtout de la fin mars au début novembre | Uniquement avec un guide attesté, sur réservation |
L’Établissement public met en ligne ses fiches de synthèse annuelles sur la colonie de phoques : de quoi savoir à quoi s’attendre selon la saison.
Si vous ne venez qu’une journée cet automne, regardez l’heure de la basse mer, longez le Couesnon du barrage jusqu’au Mont avec des jumelles, puis revenez sur la terre ferme deux heures avant la pleine mer. La grande traversée, elle, attend le printemps et un guide.
Crédits photos
- Lynx1211, Tombelaine – view from Mont St Michel, CC BY-SA 4.0
- Photo by CEphoto, Uwe Aranas, Le Mont-Saint-Michel France Salt-Meadow-Sheeps-02, CC BY-SA 3.0
- Bluetrain, Mt ST michel 06, CC BY-SA 3.0
- Crochet.david, Traversée grève dans la baie du Mont-Saint-Michel-2009-10-30 01, CC BY-SA 3.0



