Flamant rose en vol, ailes rouge et noir déployées, sous un ciel gris d'hiver au parc ornithologique de Pont-de-Gau en Camarg
Observer la faune

Observer les oiseaux en hiver : les meilleurs sites de France

Un flamant rose en vol au parc ornithologique de Pont-de-Gau, en Camargue, début février. Photo : Benjamin Smith / Wikimedia Commons

L’hiver est la saison où la France compte le plus d’oiseaux d’eau. Canards, oies, bernaches et petits échassiers descendent du nord de l’Europe et de la Sibérie pour passer la mauvaise saison sur nos baies, nos lagunes et nos lacs, où l’eau gèle rarement. Encore faut-il savoir où aller, à quel mois et à quelle heure : un même site peut être désert à marée basse et couvert de milliers d’oiseaux deux heures plus tard.

L’essentiel : de novembre à février, allez sur les baies de l’Atlantique et de la Manche, en Camargue ou sur les grands lacs de Grand-Lieu et du Der. Venez à marée montante sur la côte, à l’aube ou en fin de journée sur les lacs, et vérifiez les horaires d’hiver : certaines réserves ferment en décembre et janvier.

Pourquoi l’hiver est la grande saison des oiseaux d’eau

Chaque année à la mi-janvier, plus de 1 500 bénévoles coordonnés par la LPO pour Wetlands International comptent les oiseaux d’eau de France le même week-end. Les 14 et 15 janvier 2023, ils en ont dénombré 2 754 378 sur 488 sites ; la Camargue arrivait en tête avec 165 635 oiseaux, en majorité des canards. En janvier 2024, le total est tombé à environ 2,6 millions : une vague de froid avait chassé une bonne partie des vanneaux huppés, 69 281 seulement au lieu de plus de 200 000 habituellement.

Ce dernier chiffre dit l’essentiel : en hiver, les oiseaux suivent le gel. Quand l’eau se fige plus au nord ou à l’est, ils se replient vers les côtes atlantiques et méditerranéennes. Un coup de froid en Europe du Nord peut donc remplir une baie française en quelques jours, et un hiver doux la laisser plus calme. Les effectifs donnés plus bas sont des repères d’une saison, pas des promesses.

Les 8 meilleurs sites en un coup d’œil

SiteRégionCe qu’on y voit en hiverMeilleur momentRepère pratique
Golfe du MorbihanBretagneBernaches cravant, canards, limicolesNovembre-décembre, marée montanteRéserve de Séné : partie payante fermée du 20 septembre au 31 janvier, sentier rouge ouvert toute l’année
Bassin d’Arcachon (Le Teich)Nouvelle-AquitaineBernaches sur le bassin, canards et limicoles dans la réserveNovembre, à marée hauteRéserve ouverte tous les jours sauf le 25 décembre
Baie de l’AiguillonVendée, Charente-MaritimeAvocettes élégantes, canards, limicolesDécembre-janvierObservatoire de Saint-Michel-en-l’Herm, en accès libre
Baie du Mont-Saint-MichelNormandie, BretagneBernaches, huîtriers pies, bécasseaux, vanneauxDécembre-janvierLes plus gros effectifs de la petite baie en janvier
Baie de SommeHauts-de-FranceCanards, limicoles, oiesGrandes marées de novembre et décembreParc du Marquenterre : 13 observatoires
Camargue (Pont-de-Gau)ProvenceFlamants roses en parade, sarcelles, busardsDécembre à marsParc ouvert tous les jours, accueil de 10 h à 17 h
Lac de Grand-LieuPays de la Loire25 000 à 35 000 canards, oies et foulquesNovembre, puis févrierMaison du lac fermée de début décembre à fin janvier
Lac du DerChampagneGrues cendrées hivernantes, canardsDécembre-février, à l’aubeComptage des grues chaque dimanche jusqu’à la mi-mars
Sources : gestionnaires des sites, LPO, SNPN, Groupe ornithologique normand ; détails et dates dans chaque partie.

Sur la côte atlantique et la Manche

Sur la façade atlantique hivernent les trois quarts des bernaches cravant et quatre avocettes sur cinq comptées en France. Ses baies abritent des herbiers de zostère, une plante marine dont se nourrissent les bernaches, et des vasières riches en vers et en coquillages pour les limicoles.

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Golfe du Morbihan : le royaume des bernaches

D’octobre à février, le golfe accueille selon le Parc naturel régional 60 000 à 100 000 oiseaux d’eau, avec un pic en novembre et décembre. La vedette est la bernache cravant, une petite oie sombre au collier blanc venue de Sibérie, qui broute les zostères en groupes serrés. Le meilleur poste est la réserve naturelle des marais de Séné, au sud de Vannes. Attention : sa partie payante ferme du 20 septembre au 31 janvier ; en hiver, il reste le sentier rouge, ouvert toute l’année, et l’ouverture gratuite du dimanche après-midi. Les autres postes et le bon moment de marée sont détaillés dans notre guide pour observer les oiseaux d’hiver du golfe du Morbihan.

Groupe de bernaches cravant posées sur l'estran mouillé de Saint-Julien, à Quiberon, devant une côte rocheuse
Bernaches cravant sur l’estran de Saint-Julien, à Quiberon (Morbihan), fin janvier. Photo : rene boulay / Wikimedia Commons

Bassin d’Arcachon : la Réserve ornithologique du Teich

Le bassin d’Arcachon et le golfe du Morbihan forment le cœur de l’hivernage des bernaches en France. En décembre 2024, le pays en accueillait 110 003, soit 51 % de la population de la sous-espèce à ventre sombre, et les sites situés entre ces deux secteurs en réunissaient 74 %, selon le bilan du Groupe ornithologique normand. Un détail compte pour votre calendrier : dès le début de décembre 2024, 58 % des bernaches d’Arcachon avaient déjà quitté le bassin vers le nord. Pour les voir en nombre, visez novembre.

Au fond du bassin, la Réserve ornithologique du Teich (110 hectares, 329 espèces notées en cinquante ans) parle de l’hiver comme de la période des plus grandes concentrations d’oiseaux. Venez à marée haute : les limicoles quittent alors les vasières du bassin pour se reposer sur les plans d’eau de la réserve. La réserve ouvre tous les jours sauf le 25 décembre, de 10 h à 18 h d’octobre à novembre et de janvier à mars, de 10 h à 17 h en décembre ; la billetterie ferme 1 h 30 avant. L’entrée coûte 9,90 € pour un adulte et 7,70 € de 5 à 18 ans, et l’on peut louer des jumelles sur place à partir de 4 € (horaires et tarifs de la réserve).

Baie de l’Aiguillon : la capitale des avocettes

Entre Vendée et Charente-Maritime, au débouché du Marais poitevin, la baie de l’Aiguillon est le grand rendez-vous d’hiver de l’avocette élégante, ce limicole blanc et noir au bec retroussé. En janvier 2025, 22 887 avocettes ont été comptées en France, et 32 % d’entre elles se trouvaient dans cette seule baie.

Le poste le plus simple est l’observatoire de la baie, à Saint-Michel-en-l’Herm : il se trouve au bout de la digue, à 500 mètres à pied du port du Chenal Vieux, et reste ouvert toute l’année en accès libre. En décembre 2026, l’office de tourisme de la Vendée du Sud y propose une sortie l’après-midi, jusqu’à l’arrivée des grues cendrées qui viennent passer la nuit sur la baie.

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Baie du Mont-Saint-Michel : janvier, le mois des records

Au pied du Mont, les ornithologues de Biotope, de Bretagne Vivante et du Groupe ornithologique normand suivent les oiseaux de la « petite baie » depuis 2010. En 2024, le maximum de l’année est tombé en janvier : 11 658 oiseaux de 23 espèces, dont 2 370 bernaches cravant, 2 008 huîtriers pies et 1 980 bécasseaux variables ; les vanneaux huppés culminaient à 3 600 en décembre. Les comptages se font du barrage sur le Couesnon jusqu’au Mont, autour de la marée basse, quand les oiseaux se nourrissent sur les vasières. Une promenade sur ce trajet en plein hiver offre donc déjà un bon aperçu, avant d’explorer le reste de la baie du Mont-Saint-Michel et ses marées.

Baie de Somme : limicoles et grandes marées

Selon sa fiche Ramsar, la réserve naturelle de la baie de Somme accueille en moyenne 23 000 oiseaux hivernants, plus de 30 000 avec les sites voisins ; elle est d’importance internationale pour le tadorne de Belon, le canard pilet et le canard souchet. Le parc du Marquenterre, au cœur de la réserve, aligne 13 observatoires sur son parcours (12 € pour un adulte, 8,60 € de 6 à 17 ans, chiens interdits même en laisse). Les jours de grande marée, la mer chasse les limicoles de l’estran vers les reposoirs : en 2026, les plus forts coefficients de l’hiver tombent autour du 24 au 27 novembre et du 25 au 27 décembre à l’entrée de la baie. Le calendrier des espèces et les meilleurs postes hors du parc sont réunis dans notre page sur la migration des oiseaux en baie de Somme.

En Camargue et dans les zones humides de l’intérieur

Camargue : les flamants en parade au parc de Pont-de-Gau

Site qui compte le plus d’oiseaux d’eau au recensement de janvier, la Camargue offre en hiver un spectacle que l’été ne donne pas : les parades nuptiales des flamants roses, de début décembre à fin mars. Leur plumage, renouvelé à partir de novembre, est alors à son plus vif. Le parc ornithologique de Pont-de-Gau, près des Saintes-Maries-de-la-Mer, en fait son « oiseau phare en hiver ». Sur ses 60 hectares d’étangs et de marais, il signale aussi 20 000 à 40 000 sarcelles d’hiver, les vanneaux huppés (avec un pic en janvier), le busard Saint-Martin au-dessus des marais, la rémiz penduline dans les roselières et le martin-pêcheur, particulièrement visible en hiver (les oiseaux d’automne et d’hiver du parc).

Le parc ouvre tous les jours ; l’accueil fonctionne de 10 h à 17 h, et l’on peut rester sur les sentiers jusqu’au coucher du soleil, l’heure où la lumière est la plus belle sur les étangs. L’entrée coûte 8,50 €, 5 € de 4 à 12 ans.

Lac de Grand-Lieu : le plus grand lac de plaine en hiver

Au sud-ouest de Nantes, le lac de Grand-Lieu change de taille avec les saisons : environ 2 000 hectares en été, 6 300 en hiver, quand la profondeur passe d’un mètre à 2,50 mètres environ. La Société nationale de protection de la nature, qui gère sa réserve naturelle nationale, y compte en hiver 25 000 à 35 000 canards, oies et foulques. Le lac lui-même ne se longe pas : le sentier de la Maison du lac, à Bouaye, passe en retrait de l’eau pour protéger la faune, et la visite se termine sur une terrasse avec vue sur le lac, où des jumelles sont à disposition.

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Point clé pour votre calendrier : la Maison du lac ferme chaque année de début décembre à fin janvier (calendrier et horaires). Visez novembre ou février, et réservez votre visite sur la billetterie du site. Pour préparer la sortie, voyez aussi notre guide des oiseaux du lac de Grand-Lieu et de sa visite.

Deux barques de pêcheurs sur l'eau calme du lac de Grand-Lieu à Passay, berges herbeuses et saules en arrière-plan
Le lac de Grand-Lieu vu de Passay, à La Chevrolière, fin octobre. Photo : Selbymay / Wikimedia Commons

Lac du Der : les grues qui restent l’hiver

Le grand passage des grues cendrées s’achève fin novembre, mais une partie des oiseaux passe l’hiver sur le lac du Der-Chantecoq, entre Marne et Haute-Marne. La LPO Champagne-Ardenne y a compté 30 423 grues en janvier 2024, 18 252 en janvier 2025 et environ 13 900 à la mi-janvier 2026. Le spectacle se joue à l’aube, quand elles quittent le lac pour les champs, et en fin d’après-midi au retour. Chaque dimanche matin, jusqu’à la mi-mars, des bénévoles comptent les départs depuis les digues ; dès la fin janvier, les premières grues repartent vers le nord. Les meilleures digues, les horaires et les règles d’approche sont détaillés dans notre guide pour voir les grues cendrées du Der à l’aube.

Comment s’y prendre : marée, heure et matériel

Sur la côte, la marée décide de tout. À marée basse, les limicoles se dispersent sur des kilomètres de vasière ; à marée montante, la mer les pousse vers le rivage, puis vers les reposoirs où ils attendent que l’eau redescende. C’est ce qui fait le succès du Teich ou du Marquenterre à marée haute. Consultez les horaires de marée du port le plus proche et arrivez une à deux heures avant la pleine mer.

Type de siteQuand arriverPourquoi
Baie ou golfe (Morbihan, Somme, Mont-Saint-Michel, Aiguillon)1 à 2 heures avant la pleine merLa marée montante rapproche les oiseaux du rivage
Réserve en bord de bassin (Le Teich, Marquenterre)Autour de la pleine merLes limicoles se reposent sur les plans d’eau de la réserve
Grand lac (Der, Grand-Lieu)Avant le lever du soleil ou en fin d’après-midiDéparts et retours aux dortoirs
Lagune et marais (Camargue)Fin de journéeLumière rasante, sentiers ouverts jusqu’au coucher du soleil à Pont-de-Gau
Repères tirés des conseils des gestionnaires (Réserve ornithologique du Teich, parc du Marquenterre, LPO Champagne-Ardenne, parc de Pont-de-Gau).

Pour l’équipement, des jumelles suffisent dans les observatoires ; sur une digue ou une pointe, une longue-vue change tout, car les oiseaux d’hiver se tiennent souvent à plusieurs centaines de mètres. Plusieurs réserves en louent ou en prêtent à l’accueil. Habillez-vous plus chaudement que pour une randonnée : on reste longtemps immobile, souvent au vent. Enfin, regardez la météo de toute l’Europe, pas seulement la vôtre : une vague de froid au nord annonce souvent l’arrivée de nouveaux oiseaux sur nos côtes.

Avocette élégante marchant dans l'eau peu profonde, en noir et blanc, à côté de canards posés sur un îlot à la Réserve ornithologique du Teich
Une avocette élégante près de canards au repos, à la Réserve ornithologique du Teich, début novembre. Photo : jacme31 / Wikimedia Commons

Observer sans déranger

En hiver, chaque envol coûte cher à un oiseau : les journées sont courtes, la nourriture rare, et il dépense beaucoup d’énergie pour garder sa température. Un promeneur ou un chien qui fait lever un groupe posé à marée haute le prive d’un repos dont il a besoin. Quelques règles simples :

  • Restez sur les sentiers et les digues, et ne descendez pas sur les vasières ou dans la cuvette d’un lac : au lac du Der, c’est interdit, et la LPO estime la distance de fuite des grues à 300 ou 400 mètres.
  • Respectez les zones de tranquillité. Dans le golfe du Morbihan, l’Office français de la biodiversité interdit l’accès, la divagation des chiens et le survol à moins de 300 mètres, drones compris, dans certaines zones du 1er octobre au 31 janvier.
  • Laissez le chien à la maison pour les réserves : il est interdit, même en laisse, au parc du Marquenterre comme dans la réserve de la baie de Somme.
  • Ne touchez pas un oiseau mort ou malade : la grippe aviaire a touché les grues à l’automne 2025. Signalez-le à l’Office français de la biodiversité.
Sentier de sable balisé de piquets entre les oyats de la pointe de l'Aiguillon, avec la baie et quelques promeneurs au loin
Le sentier balisé de la pointe de l’Aiguillon, dans la réserve naturelle nationale de la baie de l’Aiguillon, en février. Photo : Jmdigne / Wikimedia Commons

Et sans partir : les oiseaux de votre jardin

L’hiver est aussi la meilleure saison pour observer les oiseaux de chez soi : les arbres sont nus, les mésanges, rouges-gorges et pinsons se montrent davantage, et des visiteurs venus du nord rejoignent parfois les habitués. Commencez par mettre un nom sur les oiseaux qui fréquentent le jardin l’hiver, puis, si vous voulez les aider, voyez comment les nourrir sans leur nuire.

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