Sommaire
- La forêt de Tronçais en chiffres
- Trois siècles de chênes, de Colbert à la tonnellerie
- Les chênes remarquables : le circuit à faire
- Futaie Colbert : la vraie est fermée, la seconde se visite
- Les étangs de Tronçais : Saint-Bonnet, Pirot et les autres
- Quelle faune observer en forêt de Tronçais
- Le cerf et le brame
- Les oiseaux et les insectes des vieux chênes
- Préparer sa visite à Tronçais fin octobre
- Crédits photos
Dans le nord-ouest de l’Allier, entre Cérilly et Saint-Bonnet-Tronçais, plus de 10 500 hectares de chênes poussent droit comme des colonnes, certains depuis le règne de Louis XIII. L’Office national des forêts (ONF) la présente comme l’une des plus belles futaies de chênes d’Europe. On y vient pour ses arbres remarquables, ses étangs et ses fontaines, et, à l’automne, pour le cuivre des cimes et les traces des cerfs.
L’essentiel : partez de Saint-Bonnet-Tronçais, faites le circuit des chênes remarquables (8 km, balisage jaune) puis le tour de l’étang de Saint-Bonnet (moins de 5 km, presque sans dénivelé). Fin octobre, le brame est fini mais les chênes virent au jaune. La chasse a lieu de septembre à fin mars : regardez les panneaux et le calendrier de l’ONF.
La forêt de Tronçais en chiffres
La forêt domaniale de Tronçais appartient à l’État et c’est l’ONF qui la gère. Elle réunit quatre massifs : la Remenanche à l’est, la Réserve au centre, la Lande Blanche à l’ouest et la Bouteille au sud. Le relief est doux, autour de 260 mètres d’altitude. On s’y promène librement, au départ de nombreux parkings en bord de route.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Surface de la forêt domaniale | 10 583 ha (page Forêt d’Exception de l’ONF) ; 10 532 ha (page de visite de l’ONF) |
| Essences | chêne 81 %, hêtre 10 %, pin sylvestre 7 % |
| Altitude | 260 m en moyenne, 354 m au point le plus haut |
| Gestion | futaie régulière de chêne, conduite sans interruption depuis 1835 |
| Label Forêt d’Exception | attribué en 2018, renouvelé le 16 novembre 2022 pour cinq ans |
| Patrimoine culturel immatériel | savoir-faire de la futaie régulière de chêne inscrit à l’inventaire national le 8 juin 2022 |
| Réserves biologiques | Nantigny (98 ha) et futaie Colbert (13 ha), fermées au public |
| Faune recensée | 21 espèces de chauves-souris, 90 espèces d’oiseaux, des centaines d’espèces de coléoptères |
| Récolte de bois | 50 000 à 60 000 m³ par an |
Trois siècles de chênes, de Colbert à la tonnellerie
En 1669, Colbert, ministre de Louis XIV, signe l’ordonnance de réformation des forêts royales : il veut du bois pour la marine. À Tronçais, l’effort tourne court. Au XVIIIe siècle, les maîtres de forges s’installent, le bétail pâture sous les arbres, et la forêt se dégrade. En 1832, le maître des Eaux et Forêts Joseph Louis de Buffévent dresse le constat de cet échec et lance un reboisement mené en moins de cinq ans. À partir de 1835, la forêt est conduite en futaie régulière, la méthode qui fait encore sa réputation.
Le principe est simple à voir sur le terrain : chaque parcelle porte des arbres du même âge, qu’on éclaircit peu à peu pendant environ deux siècles. Les chênes sessiles, serrés, poussent haut et droit, souvent à plus de 40 mètres. Leur grain fin fait le bonheur des merrandiers, qui en tirent les douelles des tonneaux de grands vins et d’eaux-de-vie. La forêt a aussi fourni des grumes pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris.
Ce modèle est mis à l’épreuve. Des sécheresses exceptionnelles frappent la région depuis 2018, et l’ONF suit de près l’état sanitaire de la chênaie. Les hêtres, qui forment une bonne part du sous-étage, ont souffert : une étude publiée en 2021 dans Le Grand-Duc, la revue de la LPO Auvergne, note qu’« une part très importante » d’entre eux a péri en 2020.
Les chênes remarquables : le circuit à faire
La forêt compte une poignée d’arbres célèbres, baptisés de noms d’écrivains, de forestiers ou d’histoire. Le plus simple pour les voir est le circuit des chênes remarquables, qui part du village de Saint-Bonnet-Tronçais en passant par la statue de Colbert : 8 km, balisage jaune, niveau facile ; comptez un peu plus de deux heures de marche. À vélo, les mêmes arbres s’enchaînent par les routes forestières.
| Arbre | Ce qui le distingue | À savoir |
|---|---|---|
| Chêne Saint-Louis | Le doyen de la forêt, 400 à 450 ans | Sa parcelle est protégée : on le voit depuis le chemin |
| Chêne Stebbing | Environ 400 ans, du nom d’un directeur de l’école forestière d’Édimbourg | Entre le rond Apollon et le rond Neuf, le long de la ligne des Étrangers ; une œuvre en douelles recyclées protège le sol à son pied |
| La Sentinelle | Plus de 6,5 m de tour | Près du rond de Richebourg |
| Les Jumeaux | Deux troncs nés d’une même souche au début du XVIIe siècle | Près du rond de Richebourg |
| Chêne carré | Né vers 1630, surnommé « la Tour Eiffel » | Près du rond de Viljot |
| Chêne pilier | Réputé le plus haut de la forêt | Entouré, comme quatre autres, d’un écrin créé par des artistes |
En 2020, l’ONF a fait entourer cinq de ces arbres (le chêne carré, le chêne pilier, le Stebbing, les chênes Émile-Guillaumin et Charles-Louis-Philippe) d’écrins conçus par des artistes. Ce ne sont pas des décorations : ils empêchent les visiteurs de tasser la terre au-dessus des racines. Restez à l’extérieur, même pour la photo.

Futaie Colbert : la vraie est fermée, la seconde se visite
Beaucoup de guides envoient encore les visiteurs à la « futaie Colbert », près de l’étang de Saint-Bonnet. Ses vieux chênes sont aujourd’hui en réserve biologique intégrale, fermée au public pour raisons de sécurité : des branches et des arbres entiers peuvent tomber. Pour la remplacer, l’ONF a ouvert en juillet 2019 la futaie Colbert II, 13 hectares issus de semis et de plantations de 1808, où certains arbres atteignent 40 mètres. Une boucle d’un kilomètre et sept ateliers expliquent la sylviculture, le bois et la tonnellerie ; le chêne « François Péron », 210 ans et 42 mètres, en est la vedette.
Les étangs de Tronçais : Saint-Bonnet, Pirot et les autres
Les étangs ont été creusés pour faire tourner les forges du XVIIIe siècle puis pour alimenter le canal de Berry. Ils forment aujourd’hui le second visage de la forêt : eau calme, roselières, et des chênes qui se reflètent jusqu’au bord.
| Étang | Surface | Origine | Pour qui, pour quoi |
|---|---|---|---|
| Saint-Bonnet | 45 ha | Étang de forge, agrandi à la fin du XVIIIe siècle | Familles : tour de 4,9 km à plat, sentier accessible en fauteuil sur une partie, pêche, observation des oiseaux, plage en été |
| Pirot | environ 70 ha | Mis en eau en 1848 pour le canal de Berry | Plus sauvage : boucle de 7,7 km au départ du camping des Écossais, à Isle-et-Bardais |
| Tronçais | 18 ha | Créé pour les forges | Pêche ; étape de la grande boucle des étangs |
| Morat et Saloup | 13 et 12 ha | Étangs de forge | Privés : on les longe, on ne s’y installe pas |
Le tour de l’étang de Saint-Bonnet part du parking près du camping : 4,9 km, environ 1 h 15 à 1 h 30, une dizaine de mètres de dénivelé. Le sentier aménagé par la communauté de communes et l’ONF compte une rambarde pour les fauteuils, des tables de pique-nique espacées et un fil d’Ariane en bois qui guide les personnes malvoyantes jusqu’à un point de vue. En automne, prévoyez des chaussures étanches : la pointe de l’étang est souvent détrempée. Le pont du Grillon est fermé aux cavaliers par une chicane.
Le circuit de l’étang de Pirot longe l’eau puis entre sous les chênes, avec une halte au rond des Pêcheurs, une aire de pique-nique avec vue, et à la font du Cros, une source qui, dit-on, ne gèle jamais. Pour une vraie journée, la grande boucle des étangs relie les plans d’eau du pays de Tronçais sur une cinquantaine de kilomètres, à faire en deux jours.

Quelle faune observer en forêt de Tronçais
Une vieille chênaie est riche en cavités, en bois mort et en insectes : c’est ce qui fait la valeur de Tronçais pour la faune. L’ONF y recense 21 espèces de chauves-souris, dont le murin de Bechstein et l’oreillard roux, et 90 espèces d’oiseaux. Une partie de la forêt est classée en zone Natura 2000 (site « Forêt de Tronçais », FR8301021) pour ses insectes des vieux arbres, ses chauves-souris et ses mares.
| Groupe | Espèces à connaître | Quand et comment |
|---|---|---|
| Grands mammifères | Cerf élaphe, chevreuil, sanglier | Brame de début septembre à mi-octobre ; le reste de l’année, à l’aube et au crépuscule, surtout par leurs traces |
| Oiseaux des vieux arbres | Pic noir, cigogne noire, grimpereau des jardins, sittelle torchepot, pouillot siffleur | Au printemps, aux chants du matin ; les pics tambourinent dès la fin de l’hiver |
| Rapaces | Buse variable, autour des palombes, aigle botté | Au-dessus des clairières et des étangs ; l’aigle botté seulement à la belle saison |
| Chauves-souris | Barbastelle, murin de Bechstein, oreillard roux | Au crépuscule en été, le long des lisières et des étangs |
| Insectes du bois | Lucane cerf-volant, grand capricorne, pique-prune, bupreste du chêne | Soirs chauds de juin et juillet pour le lucane ; le pique-prune vit dans les cavités des très vieux chênes |
| Amphibiens | Sonneur à ventre jaune, triton crêté | Ornières et mares forestières, au printemps |
Le cerf et le brame
Le cerf est le grand animal de Tronçais, avec le chevreuil et le sanglier. Selon l’Office français de la biodiversité, le rut, ou brame, va de début septembre à la mi-octobre. Fin octobre, la saison est donc passée : vous aurez plus de chances de trouver des empreintes dans la boue des chemins et des souilles près des mares que d’entendre un mâle. Pour l’an prochain, notez la mi-septembre et venez à l’aube ou au crépuscule ; d’ici là, vous pouvez apprendre à reconnaître le brame du cerf et le cri du chevreuil. La presse locale signalait en 2020 un observatoire avec panneaux près du rond de la Croix de Vitray ; demandez à l’office de tourisme s’il est toujours ouvert.
Pendant le brame, l’ONF rappelle quelques règles : lampes, phares et flashs sont interdits, on reste sur les chemins, on garde ses distances et on se fait discret. Préférez les sorties encadrées par les forestiers ou les naturalistes à une approche en solitaire.

Les oiseaux et les insectes des vieux chênes
Les vieilles futaies sont le domaine des pics. Le pic noir, le plus grand d’Europe, creuse ses loges dans les gros troncs ; d’autres oiseaux, chouettes et pigeons colombins, s’y installent ensuite. L’étude du Grand-Duc, menée en 2019 et 2020, a mesuré à Tronçais des densités de grimpereaux des jardins supérieures aux valeurs extrêmes connues dans les chênaies européennes. Elle montre aussi l’effet des réserves : dans la réserve biologique intégrale de Nantigny, laissée sans coupe depuis le milieu des années 1990, la densité du pouillot siffleur est plus du double de celle des parcelles exploitées.
Côté insectes, le document d’objectifs Natura 2000 signale le pique-prune, une grosse cétoine protégée qui ne vit que dans le terreau des cavités des très vieux arbres, dans l’ancienne futaie Colbert. Le lucane cerf-volant, le plus grand coléoptère d’Europe, est présent sur tout le site ; le grand capricorne, plus rare. Le sonneur à ventre jaune, petit crapaud au ventre jaune vif, fréquente les ornières du secteur de la Bouteille. Ne retournez ni les souches ni le bois mort : c’est l’habitat de toutes ces espèces.
Préparer sa visite à Tronçais fin octobre
Fin octobre et début novembre, les chênes passent du vert au jaune puis au roux, un peu après les hêtres. Tronçais figure en bonne place parmi les plus belles forêts à voir en automne : visez une matinée claire après une nuit fraîche, quand la brume se lève sur l’étang de Saint-Bonnet. Attention au changement d’heure du dimanche 25 octobre 2026 : la nuit tombe une heure plus tôt dès ce jour-là.
- Chasse : elle a lieu en forêt de Tronçais de septembre à fin mars, à tir et à courre. Les calendriers sont disponibles auprès de l’agence ONF ; sur place, respectez les panneaux de battue et portez une couleur visible.
- Réserves : Nantigny et l’ancienne futaie Colbert sont interdites d’accès. Restez sur les chemins, surtout par vent fort, quand les branches mortes tombent.
- Champignons : l’automne les fait sortir en nombre sous les chênes. Ne mangez rien que vous n’avez pas identifié avec certitude, et apprenez à repérer l’amanite tue-mouches et les champignons dangereux des forêts.
- Informations : l’office de tourisme Vallée du Cœur de France a son accueil à Cérilly et tient des permanences l’été à Saint-Bonnet-Tronçais ; ses cartes de balades se téléchargent sur son site. L’ONF présente la forêt, ses sentiers et ses règles sur sa page « Vivre la forêt de Tronçais ».
Gardez du temps pour les « fonts », les sources aménagées de la forêt. La font de Viljot, autrefois consacrée à Velléda selon l’ONF, est la plus connue ; on en trouve des dizaines d’autres au bord des chemins, souvent marquées d’une petite maçonnerie. Plus loin, le val d’Aumance et la petite cité de Hérisson prolongent la sortie.

Tronçais n’est pas la seule grande forêt domaniale labellisée Forêt d’Exception : la forêt de Fontainebleau l’est depuis 2012, avec ses rochers et ses landes. Et si les vieux arbres vous attirent, les forêts anciennes comme Brocéliande racontent une autre histoire, plus légendaire. Si vous ne venez qu’une journée à Tronçais, prenez le circuit des chênes remarquables le matin, la futaie Colbert II à midi et le tour de l’étang de Saint-Bonnet en fin d’après-midi, à l’heure où les oiseaux d’eau se posent.
Crédits photos
- Gérard Joyon, Forêt de Tronçais près du chêne carré, CC BY 3.0
- Donniedarko37, Chêne sentinelle, domaine public
- Gérard Joyon, Forêt de Tronçais, étang de Pirot, CC BY 3.0
- Siga, Carabus auronitens, CC BY-SA 3.0
- Donniedarko37, Fontaine de Viljot, domaine public



