Un matin de gel, une mésange charbonnière se pose sur le rebord de la fenêtre, puis une deuxième, puis un rougegorge qui fouille la pelouse durcie. L’envie de les aider est immédiate. Elle est légitime : en hiver, rappelle la LPO, les oiseaux passent presque toute la journée à chercher de quoi manger, alors que leurs besoins augmentent avec le froid et que la nourriture se raréfie. Mais une mangeoire mal tenue fait aussi des dégâts. Tout se joue sur trois questions : quand commencer, quoi donner, et quand arrêter.
L’essentiel : ne commencez pas avant la mi-novembre, et seulement quand le gel ou la neige s’installent. Donnez du tournesol noir non grillé et non salé, des pains de graisse végétale sans filet, un peu de fruits flétris, et jamais de pain ni de lait. Nourrissez chaque matin, ajoutez un point d’eau, nettoyez chaque semaine. En mars, quand le temps se radoucit pour de bon, diminuez les doses sur 7 à 10 jours avant d’arrêter.
Quand commencer : pas avant la mi-novembre, et pas avant le froid
À l’automne, la nature offre encore beaucoup : graines, baies, insectes cachés sous l’écorce. Nourrir trop tôt n’apporte rien et habitue les oiseaux à un point fixe. Les antennes de la LPO ne donnent pas toutes la même date, et c’est normal : l’hiver n’arrive pas en même temps à Brest et à Besançon.
- La fiche nationale des Refuges LPO situe le nourrissage « globalement » de la mi-novembre à la fin mars, en période de froid prolongé.
- La LPO Bourgogne-Franche-Comté conseille d’attendre les premières gelées, soit fin novembre ou début décembre chez elle.
- La LPO Auvergne-Rhône-Alpes et la LPO Sarthe parlent de fin octobre à fin novembre selon la région, et donnent le vrai signal de départ : des températures négatives, un gel ou une couche de neige qui dure, une nourriture naturelle inaccessible plusieurs jours de suite.
Retenez donc le froid plutôt que le calendrier. Pour l’hiver 2026-2027, rien ne presse en octobre : préparez la mangeoire et le stock de graines, puis lancez-vous lorsque les gelées deviennent régulières. Là où l’hiver reste doux, il peut se passer de longues semaines sans gel : l’aide n’est alors pas nécessaire.
Une fois lancé, en revanche, ne vous arrêtez plus jusqu’au printemps. Les oiseaux prennent l’habitude de passer à heures fixes ; la fiche des Refuges LPO insiste sur un nourrissage « constant et régulier ». Une mangeoire vide un matin de gel, c’est de l’énergie dépensée pour rien par des oiseaux qui n’en ont pas à revendre.
| Période | Que faire au jardin |
|---|---|
| Octobre – début novembre | Ne pas nourrir. Installer et nettoyer la mangeoire, acheter les graines, laisser les haies et les fleurs fanées en place. |
| Mi-novembre – décembre | Commencer dès que gel ou neige durent ; proposer de l’eau en même temps. |
| Décembre – février | Remplir chaque matin, deux fois par jour en période de neige ; nettoyer chaque semaine ; casser la glace de l’abreuvoir. |
| Fin janvier | Profiter de la mangeoire pour participer au comptage national des oiseaux des jardins. |
| Mars | Quand le temps se radoucit pour de bon, réduire les doses sur 7 à 10 jours, puis arrêter. |
| Avril – septembre | Ne plus donner de graines. L’eau peut rester toute l’année. |

Quoi donner : le menu qui convient au plus grand nombre
En hiver, beaucoup de passereaux des jardins deviennent granivores. La LPO recommande avant tout la graine de tournesol noire, plus riche en lipides que la striée, que la LPO Auvergne-Rhône-Alpes décrit comme la plus consommée par une grande diversité d’oiseaux. Un mélange composé aux deux tiers de tournesol fait très bien l’affaire.
| Aliment | Comment le proposer | À savoir |
|---|---|---|
| Graines de tournesol noires | En silo distributeur ou sur un plateau | Non grillées, non salées ; la base du menu |
| Mélange de graines | Silo ou plateau | Le mélange optimal selon la LPO : tournesol noir, cacahuètes et maïs concassé |
| Cacahuètes, amandes, noix, noisettes | Concassées, en silo ou en distributeur grillagé | Toujours fraîches : ni grillées, ni salées |
| Millet, flocons d’avoine | Sur un plateau | Petites graines pour les petits becs |
| Graines de niger | En silo distributeur | Très nutritives, selon la fiche des Refuges LPO |
| Pain de graisse végétale | Suspendu, nature ou mêlé de graines, de fruits rouges ou d’insectes | De préférence à l’huile de colza, sans huile de palme ; utile aux insectivores |
| Pommes, poires flétries, raisin | Une demi-pomme piquée sur un clou fixé à une planchette | Les fruits abîmés conviennent très bien |
Ce qu’il ne faut jamais mettre dans la mangeoire
Les restes de cuisine sont la fausse bonne idée par excellence. La liste des interdits est longue, mais facile à retenir : rien de salé, rien de sucré, rien de cuisiné.
- Le pain, même sec : il contient trop de sel et les oiseaux le digèrent mal. La LPO lui attribue aussi une malformation des ailes, dite « ailes d’ange », chez les oiseaux d’eau qu’on en gave dans les parcs.
- Le lait : les oiseaux ne le digèrent pas, et il peut provoquer des troubles digestifs mortels.
- Les mélanges bon marché à base de pois, de lentilles et de riz, ainsi que les biscuits et croquettes pour animaux domestiques.
- Les plats cuisinés : pâtes, riz, pommes de terre cuites, lard salé, croûtes de fromage trop salées.
- Les graisses animales et l’huile de palme, que la LPO Bourgogne-Franche-Comté demande de bannir.
Boules de graisse : enlevez le filet
Les boules de graisse du commerce sont souvent vendues dans un filet en plastique. Pour la LPO, ce filet « peut devenir un piège mortel » : une patte ou une langue s’y prend, et l’oiseau ne se dégage plus. Retirez-le et placez la boule dans un support grillagé rigide, ou fabriquez vos propres pains de graisse végétale moulés autour d’une ficelle.

Quelle quantité prévoir ?
Inutile de remplir des seaux. La LPO Sarthe estime que quelques kilos de tournesol, voire quelques dizaines de kilos, suffisent pour tout l’hiver. La bonne mesure se voit à la mangeoire : ne laissez pas s’y accumuler de nourriture non consommée, qui se mouille, se souille de fientes et moisit.
Où et comment installer la mangeoire
L’emplacement compte autant que le menu. Le premier danger au jardin, c’est le chat ; le second, la vitre.
- En hauteur et à découvert, pour que les oiseaux voient venir un prédateur, mais assez près d’un arbre pour s’y percher.
- Loin des murs, des buissons et des baies vitrées, d’où un chat peut bondir et contre lesquelles les oiseaux se heurtent.
- À l’abri des intempéries et plutôt au soleil, visible depuis une fenêtre pour profiter du spectacle.
- Jamais de graines à même le sol : c’est là que fientes et souillures contaminent la nourriture.
- Plusieurs petits postes plutôt qu’un seul, dispersés dans le jardin, pour éviter les attroupements.
Côté matériel, le silo distributeur limite le nombre d’oiseaux qui mangent en même temps ; la LPO le préfère au plateau pour cette raison. Si vous optez pour un plateau, la fiche des Refuges LPO donne des repères précis : des bords de 2 cm au plus, quelques trous de 2 mm dans le fond pour laisser s’écouler la pluie, et, si vous le construisez vous-même, du bois brut non traité d’au moins 1 cm d’épaisseur (mélèze, pin, chêne).
Remplissez le matin, au lever : la nuit froide a vidé les réserves des oiseaux. En période de neige, la LPO conseille un second remplissage en fin d’après-midi, avant la longue nuit d’hiver.
Le jardin reste le bon endroit pour cela. Le règlement sanitaire départemental type, cité par la LPO, interdit de jeter ou déposer de la nourriture dans les lieux publics pour attirer les animaux sauvages, notamment les pigeons. Quant au pain jeté aux canards et aux cygnes, il ne leur convient pas davantage qu’aux mésanges.

L’eau, aussi importante que le grain
Par temps de gel, trouver de l’eau liquide devient difficile. Or les oiseaux en ont besoin pour boire, mais aussi pour se baigner : un plumage propre isole mieux du froid. Placez près de la mangeoire un abreuvoir peu profond, changez l’eau chaque jour si possible et cassez la glace les matins de gel. Contrairement aux graines, l’eau peut rester à disposition toute l’année.
L’hygiène : la règle qui protège verdiers et pinsons
Une mangeoire rassemble des dizaines d’oiseaux au même endroit, et avec eux leurs maladies. La LPO en cite plusieurs, transmises par l’eau et la nourriture souillées. La trichomonose, due à un parasite, est mortelle pour les jeunes et peut l’être pour les adultes ; aux mangeoires, elle touche notamment les pinsons et les verdiers. La salmonellose, très fréquente aux mangeoires, rend les oiseaux léthargiques, amaigris, plumage ébouriffé et paupières gonflées ; le verdier d’Europe et le tarin des aulnes y sont les plus sensibles. Elle peut aussi se transmettre aux animaux domestiques et à l’homme.
- Chaque semaine : brossez mangeoires et abreuvoirs à l’eau et au savon de Marseille ou au savon noir, rincez, laissez sécher. Les plateaux, plus exposés aux fientes, gagnent à être nettoyés chaque jour.
- Dehors, jamais dans la cuisine, avec des gants et une brosse réservée à cet usage ; lavez-vous les mains ensuite.
- Au dégel, redoublez de vigilance : la LPO signale que les bactéries de l’eau gelée se mêlent alors à la nourriture.
- Une ou deux fois par hiver, déplacez la mangeoire pour éviter l’accumulation de fientes au sol.
- En fin de saison, désinfectez à l’eau de Javel diluée dans de l’eau froide, puis rincez abondamment. La LPO déconseille la Javel pour l’entretien courant.
Un oiseau malade ou mort près de la mangeoire
Un verdier apathique, plumage ébouriffé, doit alerter. La consigne de la LPO est nette : retirez toute la nourriture, videz les points d’eau et cessez le nourrissage pendant 10 à 15 jours au minimum, le temps que les oiseaux se dispersent. Désinfectez ensuite mangeoires et abreuvoirs à l’eau de Javel diluée. Si vous trouvez plus de trois oiseaux morts au même endroit au même moment, ne les touchez pas et prévenez le service départemental de l’Office français de la biodiversité, qui organise la surveillance sanitaire de la faune sauvage. La LPO détaille ces gestes dans sa fiche sur les maladies des oiseaux du jardin.

Pendant une vague de froid
Les gelées longues sont les moments où la mangeoire compte vraiment. Quand le sol reste gelé ou enneigé plusieurs jours, la nourriture naturelle devient inaccessible, alors que les oiseaux dépensent beaucoup d’énergie à lutter contre le froid pendant la nuit. La LPO a d’ailleurs défini un protocole « gel prolongé » pour les épisodes de neige ou de gel prévus sur au moins cinq jours (voir pourquoi les oiseaux souffrent aussi du froid).
Dans ces périodes, remplissez deux fois par jour, ajoutez un fruit flétri, et surtout gardez de l’eau liquide. Les grands froids poussent aussi des oiseaux d’ordinaire farouches à venir près des maisons : ce fut le cas lors de la vague de froid de février 2012, avec ses quinze jours de neige continue.
Quand et comment arrêter : en mars, en douceur
Le printemps change tout. Beaucoup d’oiseaux redeviennent insectivores, et les graines grasses ne répondent plus à leurs besoins ni à ceux des oisillons, nourris d’insectes. La LPO déconseille aussi de nourrir au printemps et en été pour ne pas rendre dépendants les jeunes de l’année, qui doivent apprendre à trouver seuls leur nourriture.
Le moment varie selon les sources, de la mi-mars à la fin mars : là encore, fiez-vous au temps qu’il fait. La LPO Auvergne-Rhône-Alpes résume la méthode : dès que le temps se radoucit définitivement, vers le mois de mars, arrêtez progressivement, sur 7 à 10 jours. Concrètement :
- Attendez que les gelées matinales aient cessé depuis plusieurs jours et que les températures remontent durablement.
- Réduisez la ration de moitié, puis encore de moitié quelques jours plus tard.
- Au bout de 7 à 10 jours, ne remplissez plus. Si un retour de neige survient, reprenez quelques jours puis recommencez la décrue.
- Nettoyez et désinfectez la mangeoire, puis rangez-la jusqu’à l’hiver suivant. Laissez l’abreuvoir en place.
Retirez aussi les supports à fruits faits d’un clou sur une planchette : la fiche des Refuges LPO rappelle qu’ils peuvent blesser les enfants qui jouent au jardin.
Le relais se prend ailleurs dans le jardin : un nichoir posé dès l’automne sert d’abri pour les nuits froides avant d’accueillir une nichée au printemps, et une haie champêtre offre baies et insectes bien après la dernière graine.
Profiter de la mangeoire : compter les oiseaux fin janvier
Une mangeoire bien tenue devient un poste d’observation. Deux fois par an, le dernier week-end de janvier et le dernier week-end de mai, la LPO et le Muséum national d’Histoire naturelle organisent le comptage national des oiseaux des jardins (en janvier 2026, il a eu lieu les 24 et 25). Pour vous y préparer, apprenez à reconnaître les oiseaux du jardin en hiver. Le principe est simple : observer pendant une heure, et noter pour chaque espèce le plus grand nombre d’individus vus en même temps, pas le total des passages. Si vous voyez deux mésanges, puis quatre, puis deux, vous notez quatre. Les dates de janvier 2027 seront annoncées sur le site de l’observatoire Oiseaux des jardins.
Et si l’envie vous prend de voir l’hiver à une autre échelle, d’autres rendez-vous attendent dehors : des milliers de grues cendrées passent l’hiver au lac du Der, et les oiseaux d’eau font halte en nombre lors de la migration en baie de Somme.
Pour cet hiver, retenez l’ordre des gestes : attendre le froid, offrir du tournesol noir et de l’eau propre, nettoyer chaque semaine, puis lâcher prise doucement en mars. Les mésanges feront le reste.