À la mi-octobre, la migration d’automne bat son plein en baie de Somme. Le matin, les passereaux passent par milliers au-dessus des dunes ; dans les marais, les canards hivernants arrivent ; les jours de grande marée, des milliers de limicoles se serrent sur les reposoirs. Encore faut-il savoir où se placer, et à quelle heure.
Ce guide rassemble ce qu’il faut pour choisir son jour : le calendrier des espèces mois par mois, les coefficients des prochaines grandes marées, le Parc du Marquenterre en pratique et les autres points d’observation de la baie, de la pointe du Hourdel à celle de Saint-Quentin.
Pourquoi tant d’oiseaux s’arrêtent en baie de Somme
La baie de Somme couvre 7 200 hectares entre la pointe du Hourdel, au sud, et la pointe de Saint-Quentin, au nord, distantes de 5 km. Elle réunit les estuaires de la Somme et de la Maye. À marée basse se découvrent de vastes étendues de sable et de vase, riches en coques, vers et crustacés, dont se nourrissent canards, limicoles et goélands.
La baie se trouve aussi au croisement de plusieurs voies de migration : celles qui passent par les îles Britanniques, par la Scandinavie et les Pays-Bas, ou directement par l’Allemagne depuis la Russie. La fiche Ramsar du site recense 365 espèces d’oiseaux observées en deux siècles sur la plaine maritime picarde. En hiver, la réserve naturelle accueille en moyenne 23 000 oiseaux d’eau, plus de 30 000 si l’on ajoute les sites voisins.
Une partie de l’estuaire est protégée. La Réserve naturelle nationale de la baie de Somme, créée par décret le 21 mars 1994, couvre près de 2 800 hectares, auxquels s’ajoutent les quelque 200 hectares du Parc du Marquenterre, sa partie terrestre. L’État en a confié la gestion au Syndicat mixte Baie de Somme – Grand Littoral Picard. Le site figure depuis 1998 sur la liste Ramsar des zones humides d’importance internationale.

Calendrier : quels oiseaux voir, mois par mois
Le tableau croise les observations publiées par le Parc du Marquenterre, la fiche Ramsar du site et les suivis de Picardie Nature. Les chiffres sont des maximums relevés une année donnée : un ordre de grandeur, pas une garantie.
| Période | Ce qui se passe | Exemples relevés |
|---|---|---|
| Janvier – février | Hivernage : canards, oies et limicoles stationnent sur les plans d’eau et l’estran. | Le site est d’importance internationale pour le Tadorne de Belon, le Canard pilet et le Canard souchet (comptages de la mi-janvier). |
| Mars – mai | Migration de printemps, puis début des nidifications. | Au Hourdel, 2 159 Barges rousses le 3 mai 2007 ; pic des Hirondelles rustiques à la mi-mai. En baie, 6 500 Bécasseaux maubèches en mai 2001 et 3 300 Pluviers argentés en mai 1996. |
| Juin – juillet | Nidification ; les premiers limicoles repartent vers le sud dès l’été. | Une centaine de couples d’Avocettes élégantes et 20 à 25 couples de Spatules blanches nichent dans la baie. |
| Août | Premières grandes marées de la migration d’automne ; les passereaux des roselières s’en vont. | 6 700 Huîtriers pie et 1 600 Courlis cendrés au poste 4 du Parc le 22 août 2020, près de 400 Spatules blanches à l’abri du poste 7. |
| Septembre | Grandes marées d’équinoxe ; passage des fauvettes et des rapaces. | 4 200 Grands gravelots en septembre 2002. Pic des Fauvettes à tête noire et des jardins à partir du 15 septembre ; Balbuzard pêcheur en passage. |
| Octobre | Grand passage des passereaux ; arrivée des canards hivernants. | Mi-octobre 2023 : « grand rush » des tarins, grives, alouettes, pinsons et choucas. Fin octobre 2025 : des milliers de grives, pigeons et pinsons. |
| Novembre | Derniers migrateurs ; les hivernants s’installent. | Le 1er novembre 2023, des centaines de Canards pilets, Sarcelles d’hiver, Courlis cendrés et barges ; environ 2 000 canards au Parc en novembre 2025. |
| Décembre | Hivernage. | Canards en grand nombre, oies et quelques échassiers sur les plans d’eau. |
Octobre réunit donc deux spectacles : le passage matinal des petits oiseaux et l’arrivée des hivernants. Avec des surprises : depuis 2018, un jeune Pygargue à queue blanche est vu presque chaque année au Parc entre octobre et mars.
Rouges-gorges, roitelets, merles et grives traversent la baie en septembre et en octobre : c’est aussi le moment de penser à nourrir les oiseaux du jardin pour l’hiver.

Les marées : choisir son jour et son heure
En baie de Somme, l’heure compte autant que le lieu. À marée basse, les limicoles se dispersent sur des kilomètres de vasières pour se nourrir : ils sont loin et éparpillés. Quand la mer monte, le flot les repousse vers le haut de l’estran puis vers les reposoirs, où ils attendent, serrés, que l’eau redescende. Au Parc du Marquenterre, le reposoir principal de marée haute se trouve au poste 4. L’équipe du parc rappelle que ce repos est vital : c’est à marée haute que les oiseaux font leur toilette et dorment, la marée basse étant consacrée à la recherche de nourriture.
Plus le coefficient est fort, plus la mer monte haut et plus les reposoirs se remplissent. Lors du Big Day de septembre 2024, l’équipe notait à l’inverse qu’un coefficient de 51 n’avait pas aidé à cocher des espèces. Le parc cale d’ailleurs ses sorties « grandes marées » le long de la digue sur ces jours-là : cette année, les 11 et 12 octobre.
Les prochaines grandes marées
Coefficients prévus à l’entrée de la baie de Somme (Le Crotoy), d’après l’annuaire maree.info, établi à partir des prédictions du SHOM. Quand deux valeurs sont données, elles correspondent aux deux pleines mers de la journée.
| Date | Coefficients |
|---|---|
| Dimanche 25 octobre 2026 | 87 – 92 |
| Lundi 26 octobre | 95 – 98 |
| Mardi 27 octobre | 99 |
| Mercredi 28 octobre | 100 – 99 |
| Jeudi 29 octobre | 96 – 93 |
| Mardi 24 novembre | 90 – 93 |
| Mercredi 25 novembre | 96 |
| Jeudi 26 novembre | 97 – 97 |
| Vendredi 27 novembre | 96 – 94 |
| Vendredi 25 décembre | 95 – 97 |
| Samedi 26 décembre | 99 – 99 |
| Dimanche 27 décembre | 98 – 96 |
L’équipe du parc le relève : en baie de Somme, les grandes marées tombent en début d’après-midi. Le 11 octobre 2026, la pleine mer était ainsi annoncée à 13 h 04 à l’entrée de la baie. Vérifiez l’heure exacte la veille, d’autant que le passage à l’heure d’hiver a lieu dans la nuit du 24 au 25 octobre, et soyez en place avant la pleine mer pour voir les oiseaux arriver sur les reposoirs.
La règle de sécurité
La mer monte vite dans la baie et peut isoler les promeneurs sur les bancs de sable. Un arrêté préfectoral du 19 juillet 1977, rappelé par le CROSS Gris-Nez, impose de quitter la baie de Somme au plus tard 3 h 30 avant la pleine mer et d’attendre au moins une heure après la pleine mer pour s’y engager. Les jours de grande marée, observez depuis la terre ferme, et ne marchez dans la baie qu’avec un guide professionnel. En cas d’isolement par la marée, appelez le 196.
Le Parc du Marquenterre en pratique
Le Parc du Marquenterre, à Saint-Quentin-en-Tourmont, est la partie terrestre de la réserve naturelle. Cet ancien polder de 200 hectares, ouvert à l’observation des oiseaux depuis 1973, appartient au Conservatoire du littoral ; il est géré par le Syndicat mixte, à travers la régie Destination Baie de Somme. Un parcours à pied de 6 km, avec des raccourcis pour des boucles d’environ 2 et 4 km, dessert 13 postes d’observation. Des guides naturalistes y sont postés avec des longues-vues.
| Information | Détail |
|---|---|
| Adresse | 25 bis chemin des Garennes, 80120 Saint-Quentin-en-Tourmont. Tél. 03 22 25 68 99. |
| Horaires | 10 h – 18 h, dernier accès à 16 h (horaires affichés début octobre 2026 ; ils varient selon la saison). |
| Tarifs 2026 | Adulte 12 € ; enfant de 6 à 17 ans 8,60 € ; gratuit avant 6 ans ; forfait famille (2 adultes et 2 enfants, ou 1 adulte et 3 enfants) 35,10 €. |
| Jumelles | Location 5 € sur place, contre une pièce d’identité. |
| Durée | 1 h 30 à 3 h selon le rythme. |
| À savoir | Chiens interdits, même en laisse, dans le parc et dans la réserve naturelle. Pas de pique-nique sur le parcours. Visite uniquement à pied. |
Le parc publie une prévision de fréquentation et conseille de réserver pour garantir son entrée. Selon Somme Tourisme, il ouvre tous les jours des vacances de février à celles de la Toussaint et pendant les vacances de Noël, seulement le week-end en novembre et décembre hors vacances, et ferme en janvier : vérifiez le calendrier sur le site du parc avant de venir hors saison.
Les Semaines de la migration, du 17 octobre au 1er novembre 2026
Pendant les vacances de la Toussaint, une sortie guidée part à 9 h pour expliquer la migration : identification, cris, vol, comptages. Comptez 2 h 30 à 3 h, dès 8 ans, pour 26 € par adulte et 16 € par enfant de 6 à 17 ans, accès au parc et jumelles compris, sur réservation. Le 25 octobre après-midi, un « Big Day » en famille propose de noter le plus d’espèces possible sur le parcours.

Où observer hors du Marquenterre
Autour de la baie, d’autres lieux se visitent librement, chacun avec son meilleur moment.
| Lieu | Ce qu’on y voit | Meilleur moment |
|---|---|---|
| Pointe du Hourdel (Cayeux-sur-Mer), rive sud | Vue sur toute la baie. Tadornes, courlis cendrés, spatules, sternes caugek, pluviers argentés, grands gravelots, bécasseaux variables, huîtriers pie, chevaliers gambettes. | À marée haute comme à marée basse ; au printemps, le matin, pour la migration active. |
| Pointe de Saint-Quentin et banc de l’Ilette, rive nord | Migration active des passereaux et des rapaces : pinsons, alouettes, bouvreuils, bergeronnettes, éperviers, busards. | Le matin, de fin août à fin novembre, de préférence par vent d’est ou de sud-est. |
| Le Crotoy, rive nord | Limicoles et mouettes sur l’estran face à la ville. Les traversées guidées de la baie relient Le Crotoy et Saint-Valery. | Quand le flot ramène les oiseaux vers le rivage ; traversées selon l’horaire du guide. |
| Saint-Valery-sur-Somme et Cap Hornu, rive sud | Points hauts au bord de la baie et de ses prés salés, les mollières. | Avec une longue-vue, en suivant la marée. |
| Hâble d’Ault, bas-champs de Cayeux | Réserve d’avifaune en accès libre : plans d’eau derrière la digue où se posent les migrateurs. | En période de migration. |
| Réserve de Grand-Laviers, vallée de la Somme | Ancien site industriel de 40 hectares, 15 postes d’observation. Échasses, avocettes, canards siffleurs, sarcelles d’hiver. | Visites guidées proposées ; accès à pied ou à vélo par le chemin de halage. |
La pointe du Hourdel
Au pied du phare, la pointe offre la vue la plus large sur l’estuaire ; garez-vous sur le quai et continuez à pied. Picardie Nature y suit la migration de printemps : les passereaux longent les cordons de galets et, à marée haute, la plupart évitent de traverser la baie et obliquent vers Saint-Valery ou Le Crotoy. Les spatules y passent en vols d’une vingtaine d’oiseaux, à quelques dizaines de mètres d’altitude.

La pointe de Saint-Quentin, pour la migration du matin
Au nord de la baie, le secteur du banc de l’Ilette et de la pointe de Saint-Quentin sert de poste de comptage de la migration d’automne : Picardie Nature y a fixé un protocole de suivi quotidien du 20 août à la fin novembre, et le décrit comme l’un des meilleurs postes connus en France pour suivre le passage du Bouvreuil pivoine. Le passage est surtout matinal : les compteurs sont en place 30 minutes avant le lever du soleil. Par vent d’est ou de sud-est, de grandes bandes de Pinsons des arbres et d’Alouettes des champs longent le haut de plage, parfois au-dessus de la mer à marée haute. Par fort vent d’ouest ou de nord-ouest, le passage est presque nul.
Le Crotoy, Saint-Valery et le Cap Hornu
Face au Crotoy, huîtriers pie, courlis cendrés et mouettes rieuses se nourrissent sur l’estran. À Saint-Valery, la chapelle des Marins, sur le mont qui prolonge la cité médiévale, et le Cap Hornu, promontoire de la rive sud, sont des points hauts commodes pour balayer la baie à la longue-vue. C’est entre ces deux villes que se font les traversées à pied, toujours avec un guide.
Préparer sa sortie
- Jumelles et longue-vue. Les oiseaux de l’estran sont souvent loin ; les compteurs de Picardie Nature travaillent aux jumelles 10× et confirment les vols lointains à la longue-vue.
- Distance. La réserve demande de rester à 300 m des reposoirs et des zones d’alimentation des oiseaux et des phoques, sur terre comme sur l’eau.
- Silence et sentiers. Restez sur les chemins balisés, hors des dunes et des zones d’exclos.
- Chiens. Ils ne sont pas admis dans la réserve naturelle ni dans le Parc du Marquenterre, même tenus en laisse.
- Heure. Venez tôt pour les passereaux, dont le passage est surtout matinal ; pour les limicoles, réglez-vous sur la pleine mer.
- Marée et météo. Vérifiez-les la veille, et ne vous engagez jamais seul dans la baie.
Et les phoques ?
La baie de Somme abrite la plus importante colonie française de phoques veaux-marins, et des phoques gris y sont présents toute l’année. La pointe du Hourdel est le lieu le plus connu pour les observer, avec les mêmes règles de distance que pour les oiseaux. Nous leur consacrons un article à part : où et quand voir les phoques en baie de Somme.
Et si vous suivez la migration cet automne, l’autre grand rendez-vous se trouve dans l’intérieur des terres : les grues cendrées au lac du Der, en Champagne.