Sommaire
- Un lac qui double de surface en hiver
- Pourquoi on ne peut pas s'en approcher
- Quels oiseaux voir, et à quelle saison
- L'hiver : canards, foulques et mouettes par milliers
- Le printemps et l'été : spatules, hérons et guifettes
- Où voir le lac : les fenêtres ouvertes au public
- La Maison du lac, à Bouaye
- Passay, le village des pêcheurs
- Saint-Lumine-de-Coutais et Pierre Aiguë : les points de vue libres
- Randonner autour du lac en novembre et en hiver
- Observer sans déranger : les bonnes pratiques
- Préparer votre sortie
- Crédits photos
À 14 kilomètres au sud-ouest de Nantes, le lac de Grand-Lieu est l’un des plus grands lacs naturels de plaine de France, et l’un des plus secrets : aucun sentier ne le longe, aucune barque de loisir ne s’y aventure. On le regarde depuis quelques « fenêtres » aménagées sur ses rives. C’est justement ce qui en fait un refuge exceptionnel pour les oiseaux, surtout entre l’automne et la fin de l’hiver, quand l’eau recouvre les prairies.
L’essentiel : venez en novembre ou en février, quand le lac est haut et les canards nombreux. La Maison du lac, à Bouaye, ferme de début décembre à fin janvier ; en plein hiver, gardez la Maison des Pêcheurs de Passay, ouverte l’après-midi, et les points de vue en accès libre de Saint-Lumine-de-Coutais et de Pierre Aiguë. Jumelles indispensables : on observe toujours de loin.
Un lac qui double de surface en hiver
Selon la Société nationale de protection de la nature (SNPN), qui gère sa réserve naturelle nationale, le lac couvre environ 2 200 hectares en eau l’été et 6 300 hectares l’hiver. Sa profondeur maximale passe d’environ 1,5 mètre à 2,5 à 3,5 mètres. Il est alimenté par les pluies d’un bassin versant de 850 km², drainé par l’Ognon et la Boulogne, et se vide par l’Acheneau vers l’estuaire de la Loire ; un vannage, à Bouaye, règle la sortie de l’eau. L’office de tourisme du lac indique que le niveau est généralement au plus haut en janvier-février.
Autour des 800 hectares d’eau libre du centre s’étendent, en anneaux, des herbiers de nénuphars, une roselière boisée noyée sept à huit mois par an et des prairies inondées quatre à six mois par an. C’est cette mosaïque, et sa tranquillité, qui attire les oiseaux.
Pourquoi on ne peut pas s’en approcher
Le cœur du lac est protégé par deux réserves : la réserve naturelle nationale, créée le 10 septembre 1980 sur 2 695 hectares après la donation du parfumeur Jean-Pierre Guerlain à l’État, et une réserve naturelle régionale de 650 hectares, gérée par la Fédération départementale des chasseurs de Loire-Atlantique. Sur l’une comme sur l’autre, la circulation des personnes et des véhicules est interdite toute l’année, quel que soit le moyen de déplacement. Seuls les pêcheurs professionnels de la coopérative du lac y travaillent ; baignade et activités nautiques se pratiquent sur les rivières voisines.
Quels oiseaux voir, et à quelle saison
La SNPN recense 313 espèces d’oiseaux à Grand-Lieu, en grande majorité des oiseaux d’eau et des oiseaux des roselières. L’office de tourisme présente le lac comme la deuxième réserve ornithologique de France après la Camargue et ses animaux emblématiques. Deux saisons s’opposent : le printemps et l’été des grands échassiers nicheurs, et l’hiver des canards.
L’hiver : canards, foulques et mouettes par milliers
Grand-Lieu figure parmi les cinq premiers sites français pour l’hivernage des canards et des foulques. Lors du comptage international de la mi-janvier, la SNPN y dénombre 20 000 à 25 000 oiseaux de ces groupes. Le canard souchet, reconnaissable à son large bec en spatule, est le plus abondant : 8 354 individus à la mi-janvier 2022. Viennent ensuite la sarcelle d’hiver (4 184 la même année), le fuligule milouin et le canard chipeau (1 628). L’oie cendrée est présente de septembre à mai, selon l’office de tourisme.
À la tombée du jour, entre octobre et mars, un grand dortoir de mouettes et de goélands se forme sur le lac : environ 20 000 oiseaux, dont 14 600 mouettes rieuses comptées en janvier 2022. Toute l’année, vous pouvez aussi apercevoir la grande aigrette, l’aigrette garzette, le héron cendré, le busard des roseaux qui chasse au ras des roseaux, le grèbe huppé et, avec de la chance, le martin-pêcheur.
Un bémol, que la SNPN ne cache pas : les oiseaux d’eau hivernants reculent depuis les années 2010, surtout depuis 2017, et les chiffres varient beaucoup d’un hiver à l’autre.

Le printemps et l’été : spatules, hérons et guifettes
Le lac accueille les onze espèces de hérons qui nichent en France, et plus de 3 000 couples de grands échassiers installés dans les saulaies inondées. C’est aujourd’hui le principal site de nidification de la spatule blanche en France : 642 couples en 2021. La spatule est visible de mars à octobre. La guifette moustac, petite sterne des marais, construit son nid sur les herbiers de nénuphars : Grand-Lieu en a abrité 27 % des effectifs français entre 2017 et 2021. L’échasse blanche arrive en avril, le milan noir est présent de mars à septembre.
| Période | Ce qui domine | Espèces à chercher |
|---|---|---|
| Mars – juin | Nidification dans la roselière boisée | Spatule blanche, hérons, échasse blanche, guifette moustac |
| Juillet – septembre | Lac bas, marais accessibles ; passereaux en halte migratoire | Hérons et aigrettes au gagnage, milan noir |
| Octobre – novembre | Arrivée des hivernants, montée des eaux | Oie cendrée, premiers canards, dortoir de mouettes |
| Décembre – février | Lac au plus haut, hivernage | Canard souchet, sarcelle d’hiver, fuligule milouin, foulque, mouettes et goélands |
Où voir le lac : les fenêtres ouvertes au public
Faute de sentier de rive, le lac se découvre depuis une poignée de sites répartis tout autour. Certains sont payants et suivent des horaires, d’autres sont en accès libre mais peuvent être inondés en hiver. Le tableau ci-dessous dit ce qui reste possible en novembre et au cœur de l’hiver.
| Site | Commune | Ce qu’on y voit | En novembre | Décembre – janvier |
|---|---|---|---|---|
| Maison du lac de Grand-Lieu (Pavillon Guerlain) | Bouaye, rive nord | Exposition, sentier de 1 km, terrasse sur la réserve avec guide et jumelles | Ouverte, sur réservation | Fermée (fermeture annuelle) |
| Maison des Pêcheurs et tour panoramique | Passay, La Chevrolière, rive est | Tour de 12 m avec longues-vues, musée des pêcheurs, aquariums | Mercredi, vendredi, samedi, dimanche, 14 h – 17 h 30 | Mêmes jours ; mardi à dimanche pendant les vacances ; fermée les 24, 25, 31 décembre et 1er janvier |
| Ports de Passay | La Chevrolière | Vue directe sur l’eau, barques des pêcheurs | Accès libre | Accès libre (port d’hiver) |
| Observatoire ornithologique de Passay | La Chevrolière | Affût insonorisé dans la réserve régionale, visite guidée seulement | Selon le niveau d’eau : à confirmer par téléphone | Pas accessible en hiver |
| Pierre Aiguë | Saint-Aignan-Grandlieu, rive nord-est | Allée jusqu’aux eaux libres et aux herbiers | Accès libre | Accès libre, mais site parfois inondé |
| Clocher de l’église Saint-Léobin | Saint-Lumine-de-Coutais, rive sud | Le lac en entier, d’en haut | Dimanche 14 h 30 – 18 h, ou clé en mairie en semaine | Idem |
| Canal du Grand Port | Saint-Lumine-de-Coutais | Marais inondés et oiseaux hivernants | Accès libre | Accès libre, vue au plus large |
| Observatoire de l’Ognon | Pont-Saint-Martin | Marais de l’Île, au bord de la rivière | Accès libre | Accès libre |
La Maison du lac, à Bouaye
C’est la visite la plus complète. Propriété du Département de Loire-Atlantique et du Conservatoire du littoral, la Maison du lac (rue du Lac, 44830 Bouaye) se visite en trois temps : un centre d’exposition, un sentier d’un kilomètre, puis l’ancien pavillon de chasse de Jean-Pierre Guerlain, en limite de la réserve. La visite se termine sur sa terrasse, face à la roselière boisée et aux eaux du lac, avec un guide et des jumelles. En hiver, d’après l’office de tourisme, l’eau monte jusqu’au pied du pavillon.
Deux formules : la visite immersive, avec balade sonore, dure environ 2 h 45 et est conseillée à partir de 8 ans (12 €, 9 € en tarif réduit, 36 € pour une famille) ; la visite découverte dure environ 2 heures, sans la balade sonore (8 €, 6 € en tarif réduit, gratuite avant 6 ans). Les places sont limitées et la réservation se fait en ligne. Le sentier est praticable en poussette et en fauteuil, et le site porte le label Tourisme et Handicap. Les chiens ne sont admis ni dans le centre d’accueil ni dans le pavillon, situé en réserve naturelle ; le chemin communal qui les relie leur reste ouvert, en laisse.
Attention au calendrier : la Maison du lac ferme chaque année de début décembre à fin janvier, et la dernière admission a lieu une heure avant la fermeture. Les jours et horaires changent dans l’année : consultez le calendrier et les horaires de la Maison du lac avant de réserver. Pour y aller sans voiture : TER Nantes-Pornic jusqu’à la gare de Bouaye, puis 20 minutes à pied, ou bus TAN 88 jusqu’à « Centre de Bouaye », puis 15 minutes à pied.

Passay, le village des pêcheurs
Sur la rive est, à La Chevrolière, le vieux village de Passay est le seul village de pêcheurs du lac. La Maison des Pêcheurs (16 rue Yves Brisson) y raconte la vie des « Passis » et présente les poissons du lac dans ses aquariums ; sa tour panoramique de 12 mètres, équipée de longues-vues, domine la partie du lac classée en réserve régionale, vers l’embouchure de l’Ognon. D’octobre à mars, elle ouvre le mercredi et du vendredi au dimanche, de 14 h à 17 h 30, et du mardi au dimanche pendant les vacances scolaires de la zone B. C’est le site payant le plus sûr pour une sortie en décembre ou en janvier. Une webcam sur la tour montre le lac en direct.
Juste à côté, les ports sont en accès libre : selon la saison et le niveau d’eau, on rejoint le port d’été ou le port d’hiver. L’observatoire ornithologique de Passay, caché dans les roseaux de la réserve régionale, ne se visite qu’avec un technicien de la Fédération des chasseurs, après une marche de 300 mètres : 25 personnes au plus, 1 h 30 de visite, 3 € pour un adulte et 1 € de 6 à 18 ans, paiement en espèces. Il ouvre à la belle saison et jusqu’à l’automne selon le niveau d’eau ; en novembre, appelez avant de vous déplacer (06 79 65 63 67).
Saint-Lumine-de-Coutais et Pierre Aiguë : les points de vue libres
Au sud, le clocher de l’église Saint-Léobin de Saint-Lumine-de-Coutais offre le seul panorama sur le lac entier, au prix de près de 150 marches. D’octobre à mars, une permanence est assurée le dimanche de 14 h 30 à 18 h ; en semaine, la clé s’emprunte à la mairie aux heures d’ouverture. Entrée : 3 € par adulte ; accès impossible aux personnes à mobilité réduite. Tout près, le canal du Grand Port donne, l’hiver, sur une immense étendue d’eau qui recouvre les prairies : c’est l’un des meilleurs endroits pour voir les hivernants posés sur le marais.
Au nord-est, à Saint-Aignan-Grandlieu, le site de Pierre Aiguë reste en accès libre toute l’année : une allée mène à un point de vue dégagé sur les eaux libres et les herbiers. L’observatoire mobile n’y est installé qu’en été, et l’accès peut être inondé au cœur de l’hiver. Bottes conseillées.
Randonner autour du lac en novembre et en hiver
Le GR de Pays « Tour du lac de Grand-Lieu » fait 73 km, à parcourir en trois à quatre jours ou par étapes. Son circuit principal n’est entièrement praticable que de juin à septembre ; le reste de l’année, des variantes « hiver » contournent les zones inondées. Le circuit reste en retrait du lac, pour la sécurité des marcheurs comme pour la tranquillité des oiseaux. L’office de tourisme propose plusieurs boucles adaptées à l’hiver :
- Circuit des Marais (variante d’hiver), 6,2 km, au départ de Saint-Lumine-de-Coutais (parking rue du Stade) : par de petites routes, il longe les marais inondés et offre de vrais points de vue sur le lac.
- Circuit de Passay, au départ de la place des Pêcheurs à La Chevrolière : une boucle familiale par le vieux village, à combiner avec la tour de la Maison des Pêcheurs.
- Circuit des Halbrans, 15,8 km (3 h 45), au départ de la fontaine Saint-Rachoux à Saint-Aignan-Grandlieu, non loin de Pierre Aiguë.
- Circuit des Sables Rouges, 6,7 km (1 h 30), au départ de Port-Saint-Père : le long de l’Acheneau et de ses marais inondés.
Les chemins de marais de Saint-Lumine-de-Coutais et de Saint-Mars-de-Coutais peuvent être sous l’eau d’octobre à mai, selon la SNPN. Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme de Grand Lieu (02 40 78 22 34) après de fortes pluies.

Observer sans déranger : les bonnes pratiques
La SNPN le rappelle : le non-dérangement conditionne la présence même de la faune du lac.
- Restez sur les chemins balisés et les sites aménagés : les limites des réserves sont signalées par des bouées et des panneaux, et on ne les franchit jamais, même quand l’eau s’est retirée.
- Observez de loin, aux jumelles ou à la longue-vue ; si des oiseaux se lèvent à votre approche, reculez.
- Gardez votre chien en laisse sur les sentiers, et laissez-le à la maison pour la visite de la Maison du lac.
Préparer votre sortie
Pour une première visite en novembre, l’idéal est une journée en deux temps : la Maison du lac, sur réservation, puis Passay et sa tour, ou le canal du Grand Port en fin de journée, quand les oiseaux rejoignent leurs dortoirs. Entre décembre et fin janvier, remplacez la Maison du lac par Passay (pensez au mercredi ou au week-end) et par le clocher de Saint-Lumine-de-Coutais le dimanche. Février, quand la Maison du lac rouvre et que le lac est encore au plus haut, est une autre excellente fenêtre.
Emportez des jumelles, des vêtements chauds et des bottes, car les abords sont souvent détrempés. La SNPN publie le détail des lieux d’accueil autour de la réserve, utile pour bâtir un itinéraire.
Si vous préparez une tournée des zones humides de l’Ouest cet hiver, Grand-Lieu se combine bien avec les bernaches et les canards du golfe du Morbihan. Pour élargir à toute la France, voyez notre sélection des meilleurs sites pour observer les oiseaux en hiver, où figure aussi le lac du Der, l’autre grand lac à oiseaux de l’hiver, célèbre pour ses grues cendrées à l’aube.
Crédits photos
- Morgane Montoux, Levé de soleil hivernal, CC BY-SA 4.0
- Morgane Montoux, Aube sur Grand-Lieu, CC BY-SA 4.0
- Selbymay, Lac de Grand-Lieu – Pierre aigue (1), CC BY-SA 3.0
- Lohan Le Galloudec, Coucher de soleil hivernal au Lac de Grand-Lieu, CC BY-SA 4.0



