Deux coccinelles à sept points rouges à points noirs accouplées sur une inflorescence de quinoa, dans les jardins du Muséum d
Nature au jardin

La coccinelle : ce qu’elle mange, sa larve, son hivernage

Coccinelles à sept points en train de s'accoupler sur un pied de quinoa, dans les jardins du Muséum de Toulouse, en juin. Photo : Caroline Léna Becker / Wikimedia Commons

La coccinelle à sept points fait partie des rares insectes que tout le monde reconnaît, et des rares que les jardiniers attendent avec impatience. Elle n’est pourtant pas seule : la France compte des dizaines d’espèces de coccinelles, et toutes ne mangent pas des pucerons. Depuis une vingtaine d’années, une nouvelle venue, la coccinelle asiatique, s’invite aussi par centaines dans les maisons à l’automne. Voici comment reconnaître chacune, ce qu’elles mangent, à quoi ressemble leur larve et où elles passent l’hiver.

L’essentiel : la plupart des coccinelles du jardin mangent des pucerons, et c’est leur larve, grise ou noire et allongée comme un petit lézard, qui en dévore le plus. Elles passent l’hiver à l’état adulte, sous les feuilles mortes, les touffes d’herbe ou les pierres. Celles qui s’entassent par centaines derrière les volets en octobre sont le plus souvent des coccinelles asiatiques, une espèce introduite que l’on reconnaît à sa taille (plus de 5 mm) et au « M » noir sur fond blanc derrière la tête.

Que mange une coccinelle ?

Larves et adultes se nourrissent d’abord de pucerons. C’est la réponse de l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) à la question la plus posée sur ces insectes : les pucerons apportent les protéines dont la coccinelle a besoin pour grandir et pour pondre. Une fiche de la LPO consacrée aux coccinelles avance un ordre de grandeur pour l’adulte : environ 150 pucerons par jour pour la coccinelle à sept points, une cinquantaine pour la coccinelle à deux points.

Le menu ne s’arrête pas là. Selon la fiche de l’Opie sur le régime des coccinelles, les espèces carnivores chassent aussi des thrips, des psylles, des aleurodes, des cochenilles, ainsi que des larves de mouches, de guêpes, de papillons et de coléoptères, y compris celles d’autres coccinelles. Toutes les espèces carnivores sont d’ailleurs cannibales : une larve qui vient d’éclore commence souvent par les œufs voisins.

Quand les pucerons se font rares, en plein été notamment, beaucoup de coccinelles se rabattent sur le pollen et le nectar des fleurs. Elles survivent, mais leur croissance ralentit et la ponte s’arrête. C’est pour cette raison qu’un jardin fleuri du printemps à l’automne les retient mieux qu’un potager nu.

Toutes les coccinelles ne mangent pas des pucerons

Certaines espèces ont changé de régime. L’Opie rappelle que quelques coccinelles sont devenues végétariennes, et d’autres mangeuses de champignons microscopiques. Deux d’entre elles sont faciles à croiser au jardin.

EspèceCe qu’elle mangeOù la voir
Coccinelle à sept pointsPucerons surtout, cochenilles, pollen quand les proies manquentRosiers, arbustes envahis de pucerons, prairies
Coccinelle à deux pointsPuceronsHerbes au printemps, puis arbres fruitiers et rosiers
Coccinelle à 22 points (jaune vif à points noirs)Le feutrage blanc de l’oïdium, une maladie des feuilles due à un champignonFeuilles couvertes d’oïdium
Coccinelle à 24 points (rousse, mate et velue)Les feuilles elles-mêmesPlantes basses : silènes, stellaires
Coccinelle asiatiquePucerons, larves d’autres insectes dont les coccinelles indigènes, fruits mûrs à l’automnePartout, des herbes aux arbres, puis sur les façades en octobre
Sources : Opie, fiche « Mieux connaître les coccinelles » de la LPO, Bruxelles Environnement.

Si vous trouvez une petite coccinelle jaune à points noirs sur une feuille blanchie d’oïdium, inutile de la déplacer vers vos pucerons : elle n’y toucherait pas.

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La larve de coccinelle : la reconnaître pour ne pas l’écraser

Au printemps, beaucoup de jardiniers éliminent sans le savoir le meilleur chasseur de pucerons de leur jardin. La larve de coccinelle ne ressemble en rien à l’adulte : elle est allongée, plus large à l’avant, avec six pattes bien visibles, et se déplace vite sur les tiges. La LPO la décrit, pour la coccinelle à sept points, comme un petit « monstre » bleu foncé de treize segments, chacun hérissé de touffes de poils, avec des taches jaunes ou orangées.

Elle grandit en changeant quatre fois de peau. La fiche technique de la FREDON Nord-Pas-de-Calais, consacrée à la coccinelle asiatique, donne des tailles utiles pour juger de ce qu’on voit : environ 6 mm au troisième stade, 10 mm au quatrième et dernier. À ce stade, une larve de coccinelle asiatique est noire, couverte d’épines souples, avec deux bandes orangées sur les côtés et quatre excroissances orange sur le dos. Pour les autres espèces, distinguer les larves demande une loupe et de l’habitude.

C’est elle, plus encore que l’adulte, qui vide les colonies de pucerons. La LPO estime qu’une larve de coccinelle à sept points a besoin d’« un bon millier » de pucerons pour achever sa croissance, qui dure en moyenne un mois. L’Opie, de son côté, compte de 20 à 100 pucerons par jour et par larve.

Larve de coccinelle à sept points, grise à taches orange, en train de dévorer des pucerons noirs sur une tige
Une larve de coccinelle à sept points attaque une colonie de pucerons noirs, en Belgique. Photo : Gilles San Martin / Wikimedia Commons

De l’œuf à l’adulte : le cycle d’une année

Les œufs sont jaunes ou orangés, allongés, dressés en petits paquets sous une feuille, toujours près d’une colonie de pucerons. La FREDON leur donne environ 1,3 mm de long ; chez la coccinelle asiatique, ils sont pondus par groupes de 20 à 50. Au terme de sa croissance, la larve se fixe à une feuille par l’extrémité de l’abdomen et devient une nymphe immobile, souvent orange tachée de noir. Quelques jours plus tard sort un adulte jaunâtre, dont les élytres durcissent et rougissent en quelques heures.

StadeDurée moyenneQuand le voir (coccinelle à sept points)
Œuf5 à 10 joursMai à juillet, près des pucerons
Larve10 à 40 jours, quatre muesFin mai à août
Nymphe5 à 10 joursJuin à août, fixée sur une feuille ou une tige
AdulteEnviron un an, hiver comprisToute l’année ; nouveaux adultes dès juillet, hivernage à partir d’octobre-novembre
Sources : Opie (durées des stades et cycles en climat tempéré), fiche coccinelles de la LPO. Les dates varient avec la région et la météo de l’année.

Combien de temps vit une coccinelle ? L’Opie indique qu’il faut environ un an à la coccinelle à sept points pour boucler son cycle, et que c’est l’adulte qui passe l’hiver. Certains individus font mieux : en Norvège, un adulte a survécu à deux hivernages. Selon les régions et l’abondance des pucerons, une à trois générations se succèdent dans l’année. Et non, le nombre de points ne donne pas l’âge : ils se forment lors de la sortie de la nymphe, quand le pigment se fixe sur les élytres, et ne bougent plus ensuite.

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Nymphe orange tachée de noir de coccinelle à sept points fixée sur une feuille verte, à Fronton en Haute-Garonne
Nymphe de coccinelle à sept points fixée sur une feuille de lampourde, à Fronton (Haute-Garonne), en juin. Photo : Didier Descouens / Wikimedia Commons

L’hivernage : pourquoi les coccinelles se regroupent à l’automne

Chez nos coccinelles, ce sont les adultes, nés en été ou au début de l’automne, qui attendent le printemps. Dès que les pucerons se raréfient et que les nuits fraîchissent, elles cherchent un abri au sec et, comme le note l’Opie, préfèrent s’y entasser : de quelques individus à plusieurs centaines selon les espèces.

Chaque espèce a ses habitudes. D’après la LPO, la coccinelle à sept points hiverne en général en plaine, par petits groupes, sous les pierres, dans les feuilles mortes, dans des trous du sol ou au pied des plantes, rarement sous les écorces et jamais dans les fentes des murs. La coccinelle à deux points fait de même, mais entre aussi dans les maisons, souvent dans l’angle des fenêtres. Certaines coccinelles voyagent plus loin : en fin d’été, elles gagnent les reliefs et se rassemblent par centaines sous une pierre ou dans une fissure de rocher, puis redescendent au printemps, quand la température dépasse une douzaine de degrés.

Le liquide jaune ou orangé qu’une coccinelle laisse sur vos doigts n’est pas de l’urine. L’Opie explique qu’il s’agit de son sang (l’hémolymphe), qu’elle émet quand elle se sent menacée, souvent en faisant la morte. Il contient des alcaloïdes toxiques qui découragent les fourmis et la plupart des vertébrés, même si quelques oiseaux mangent des coccinelles.

Au jardin, la conséquence est simple : les tas de feuilles, les touffes d’herbes sèches et les tiges de vivaces laissées en place à l’automne sont des dortoirs d’hiver. C’est le même geste qui aide le hérisson, comme nous l’expliquons dans notre article sur l’aide au hérisson avant l’hiver.

Plusieurs dizaines de coccinelles asiatiques orange, rouges et noires serrées dans la feuillure d'un châssis de fenêtre en bois
Coccinelles asiatiques regroupées pour l’hiver dans un cadre de fenêtre, en Belgique, en octobre. Photo : Gilles San Martin / Wikimedia Commons

Coccinelle asiatique ou coccinelle indigène : les distinguer

La coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) vient d’Asie orientale. Selon l’entomologiste Jean-Pierre Coutanceau, du Muséum national d’Histoire naturelle, elle a été introduite en 1982 à la station de l’INRA d’Antibes pour la lutte biologique, utilisée contre les pucerons à partir de 1990 et commercialisée dès 1995. Elle s’est acclimatée en France dès 1991 et s’étend nettement depuis 2004 ; elle est aujourd’hui considérée comme une espèce envahissante.

Le problème n’est pas qu’elle mange des pucerons, mais qu’elle mange aussi le reste. La fiche de Bruxelles Environnement sur la coccinelle asiatique explique qu’elle entre en concurrence avec les coccinelles indigènes et dévore leurs larves, comme celles des chrysopes, des syrphes ou des papillons. La coccinelle à deux points, très proche d’elle par ses habitudes, en souffre particulièrement.

La couleur ne suffit pas à la reconnaître : la coccinelle asiatique peut être jaune, orange, rouge ou noire, avec de 0 à 19 points. Bruxelles Environnement retient quatre indices à combiner : une taille de plus de 5 mm ; un pronotum (la pièce entre la tête et les élytres) clair marqué d’un « M » noir ou d’une tache en « patte de chat », ou bien noir avec deux larges bandes claires ; un ventre noir bordé d’orange ; et un petit bourrelet transversal au bout des élytres, que l’on sent sous le doigt.

CritèreCoccinelle à sept points (indigène)Coccinelle à deux points (indigène)Coccinelle asiatique (introduite)
Taille5 à 8 mm3,5 à 5 mm5 à 8 mm, souvent plus de 7 mm
ÉlytresRouges, mats, 7 points noirsRouges à 2 points, ou noires à taches rougesJaunes à rouges avec 0 à 19 points, ou noires à 2 à 4 taches rouges ; brillantes
PronotumNoir, deux taches blanches aux angles avantSombre, sans « M » noir sur fond blancClair avec un « M » ou une « patte de chat » noirs, ou noir à deux larges bandes claires
PattesNoiresNoiresBrun clair à orangé le plus souvent
HiverDehors : feuilles mortes, pierres, pied des plantesDehors, parfois dans les maisonsPar centaines sur les façades, puis dans les bâtiments
Sources : Bruxelles Environnement, FREDON Nord-Pas-de-Calais (fiche technique 2010/16), LPO.

La plus grande coccinelle de France n’est d’ailleurs pas l’asiatique : la coccinelle ocellée, brun-rouge avec des points noirs cerclés de clair, atteint 7,5 à 9 mm selon la FREDON.

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Coccinelle asiatique orange à points noirs sur une feuille, pronotum blanc marqué d'un M noir bien visible, à Monchecourt dans le Nord
Coccinelle asiatique à Monchecourt (Nord), en mai : le pronotum blanc marqué d’un « M » noir la trahit. Photo : JackyM59 / Wikimedia Commons

Elles sont entrées dans la maison : que faire ?

Les invasions d’octobre sont presque toujours le fait de la coccinelle asiatique. Bruxelles Environnement les décrit ainsi : des centaines, parfois des milliers d’individus qui entrent dès les premiers jours froids d’octobre pour passer l’hiver. Rassurez-vous sur un point : elles ne transmettent pas de maladie, n’abîment rien et ne causent que de rares allergies ou irritations. Leur vrai défaut est ce liquide jaune malodorant qu’elles libèrent quand on les dérange ou qu’on les écrase, et qui peut tacher.

  • Fermez portes et fenêtres en octobre, quand elles se rassemblent en nombre sur les façades.
  • Pas d’insecticide : Bruxelles Environnement le déconseille, pour la santé comme pour l’environnement.
  • Ramassez-les sans les écraser, avec une balayette ou un aspirateur dont le tube est garni d’un bas en nylon, qui les retient.
  • Regardez avant d’agir : une petite coccinelle de moins de 5 mm, à pronotum et pattes entièrement noirs, est sans doute une coccinelle à deux points. Celle-là, remettez-la dehors, dans un abri sec.

Une espèce protégée ?

Non. Aucune coccinelle ne figure dans l’arrêté du 23 avril 2007 qui fixe la liste des insectes protégés en France ; les coléoptères qu’il protège sont des espèces rares comme la rosalie des Alpes ou le grand capricorne. La coccinelle à sept points reste commune. Cela ne veut pas dire que tout va bien : à Bruxelles, les suivis menés sur les arbres de la ville montrent que la coccinelle à deux points subit déjà durement la concurrence de l’asiatique.

Accueillir les coccinelles au jardin

Il n’y a pas de recette miracle, mais quatre gestes simples, qui servent aussi à toute la petite faune du jardin.

Tolérer quelques pucerons

Sans pucerons, pas de ponte : la femelle dépose ses œufs à côté d’une colonie pour que ses larves trouvent à manger dès l’éclosion. Un rosier un peu envahi en mai attire les pondeuses ; laissez aux larves le temps de faire leur travail, sans traitement.

Des fleurs du printemps à l’automne

Pollen et nectar font la soudure quand les proies manquent. Une floraison étalée sur toute la saison les garde dans le jardin. Une haie variée, avec des arbustes qui portent leurs propres pucerons au printemps, joue le même rôle : voyez comment composer une haie champêtre.

Laisser des abris d’hiver

Le plus efficace ne coûte rien : ne ratissez pas tout. Un coin de feuilles mortes au pied d’une haie, quelques touffes d’herbes sèches et des tiges de vivaces coupées seulement au printemps offrent les abris que recherchent les coccinelles à sept points. Les autres gestes d’automne utiles à la faune sont réunis dans notre article sur le jardin d’automne pour la faune.

Vous pouvez aussi construire un abri. L’Opie en donne le principe dans sa fiche « Comment construire un abri à coccinelles ? » : une boîte en bois garnie de planchettes espacées d’environ 5 mm, où les adultes peuvent se serrer. Installez-la dès le mois d’août, dans un endroit sec, à l’abri du vent et de la pluie, orientée au sud ou au sud-est.

Acheter des larves ? Seulement au bon moment

Des larves de coccinelles se vendent en jardinerie. L’Opie conseille d’attendre que les pucerons soient bien installés, en général à partir d’avril, faute de quoi les larves meurent ou partent. Déposez-les une à une au pinceau sur les plantes envahies, après avoir vérifié qu’aucune fourmi ne garde la colonie : les fourmis protègent les pucerons, dont elles boivent le miellat, et chassent les larves. Choisissez une espèce indigène, la coccinelle à deux points par exemple, qui rend le même service sans les inconvénients de l’asiatique.

Si un seul geste doit rester de cet article, c’est celui-ci : au printemps, avant de pulvériser quoi que ce soit sur des pucerons, cherchez les petites larves grises et épineuses au milieu de la colonie. Si elles y sont, le travail est déjà en cours.

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