Sommaire
- Le cri de la chouette hulotte : ce que vous entendez la nuit
- Le chant du mâle : « houuu… hou-hou-hou-houuu »
- Le cri de la femelle : « ki-wik »
- Les autres sons : alarme et appel des jeunes
- Quand l'entendre : le calendrier de la hulotte
- À quelle heure écouter
- Reconnaître la chouette hulotte
- Les confusions possibles
- Où entendre et observer la chouette hulotte en France
- La voir de jour
- Les règles de bonne conduite
- Sa vie : alimentation, couple et jeunes
- Ce que mange la chouette hulotte
- Un couple pour la vie
- Un jeune au sol n'est pas abandonné
- Statut et protection
- L'aider près de chez soi
- Crédits photos et sons
Un soir d’octobre, à la lisière d’un bois ou au fond d’un grand parc, un « houuu » grave s’élève, suivi quelques secondes plus tard d’un trémolo. C’est la chouette hulotte, la plus commune des chouettes de France, et l’automne est sa saison la plus bavarde : les jeunes de l’année cherchent un territoire, les adultes défendent le leur, et les bois résonnent de leurs échanges bien après la tombée de la nuit.
L’essentiel : le hululement « houuu… hou-hou-hou-houuu » est le chant du mâle ; le « ki-wik » sec qui lui répond est le cri de la femelle. Pour l’entendre, placez-vous en lisière d’un bois de feuillus, d’un parc ou d’un bocage aux vieux arbres, de la tombée de la nuit à minuit, un soir calme et sans pluie, de septembre à novembre surtout. Elle mesure 37 à 43 cm, a des yeux noirs, pas d’aigrettes, et un plumage gris ou roux.
Le cri de la chouette hulotte : ce que vous entendez la nuit
Ce que tout le monde appelle « le cri de la chouette » est en réalité deux voix différentes. Selon la fiche espèce de la LPO, le mâle est le seul à hululer ; la femelle émet des « ki-wik » puissants. Le fameux « hou-hou » des films, entendu comme un seul oiseau, est très souvent un échange entre les deux.
Le chant du mâle : « houuu… hou-hou-hou-houuu »
Le chant territorial se décompose en deux temps. D’abord une note longue, pleine et un peu montante, « houuu ». Puis un court silence, et une série tremblée, la première syllabe détachée des suivantes : « hou… hou-hou-hou-houuu ». La voix est grave, sous 1 kHz, et les études compilées par le site Zoom Nature lui prêtent jusqu’à 90 dB : par temps calme, elle porte à environ un kilomètre. Chaque mâle a sa signature sonore, mesurable sur l’enregistrement : les chercheurs s’en servent pour suivre les individus d’une année à l’autre.
Le cri de la femelle : « ki-wik »
La femelle répond par un cri bref à deux syllabes, aigu et sonore, que l’on transcrit « ki-wik » ou « kiouit ». Elle le lance seul ou en série, en réponse au mâle ou pour le localiser. Elle peut aussi chanter, d’une voix plus rauque que celle du mâle ; les duos s’entendent surtout lors des querelles de voisinage, en automne. Si vous entendez un « ki-wik » suivi d’un hululement, vous écoutez probablement un couple.
Les autres sons : alarme et appel des jeunes
Au printemps et au début de l’été, un sifflement étouffé et insistant, répété toute la nuit, trahit les jeunes qui réclament à manger. Près du nid, les adultes poussent aussi des cris d’alarme plus secs. Aucun de ces sons ne ressemble au chuintement de l’effraie, qui ne hulule jamais.
Quand l’entendre : le calendrier de la hulotte
La hulotte chante toute l’année, mais pas avec la même intensité. Deux saisons dominent : l’automne et le début de l’hiver, quand les territoires se redistribuent, puis la fin de l’hiver, à l’approche de la ponte. Pour la LPO Alsace, septembre, octobre et novembre sont les mois les plus propices à l’écoute des chouettes, selon la météo et l’altitude : les jeunes qui cherchent à s’installer provoquent un regain de défense territoriale chez les adultes en place.
| Période | Ce que vous entendez | Pourquoi |
|---|---|---|
| Septembre – novembre | Chant soutenu des mâles, duos, nombreux « ki-wik » | Les jeunes de l’année se dispersent et cherchent un territoire ; les adultes défendent le leur |
| Décembre – février | Mâle et femelle se répondent | Les partenaires se retrouvent souvent dès novembre-décembre ; les accouplements commencent en janvier |
| Fin février – avril | Nouveau pic de chant au début de la nidification | Ponte autour de début mars, puis couvaison par la femelle |
| Avril – juillet | Sifflements de quémande des jeunes hors du nid | Les jeunes quittent le nid avant de savoir voler et appellent leurs parents |
| Été | Chant plus rare et plus espacé | Territoires établis, mue, élevage des jeunes |
À quelle heure écouter
La hulotte commence à chasser environ vingt minutes après le coucher du soleil, selon la LPO. Les chants se concentrent en début de nuit, du crépuscule jusque vers minuit, puis reprennent avant l’aube, plus espacés. Le vent et la pluie font nettement baisser l’activité : choisissez un soir calme et sec. Après le passage à l’heure d’hiver, le dernier dimanche d’octobre, le crépuscule tombe une heure plus tôt à la montre, ce qui permet d’écouter dès la fin de l’après-midi.
L’automne a un autre avantage : les feuilles tombent. C’est la saison où l’on combine volontiers une balade dans les plus belles forêts de France en automne avec une écoute à la tombée du jour, et même, dans certains massifs, avec le brame du cerf et le cri du chevreuil.
Reconnaître la chouette hulotte
La LPO la décrit comme une chouette de taille moyenne, trapue, à grosse tête ronde et sans aigrettes. Elle mesure 37 à 43 cm pour 81 à 96 cm d’envergure et pèse environ 410 g. Ses yeux sont noirs, détail qui la distingue de la plupart des autres chouettes et hiboux de France, aux yeux jaunes ou orange. Mâle et femelle portent le même plumage, mais sa couleur varie beaucoup d’un oiseau à l’autre : il existe des hulottes grises, brunes et rousses. Le dessus est marbré de sombre avec des taches blanches ; le dessous est rayé.

Les confusions possibles
De nuit, on la confond surtout à l’oreille ; de jour, avec un oiseau aperçu dans un arbre. Le tableau ci-dessous reprend les rapaces nocturnes que l’on peut croiser dans les mêmes milieux.
| Espèce | Aspect | Voix | Quand on l’entend |
|---|---|---|---|
| Chouette hulotte | 37-43 cm, tête ronde sans aigrettes, yeux noirs, plumage gris, brun ou roux | Hululement du mâle « houuu… hou-hou-houuu », « ki-wik » de la femelle | Toute l’année, surtout de septembre à novembre et en fin d’hiver |
| Effraie des clochers | 33-39 cm, face blanche en cœur, dessous blanc, yeux noirs | Long chuintement, cris stridents ; ne hulule pas | Toute l’année, souvent près des bâtiments |
| Hibou moyen-duc | Aigrettes sur la tête, yeux orange, plumage brun rayé | Hululements sourds et variés du mâle, portant à plusieurs centaines de mètres | Dès la fin de l’hiver ; silencieux le reste de l’année selon la LPO |
| Chevêche d’Athéna | Environ 22 cm, taille d’un merle trapu, yeux jaune doré, taches blanches rondes | Une vingtaine de cris différents, surtout pendant la saison des amours | Surtout au printemps, en campagne et dans les vergers |
| Petit-duc scops | 19-21 cm, petites aigrettes | Chant d’été | Jamais en automne ni en hiver : migrateur, il hiverne en Afrique au sud du Sahara |
Le cas le plus fréquent reste la confusion avec l’effraie. Un cri qui ressemble à un souffle rauque, lancé en vol au-dessus d’un village, n’est pas une hulotte. L’effraie des clochers, la chouette blanche des granges, a sa propre fiche.
Où entendre et observer la chouette hulotte en France
Avec 260 800 couples estimés par la LPO en 2025, c’est la chouette la plus commune du pays. Elle vit partout où il reste de grands arbres : forêts de feuillus, bois, bocages, parcs urbains, grands jardins boisés, en plaine comme en montagne. Elle aime particulièrement les vieux chênes couverts de lierre, qui lui offrent cavités et abris. Elle est sédentaire et très attachée à son territoire : un couple qui chante en octobre sera encore là au printemps.
Concrètement, les meilleurs postes d’écoute sont :
- les lisières entre un bois et une prairie ou une clairière, où elle chasse à l’affût depuis une branche basse ;
- les grands parcs et cimetières arborés en ville, car la LPO la décrit comme opportuniste et présente aussi en ville ;
- les forêts anciennes riches en arbres creux, comme la forêt de Brocéliande ou la forêt de Fontainebleau, où les cavités ne manquent pas ;
- les villages entourés de bocage : elle se repose parfois dans une grange, des combles ou une cheminée.

La voir de jour
Le jour, elle dort dans une cavité, contre le tronc d’un arbre couvert de lierre ou dans un bâtiment. Son plumage se confond avec l’écorce. On la repère plutôt par les indices : des pelotes de réjection (boulettes de poils et d’os qu’elle régurgite) au pied d’un arbre. Si vous la trouvez, regardez-la de loin, aux jumelles, et repartez sans insister.
Les règles de bonne conduite
- Pas de repasse. Diffuser un enregistrement pour la faire répondre lui fait croire à l’arrivée d’un rival ; elle dépense de l’énergie à défendre son territoire. Les deux sons de cette page s’écoutent chez soi, pas en forêt.
- Pas de lampe braquée sur l’oiseau. Une lampe frontale en lumière rouge, dirigée vers le sol, suffit pour marcher.
- Restez sur les chemins, surtout de février à juillet, période de nidification et d’élevage des jeunes.
- Dérangement et loi : la perturbation intentionnelle des oiseaux protégés, notamment pendant la reproduction, est interdite (voir plus bas).
Pour une première écoute accompagnée, la LPO organise tous les deux ans, en mars, la Nuit de la Chouette : sorties nocturnes, ateliers et dissection de pelotes partout en France. La 16e édition a eu lieu au printemps 2025 ; la suivante est attendue en mars 2027, programme à vérifier auprès des groupes locaux.
Sa vie : alimentation, couple et jeunes
Ce que mange la chouette hulotte
La hulotte chasse surtout à l’affût, perchée à 4 ou 5 m de haut, et fond sur ce qu’elle entend bouger au sol. Son menu s’adapte à ce qui abonde : campagnols, mulots, musaraignes, loirs et lérots, taupes, petits oiseaux (en ville surtout), grenouilles, insectes, vers de terre, parfois des chauves-souris ou des poissons. Elle avale ses proies entières et rejette poils et os en pelotes, que les naturalistes dissèquent pour connaître son régime.
Un couple pour la vie
Le couple est monogame et reste généralement fidèle toute sa vie, sur le même territoire. Les accouplements commencent en janvier. La ponte, autour de début mars, compte le plus souvent 1 à 3 œufs, jusqu’à 5 les bonnes années, rarement davantage quand les rongeurs pullulent. La femelle couve environ 29 jours, nourrie par le mâle. Les jeunes pèsent 25 à 30 g à l’éclosion, environ 350 g à quatre semaines, âge auquel ils sortent du nid. Ils dépendent ensuite de leurs parents pendant quatre mois, puis se dispersent à l’automne : c’est leur arrivée qui relance les chants d’octobre. La LPO donne une longévité d’environ 10 ans dans la nature.

Un jeune au sol n’est pas abandonné
De février à juillet, on trouve parfois une petite boule de duvet gris au pied d’un arbre. Ce n’est pas un oiseau tombé du nid : les jeunes hulottes sortent du nid bien avant de savoir voler, dorment le jour au pied d’un arbre et appellent leurs parents la nuit, qui continuent à les nourrir. Laissez-le sur place. S’il est sur une route ou à portée d’un chat, posez-le sur une branche basse à proximité, avec des gants : le toucher ne provoque pas de rejet des parents. Ne contactez un centre de sauvegarde de la faune sauvage que s’il est blessé, s’il ne tient pas sur ses pattes ou si ses ailes pendent de façon asymétrique.
Statut et protection
La chouette hulotte figure sur la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire (arrêté du 29 octobre 2009, article 3). Sont interdits, en tout temps : la destruction ou l’enlèvement des œufs et des nids ; la destruction, la capture ou l’enlèvement des oiseaux ; la perturbation intentionnelle, notamment pendant la reproduction et la dépendance des jeunes ; la destruction ou la dégradation de leurs sites de reproduction et de repos ; enfin leur détention, leur transport, leur naturalisation et leur commerce. Elle est classée en « préoccupation mineure » sur la Liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine (UICN France, MNHN, LPO).
Commune ne veut pas dire épargnée. La LPO cite comme menaces les collisions routières, l’électrocution, les poteaux creux non obturés où les oiseaux se piègent, l’empoisonnement par les produits qui tuent les rongeurs, et la disparition des vieux arbres. Longtemps tenue pour un oiseau de mauvais augure, elle a aussi été détruite systématiquement.
L’aider près de chez soi
Si une hulotte chante près de votre maison, quelques gestes l’aident à rester :
- Gardez les vieux arbres, même morts, et le lierre sur les troncs : ce sont ses gîtes.
- Laissez des coins sauvages, tas de bois et buissons, qui abritent ses proies.
- Renoncez aux raticides et aux pesticides : les rongeurs empoisonnés empoisonnent la chouette.
- Obturez les conduits de cheminée et les poteaux creux, où elle peut se piéger.
- Posez un grand nichoir dans un jeune boisement sans cavités : la LPO conseille de le fixer à 6 à 10 m de haut, avec harnais et corde. Pour la méthode, voyez notre article sur l’installation d’un nichoir.

Le meilleur moment pour faire connaissance reste celui-ci : un soir calme d’octobre ou de novembre, une heure après le coucher du soleil, à l’orée d’un bois. Écoutez d’abord le long « houuu », attendez le trémolo, et guettez le « ki-wik » qui lui répond.
Crédits photos et sons
- Andreas Trepte, Waldkauz-Strix aluco, CC BY-SA 2.5
- Pierre Dalous, Stix aluco 2 fr, CC BY-SA 3.0
- Anastasish, Tawny owl, Topčider, Belgrade, CC BY-SA 4.0
- Matthieu Gauvain (Falcoperegrinus), Strix aluco juvénile, CC BY-SA 3.0
- Marie-Lan Taÿ Pamart, Strix aluco nest box Jardin des Plantes 2026-01-08, CC BY 4.0
- Son : Marie-Lan Taÿ Pamart, Strix aluco – Tawny Owl XC496671, CC BY-SA 4.0
- Son : Alvaro Ortiz Troncoso, Strix aluco – Tawny Owl XC491062, CC BY-SA 4.0



