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Grues cendrées au lac du Der : où et quand les voir

Chaque automne, des dizaines de milliers de grues cendrées passent la nuit au milieu du lac du Der-Chantecoq, entre Marne et Haute-Marne, et le quittent à l’aube pour aller se nourrir dans les champs. Selon la LPO Champagne-Ardenne, qui les compte depuis plus de vingt ans, entre 200 000 et 350 000 grues y transitent chaque année. Pour les voir, trois choses comptent : la bonne semaine, la bonne heure et le bon côté de la digue.

L’essentiel : venez entre la mi-octobre et la fin novembre, soyez sur une digue avant le lever du soleil (ou en fin d’après-midi pour le retour au dortoir), et regardez les comptages de la LPO la veille : le pic change de date d’une année à l’autre.

Quand voir les grues au lac du Der : le calendrier mois par mois

Le lac accueille des grues d’août à mars, mais en nombre très inégal. La LPO résume ainsi la saison : la migration d’automne « débute en général autour de la mi-octobre », puis plusieurs vagues se succèdent « jusqu’à la fin novembre ». Une partie des oiseaux passe ensuite l’hiver sur place, avant de repartir vers le nord dès la fin janvier.

PériodeCe qu’on observe au lac du DerRepère chiffré (comptages LPO)
Août – septembreQuelques dizaines de grues25 grues le 10 août 2026, 58 le 15 septembre 2026
Début octobrePremières arrivées d’Allemagne, effectifs encore modestes« une centaine » le 7 octobre 2026
Mi-octobre – fin novembreLe gros du passage, par vagues de quelques jours42 000 le 19 octobre 2025, 47 000 le 16 novembre 2025
Décembre – janvierHivernage : les grues restent, en moins grand nombre13 900 grues sur le lac et les étangs voisins à la mi-janvier 2026
Février – début marsRemontée vers le nord ; les grues fréquentent la Ferme aux grues du 15 février au 5 marsle 8 février 2026, plus de 6 200 des 7 400 grues présentes partent vers le nord-est
Sources : LPO Champagne-Ardenne, comptages du lac du Der et synthèse de la saison 2025-2026.

En hiver, le spectacle continue à une autre échelle : 30 423 grues sur le lac en janvier 2024, 18 252 en janvier 2025.

Plusieurs lignes de grues cendrées en vol dans un ciel pâle au-dessus de Giffaumont-Champaubert
Vols de grues cendrées au-dessus de Giffaumont-Champaubert, en mars. Photo : rob Stoeltje, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le pic n’a pas de date fixe : ce que montrent les dernières saisons

Le maximum de l’automne peut tomber à la mi-octobre comme à la fin novembre. Il dépend de la météo : quand des vents de sud-ouest ou un temps perturbé « bloquent » les migratrices dans le nord-est de la France, elles s’accumulent au Der ; dès que le temps se dégage, elles repartent en masse vers le sud-ouest.

SaisonMaximum compté au lac du DerCe qui s’est passé
Automne 2014206 000 grues le 11 novembreRecord de l’époque
Automne 2019plus de 268 000 grues le 3 novembreRecord actuel : météo défavorable dans le nord-est, presque toutes les grues font halte au Der ; plus de 233 000 repartent en deux jours
Automne 2023au moins 93 600 grues le 19 novembreMigration bloquée tard en saison, puis départs massifs le 22 novembre
Automne 2024au moins 91 000 grues vers le 20 octobrePic précoce ; encore 46 200 grues le 9 novembre
Automne 202547 000 grues le 16 novembreSaison marquée par une épidémie de grippe aviaire (voir plus bas)
Sources : synthèses annuelles et tableau des comptages de la LPO Champagne-Ardenne.

Conséquence pratique : ne réservez pas votre week-end sur une date « historique ». Suivez plutôt la page « La migration des grues cendrées au jour le jour » de la LPO, mise à jour au fil de la saison, et la météo des jours précédents. Une arrivée nocturne d’Allemagne se traduit souvent, le lendemain matin, par des milliers de grues au lac.

Le comptage du dimanche matin

De la mi-octobre à la mi-mars, chaque dimanche à l’aube, une quinzaine de bénévoles de la LPO comptent les grues qui quittent le lac. Postés sur les digues, dans les couloirs d’envol, ils travaillent aux jumelles, crayon en main ; l’office de tourisme indique qu’ils sont de 7 à 8 en début de saison et jusqu’à 25 au plus fort du passage. Si vous croisez ces compteurs, ne vous installez pas devant eux et restez discret : ils sont en plein travail.

À quelle heure arriver : lever, coucher et changement d’heure

Les grues dorment au milieu du lac, sur les îlots et les bancs de vase, à l’abri des prédateurs. Le matin, selon la LPO, « en 1 heure environ, les milliers de grues quittent le lac » pour les zones d’alimentation et survolent les digues par groupes. Elles reviennent au dortoir « en milieu voire en fin de journée », précise l’office de tourisme.

Pour le lever, l’idée est d’être en place avant les premières lueurs : les cris montent avant que les oiseaux ne décollent. Attention au passage à l’heure d’hiver dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026 : le dimanche 25, tout se passe une heure plus tôt à la montre que la veille.

Date (2026)Premières lueursLever du soleilCoucher du soleilDernières lueurs
Samedi 17 octobre7 h 318 h 0318 h 4719 h 19
Samedi 24 octobre7 h 428 h 1418 h 3419 h 06
Dimanche 25 octobre (heure d’hiver)6 h 437 h 1517 h 3218 h 05
Dimanche 1er novembre6 h 537 h 2617 h 2017 h 53
Dimanche 8 novembre7 h 047 h 3717 h 1017 h 43
Dimanche 15 novembre7 h 147 h 4817 h 0117 h 35
Dimanche 22 novembre7 h 247 h 5916 h 5317 h 28
Dimanche 29 novembre7 h 338 h 0916 h 4817 h 24
Heures calculées pour Saint-Dizier (Calendrier Solaire) ; « premières » et « dernières lueurs » = début de l’aube et fin du crépuscule civils.

Le matin donne les vols les plus denses, puisque toutes les grues quittent le dortoir dans la même heure ; le retour du soir, plus étalé, évite de se lever avant l’aube.

Lever du jour orangé sur le lac du Der, vasières découvertes au premier plan
Le lac du Der au lever du jour, un matin de novembre, cuvette en partie découverte. Photo : ADT Marne, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Où se placer : les points d’observation autour du lac

Le lac est entouré de digues ; c’est de là qu’on voit le mieux, sans approcher les oiseaux. L’office de tourisme met en avant quatre lieux, et la carte des sites de la LPO en ajoute plusieurs sur la rive nord et est. Le choix dépend surtout du moment de la journée.

LieuSituationPour quoi faireÀ savoir
Site de ChantecoqRive sud-ouest, au seul rond-point entre Arrigny et Giffaumont-ChampaubertLe lever : vue sur l’étendue du lac, soleil levant en faceObservatoire couvert ; accueil LPO gratuit de 14 h à 17 h avec longues-vues ; accessible en fauteuil ; le site le plus fréquenté
Digue de Giffaumont-ChampaubertRive sud-estLe lever : elle est sur la trajectoire d’envol du matinLa plus haute digue du lac (25 m selon l’office de tourisme)
Port de NuisementRive nord, Sainte-Marie-du-Lac-NuisementVoir arriver les groupes venant du nord et partir ceux qui vont vers les champs du nord-estDes bancs de vase servant de dortoir se trouvent devant le port
Presqu’île et observatoire de ChampaubertCôté Braucourt, près de l’église de ChampaubertObservation au calme, en journéeCité parmi les principaux postes par la LPO
Digues de Nemours et de Sainte-LivièreRive estAutres postes de la rive estRepérés sur la carte des sites de la LPO
Étangs d’Outines et d’ArrignyÀ l’ouest du lacCanards, hérons, oiseaux d’eau ; observatoires des Landres et du Grand CoulonL’étang de la Forêt est interdit d’accès (zone de quiétude)
Sources : office de tourisme du Lac du Der, LPO Champagne-Ardenne (carte des principaux sites d’observation).
Observatoire en bois sur pilotis au bord du lac du Der, site de Chantecoq
L’observatoire du site de Chantecoq, ici en mai, lac plein. Photo : ADT Marne, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La Ferme aux grues, une adresse de fin d’hiver

La Ferme aux grues, à Saint-Remy-en-Bouzemont, au nord-ouest du lac, est souvent citée en premier. Son observatoire est libre et gratuit (50 personnes au plus), mais la LPO précise que les grues n’y sont « véritablement présentes » qu’entre le 15 février et le 5 mars, pendant les distributions de grain destinées à les détourner des semis. En octobre et en novembre, la présence des oiseaux y est aléatoire : préférez les digues.

La Maison de l’oiseau et du poisson ne se visite plus

Des annuaires citent encore la Maison de l’oiseau et du poisson, à Outines. D’après la fiche du site Parcs & Loisirs, cet aquarium ouvert en 1993 a fermé début 2006. Le bâtiment, la ferme des Grands Parts, abrite aujourd’hui Der Nature, siège de la LPO Champagne-Ardenne (D13, 51290 Outines), point de départ de certaines sorties.

Sorties guidées et Fête de la Grue 2026

Y aller seul suffit pour voir les vols ; une sortie encadrée ajoute longues-vues et explications. La 19e Fête de la Grue et de la Migration a lieu du 17 au 25 octobre 2026 autour du lac du Der et des lacs de Champagne humide, avec, selon la LPO, plus de 300 heures d’animations.

SortieRendez-vousHoraire et duréeTarif affichéRéservation
Lever de grues (LPO)Site de ChantecoqÀ l’aube, 3 h avec petit-déjeuner et projection10 € ; 5 € de 12 à 18 ans ; gratuit avant 12 ansObligatoire : 03 26 72 54 47
Coucher de grues (LPO)Der Nature, Outines15 h 30 – 19 h10 € ; 5 € de 12 à 18 ans ; gratuit avant 12 ansObligatoire : 03 26 72 54 47
Train aux oiseauxStation nautique de Giffaumont-ChampaubertDéparts l’après-midi, environ 2 h10 € adulte, 5 € enfantOffice de tourisme : 03 26 72 62 80
Accueil sur la digue (LPO)Site de Chantecoq14 h – 17 h ; tous les après-midi pendant la FêteGratuitAccès libre, tout public
Tarifs et horaires relevés sur les pages de la LPO Champagne-Ardenne et le programme 2026 ; à confirmer à la réservation.

Pendant la Fête 2026, le programme annonce des départs du Train aux oiseaux les 17, 18, 21 et 24 octobre, et des levers et couchers de grues sur plusieurs jours. Un mois plus tard, du 19 au 22 novembre 2026, Montier-en-Der accueille le Festival international de la photo animalière et de nature, qui attire environ 40 000 visiteurs par an selon Notre-Planète.info : si vous visez ces dates, réservez l’hébergement tôt.

Sur place : les règles, et ce qu’il faut savoir après 2025

La grue cendrée est protégée en France depuis 1967 et reste très farouche : sa distance de fuite est de 300 à 400 mètres, rappelle la LPO. Le dérangement empêche les oiseaux de se nourrir correctement au moment où ils refont leurs réserves.

  • Ne vous approchez pas à moins de 300 mètres des grues posées.
  • Dans la campagne, restez dans votre voiture : selon la LPO, les grues ne la craignent pas.
  • Restez sur les routes et les digues ; les chemins agricoles sont privés.
  • Pas de flash, pas de cris.
  • Ne descendez pas dans la cuvette du lac : c’est strictement interdit.
Fond du lac du Der exondé en novembre, saules sur un îlot et digue à l'arrière-plan
En novembre, le lac est au plus bas : vasières et îlots apparaissent au pied des digues. Photo : Jan Nijendijk, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

La grippe aviaire de l’automne 2025

L’automne 2025 a été inhabituel. Dès le 17 octobre, des grues au comportement anormal ont été signalées autour du lac ; les analyses ont confirmé un épisode d’influenza aviaire. Le 29 octobre, un comptage de la mortalité sur les seuls dortoirs du lac a relevé au moins 4 600 grues mortes. La LPO estime qu’entre 10 et 15 % des grues passant par la France sont mortes en quelques semaines, avant que la maladie ne recule en décembre.

Personne ne sait encore si l’automne 2026 sera touché. La consigne, elle, ne change pas : si vous trouvez une grue morte ou malade, ne la touchez pas et ne la déplacez pas. L’Office français de la biodiversité demande de signaler les cadavres à son service départemental ou à la fédération des chasseurs, avec si possible une photo et la position GPS.

Préparer sa sortie

Le niveau du lac change avec les saisons. Il se remplit de décembre à juin et se vide de juillet à novembre : à la saison des grues, il est au plus bas, et de vastes vasières apparaissent. C’est ce qui attire les oiseaux ; les grues, elles, dorment au milieu du lac, sur les îlots, loin des digues.

  • Optique : des jumelles suffisent pour les vols du matin ; une longue-vue aide pour les groupes posés au loin (l’accueil LPO de Chantecoq en prête).
  • Vêtements : chauds et imperméables, comme le recommande la LPO pour ses sorties ; on reste longtemps immobile sur une digue exposée au vent.
  • Écoute : le cri des grues porte à plusieurs kilomètres. Avant l’aube, il indique où se trouvent les groupes avant qu’on ne les voie.
  • Reconnaître les jeunes : l’adulte a la tête noire et blanche avec une calotte rouge ; le jeune de l’année est entièrement brunâtre.
Grue cendrée adulte en vol, cou tendu et ailes déployées, sur fond de ciel bleu
Une grue cendrée en vol à Giffaumont-Champaubert : cou tendu, pattes dans l’alignement du corps. Photo : rob Stoeltje, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Si vous ne pouvez venir qu’une fois, visez un matin entre la fin octobre et la mi-novembre, après avoir vérifié les derniers comptages, et installez-vous à Chantecoq ou sur la digue de Giffaumont avant les premières lueurs.