Réintroduction en Espagne de 5 Aiglons de Bonelli nés en captivité en France

Les 5 aiglons nés dans des centres de soins français ont été acheminés par l’association espagnole partenaire GREFA dans les provinces de Madrid et de Navarre le 1er juin. Ce programme de reproduction en captivité et de réintroduction, dirigé conjointement par la LPO et l’UFCS, devrait permettre de renforcer les effectifs locaux, en très fort déclin depuis les années 60.

En Espagne, comme en France, de graves menaces pèsent sur l’Aigle de Bonelli : électrocutions, collisions avec les réseaux de moyennes tensions, tir, empoisonnement, trichomonose, dérangement, fermeture des habitats… En France la population a ainsi chuté, au cours des cinquante dernières années, de 60 % (80 couples en 1960 - 31 en 2011).

L\'Union Française des Centres de Sauvegarde (UFCS) a démarré le programme de reproduction en captivité, en 1990 dans un centre situé en Ardèche (Bourcieu-le-Roi), puis en 1995 dans un centre vendéen (Saint-Denis-du-Payré).

C’est en décembre 2010, au cours d’un séminaire organisé à ce sujet à La Roche-sur-Yon par la LPO et l’UFCS, et avec le soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco, qu’un groupe de travail international sur la reproduction en captivité de l’espèce s’est constitué.

2011 a ainsi vu la première réintroduction en Espagne (à Majorque et en Navarre) de 2 Aigles de Bonelli, nés en France au centre UFCS-Vendée.

Le 1er juin 2012, pour la deuxième fois, ce groupe de travail, LPO-UFCS, en créant des liens étroits entre l’UFCS, la LPO et le GREFA (Grupo para la Recuperacion de la Fauna Autoctona y su Hàbitat), a permis la réintroduction d’aigles de Bonelli en Espagne. Mais, c’est aussi grâce à la diligence de tous les échelons administratifs français et espagnols (Ministère de l’écologie, DREAL, DDPP, Medio Ambiente), que les oiseaux ont pu être installés dans ces deux provinces en respectant les contraintes biologiques. En effet, un séjour au nid d’au moins 15 jours avant l’envol est indispensable afin que ces oiseaux, qui lui sont très fidèles, puissent néanmoins en mémoriser les caractéristiques et pour qu’ils puissent y retourner régulièrement chercher pitance jusqu’à leur émancipation.

Les Aigles de Bonelli ont été acheminés par l’association espagnole GREFA pour être réintroduits dans des aires artificielles dans les provinces de Navarre et de Madrid. Au total, l’association espagnole réintroduira ainsi neuf poussins (4 espagnols et 5 français) cette année. La LPO et l’UFCS, à l’origine de cette opération, sont heureux que cette coopération européenne pour reconsolider les populations de cette espèce, se poursuive.

« D’un point de vue éthologique, preuve est faite, affirme Christian Pacteau, que, contrairement à de nombreuses espèces de mammifères, chez lesquelles les rencontres entre les deux sexes sont le plus souvent dictées par la sexualité, chez ces aigles, les couples peuvent se constituer en dehors même des périodes d’activités sexuelles. »

C’est ainsi l’attachement mutuel qui est permissif de l’expression de la sexualité. Deux oiseaux peuvent ainsi vivre des années durant ensemble en captivité en se fuyant systématiquement. Inversement, en automne en période de repos sexuel, deux oiseaux étrangers l’un à l’autre mis ensemble peuvent spontanément s’accepter et se reproduire au printemps suivant. En somme, la relation sociale est la condition de l’expression de la sexualité entre eux ce qui n’est pas très étonnant chez les oiseaux aussi puissamment armés. L’attachement est synonyme d’absence de risque pour l’un et l’autre.

Gérard Grolleau, Président de l’UFCS et
Allain Bougrain-Dubourg, Président de la LPO